Charest attendu de pied ferme dans l’Ouest

Jean Charest devra travailler fort pour séduire les conservateurs de l’Ouest s’il se lance dans la course à la chefferie de son ancien parti, affirment plusieurs observateurs.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jean Charest devra travailler fort pour séduire les conservateurs de l’Ouest s’il se lance dans la course à la chefferie de son ancien parti, affirment plusieurs observateurs.

Jean Charest a beau plaider qu’il est le mieux placé pour réconcilier l’Est et l’Ouest canadien s’il se lance dans la course à la succession d’Andrew Scheer, les conservateurs des Prairies préviennent qu’il devra d’abord en convaincre les militants. Car l’ancien premier ministre québécois a une feuille de route impressionnante en politique, soit, mais il risque d’être perçu comme un outsider dans l’Ouest.

« Pour quelqu’un qui est si accompli et qui profite d’une telle notoriété nationale, il serait néanmoins contraint de se présenter ou de se représenter aux citoyens dans l’Ouest », analysait vendredi une source conservatrice haut placée en Alberta.

Jean Charest confirmait au Devoir cette semaine qu’il songe à se porter candidat dans la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada. Il aurait plaidé, lors d’un dîner privé à Montréal, qu’il connaît « le chemin à emprunter pour rapprocher l’est et l’ouest du pays », selon La Presse.

Qu’en pensent justement les conservateurs de l’Ouest ? « Je crois qu’ils voudront d’abord entendre son plan. C’est une chose de le dire. C’en est une autre de dire pourquoi et comment », note notre source albertaine.

Or, de l’avis de notre source, si M. Charest veut obtenir des appuis dans la région, « il faudrait qu’il soit pro-pipelines dans l’Ouest ». Quant aux oléoducs vers l’est, il pourrait plaider qu’il évite de se prononcer puisqu’il n’y a pas de projet sur la table pour l’instant. « Mais ce serait une ligne très délicate à naviguer. »

L’ancien ministre fédéral conservateur Steven Fletcher, du Manitoba, fait la même lecture. « M. Charest aurait beaucoup d’efforts à faire pour rappeler son bilan. Sa popularité dans l’Ouest dépendrait de ce qu’il a à dire sur les enjeux des provinces de l’Ouest » comme les pipelines, mais aussi le programme de péréquation que les Prairies jugent inéquitable.

« Ce ne serait pas gagné d’avance. Il ne ferait pas partie des cinq meneurs dès le départ », prédit notre source en Alberta.

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Notamment parce que Jean Charest est resté fidèle aux progressistes-conservateurs lorsque la famille conservatrice s’est fracturée à la fin des années 1980 et que le Parti réformiste s’est créé dans l’Ouest. M. Charest est même devenu chef du PPC de 1993 à 1998.

« Le Parti réformiste était essentiellement la voix de l’Ouest. Et il était du côté du PPC. Alors il serait vu comme un outsider », estime ce conservateur influent.

D’autant plus que l’Ouest a déjà choisi ses favoris dans la course à la succession d’Andrew Scheer. Peter MacKay, ancien ministre fédéral et ex-chef du PPC lui aussi, est mieux connu que M. Charest dans les Prairies. Tout comme l’ancienne cheffe intérimaire du Parti conservateur Rona Ambrose, qui se fait prier de se lancer par le premier ministre albertain Jason Kenney et l’ex-premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall.

Le Québec impopulaire

Jean Charest risque de faire face à un autre obstacle : l’Ouest ne porte pas particulièrement le Québec dans son coeur en ce moment. Steven Fletcher, qui avait rejoint le Parti populaire de Maxime Bernier après avoir été écarté par les conservateurs fédéraux, rapporte que lorsqu’il faisait campagne cet automne, « il y avait un peu un sentiment que les électeurs voulaient “n’importe qui sauf quelqu’un du Québec” ».

Notre source conservatrice albertaine consent que cela pourrait représenter un désavantage pour M. Charest. « Le revers de ce ressentiment à l’endroit du Québec, par contre, c’est que quelqu’un qui vient du centre du Canada et qui démontre une compréhension de la réalité des Albertains et une volonté de leur venir en aide serait très bien accueilli. »

Le sénateur conservateur manitobain Don Plett demeure cependant un partisan de Jean Charest, qu’il avait appuyé lors de la course à la chefferie du PPC en 1993 remportée par Kim Campbell. M. Plett ne croit pas que M. Charest souffrirait du fait d’être Québécois.

« Il était un ministre très populaire au sein du gouvernement de Brian Mulroney et un chef très populaire du Parti progressiste-conservateur à l’époque. Je crois que cette impression serait partagée par davantage de gens que ceux qui pensent le contraire. »

Le sénateur Plett s’est fait prudent, car il souhaite demeurer neutre dans la course à la chefferie à titre de leader des conservateurs au Sénat. Mais il reconnaît, comme plusieurs autres, que la défense du registre des armes d’épaule par l’ancien premier ministre libéral québécois à l’époque où les conservateurs fédéraux l’ont aboli passerait mal dans l’Ouest.

« Le Parti conservateur avait une position très claire sur le registre des armes à feu. Nous ne l’appuyions pas. Et quiconque l’appuie aurait certainement besoin d’expliquer cette position. »

Steven Fletcher note toutefois qu’en bulletin préférentiel, Jean Charest pourrait se faufiler s’il réussit à être le second ou le troisième choix de suffisamment de militants. « Il va devoir ramer dur. […] Mais il a connu de grands succès. Je ne sous-estimerais jamais quelqu’un comme lui. »

L’ancien premier ministre néodémocrate du Manitoba Greg Selinger rappelle quant à lui que M. Charest avait lancé l’idée de créer le Conseil de la fédération pour réunir ses homologues provinciaux. Ce qui pourrait être un atout pour charmer l’Ouest, selon lui.

« Il a toujours démontré un désir de travailler avec les autres premiers ministres. J’ai trouvé qu’il montrait une certaine capacité à comprendre les perspectives des autres provinces », a-t-il rappelé en entrevue.

Il croit que Jean Charest pourrait attirer les conservateurs plus modérés du Manitoba. Ceux de la Colombie-Britannique aussi, selon le professeur émérite de l’Université de Saint-Boniface Raymond Hébert, qui note que ces deux provinces sont plus diversifiées sur le plan idéologique que leurs voisines.

« Il y a le sentiment d’aliénation qui existe certainement en Alberta et en Saskatchewan, c’est limité passablement à ces deux provinces-là, a-t-il indiqué. Alors, si Jean Charest trouve la formule magique pour y faire des percées, je pense que ça serait excellent pour le Parti conservateur, mais ça ne serait pas facile ! »

Avec Mylène Crête

7 commentaires
  • Daniel Grant - Abonné 21 décembre 2019 08 h 58

    Charest, un autre lobbyiste du pétrole prêt à représenter les intérêts du Texas et des initiés

    Tousseurs et asthmatiques faites une bonne réserve d’inhalateurs.

    Surtout pas un mot sur les énergies recouvelables,
    ça dérangerait le statu quo pendant que le Canada subventionne à coup de milliards l'industrie du fossile qui tuent en silence par le cancer (Chipewyan en AB) avec la bénédiction des ministres de la santé et de l'environnement.

    On est pas sorti du bitume avec Charest.

  • Gilbert Talbot - Abonné 21 décembre 2019 10 h 43

    Le charme de l'opportuniste Charest.

    Juste l'idée de revoir La face de Jean Charest dans les médias régulièrement m'horripile. Pendant neuf ans cet homme a volé le Québec, a manipulé le choix des juges, a enrichi les agents du remplissement de la caisse électorale libérale, à détérioré les systèmes de santé et d'éducation par ses coupures budgétaires et j'en passe. J'ai signé une pétition avec 250 000 autres Québécois pour qu'il dégage du portrait politique Québécois. Il a fini par se faire battre dans son propre comté, suite à une grève historique des étudiants en 2012. Il a vraiment du front tout le tour de la tête pour se repeintes au niveau fédéral, d'où il vient. Il avait été acheté par Paul Desmarais pour barrer la montée du mouvement indépendantiste au Québec.Maintenant que sa mission est temporairement accomplie il reviendrait au bercail avec les Conservateurs canadiens? Même si ce n'est pas du tout mon Parti, je ne souhaiterait pas ça à mon pire ennemi: tomber sous le charme enjôleur d'un si grand opportuniste.

    • Louise Collette - Abonnée 21 décembre 2019 16 h 06

      Monsieur Talbot
      Merci, ça résume pas mal ce que je pense.

  • Michel Lebel - Abonné 21 décembre 2019 11 h 19

    Les capacités sont là, mais...

    Je ne doute pas des capacités de Jean Charest pour être un bon premier ministre. La question que je me pose: l'homme est-il ''passé date"? Le Canada a bien changé depuis le temps qu'il oeuvrait à Ottawa. Qui vivra verra.

    M.L.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 21 décembre 2019 20 h 36

      "Je ne doute pas des capacités de Jean Charest pour être un bon premier ministre." - Michel Lebel

      Décidément, vos critères de sélection laissent beaucoup à désirer.

    • gaston bergeron - Abonné 22 décembre 2019 13 h 39

      Vraiment, trouver quelque chose de positif à Jean Charest comme politicien... C'est bien le type qui se faisait payer 75 000 dollars en-dessous de la table quand il était premier ministre du Québec?

  • Daniel Belanger - Inscrit 21 décembre 2019 16 h 32

    Oh non, pas encore lui!

    Il est là, comme un fantôme, qui vient hanter nos plus mauvais souvenirs.
    Sheer à presque efffacer le parti Conservateur du portrait politique Canadien.
    Si Charest est élue à la tête de ce parti, il l'effacera pour de bon.