Ottawa prévoit des déficits encore plus importants

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a à nouveau défendu la réduction d’impôt offerte aux contribuables.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre des Finances, Bill Morneau, a à nouveau défendu la réduction d’impôt offerte aux contribuables.

Les déficits fédéraux continuent d’être revus à la hausse. La mise à jour économique du ministre des Finances prévoit des déficits encore plus importants que prévu dans son dernier budget et ne précise toujours pas de date de retour à l’encre noire. Le gouvernement plaide que la raison en est sa plus récente baisse d’impôt, mais aussi les obligations de retraite aux fonctionnaires qui risquent de coûter plus cher. L’opposition, elle, rétorque que le ministre Bill Morneau est un piètre gestionnaire des fonds publics.

« Nous proposons d’augmenter notre déficit avec des investissements supplémentaires, parce que nous savons que continuer d’investir a un impact positif sur notre économie et pour les Canadiens », a fait valoir M. Morneau en présentant sa mise à jour économique lundi.

Le déficit projeté y est désormais de 26,6 milliards pour l’année en cours (contre 19,8 milliards prévus dans le budget 2019) et de 28,1 milliards en 2020-2021 (plutôt que 19,7 milliards). Le gouvernement prévoit que le déficit diminue quelque peu pour les années subséquentes et qu’il se chiffre à 16,3 milliards en 2023-2024 (contre 9,8 milliards prévus dans le dernier budget).

L’énoncé budgétaire stipule que cette variation « est largement attribuable à une hausse des charges liées aux réévaluations actuarielles des régimes de retraite des employés et à d’autres avantages sociaux futurs ». Le différentiel entre le déficit prévu au dernier budget et celui qui est maintenant projeté pour les prochaines années est effectivement attribuable, en majorité, à ces obligations réévaluées. Mais à compter de 2023, le gouvernement aura achevé sa baisse d’impôt progressive et celle-ci sera désormais responsable de la majorité de cette hausse du déficit puisqu’elle coûtera 6 milliards par année au Trésor fédéral.

26,6 milliards
C’est la nouvelle évaluation du déficit pour l’année en cours.

« Mais cette baisse d’impôt viendra en aide à 20 millions de Canadiens et c’est important. Cela remettra des sommes importantes d’argent dans les poches des contribuables et dans l’économie », a fait valoir le ministre, pour défendre sa décision d’augmenter progressivement le montant de base exempté d’impôt à 15 000 $.

Les libéraux avaient déjà corrigé leurs projections budgétaires cet été, en présentant leur programme électoral, et revu leurs déficits à la hausse. Le programme électoral prédisait des déficits de 93,9 milliards, de 2020-2021 à 2023-2024. La mise à jour économique prévoit désormais des déficits de 84,9 milliards sur cette même période de quatre ans. Mais hormis la réduction d’impôt, l’énoncé fiscal de lundi ne comptabilise aucune des autres coûteuses promesses libérales. Le document ne précise pas non plus de date de retour à l’équilibre budgétaire. Ce qui fait dire à l’opposition que le gouvernement de Justin Trudeau a perdu le contrôle des finances fédérales.

Une récession en vue ?

Le conservateur Pierre Poilievre a accusé les libéraux d’avoir enfreint deux de leurs promesses d’il y a quatre ans : le déficit n’aura pas été modeste, comme promis en 2015, et, si le ratio de la dette par rapport au PIB continue bel et bien de diminuer, le point de départ de ce calcul a été rehaussé.

« On ne peut pas faire confiance aux promesses de Bill Morneau parce que tout ce qu’il dit est faux. Ses promesses sur le déficit et la croissance sont déjà contredites par la réalité », a raillé M. Poilievre, en brandissant le spectre d’une récession. « On ne sait pas s’il va y avoir une récession, mais on sait une chose : s’il y en a une, ce sera une récession créée au Canada par les décisions des libéraux », a-t-il dit.

Le ministre a rejeté cette éventualité, en affirmant que les économistes du secteur privé prédisent tous, au contraire, de la croissance économique. « Aucun d’entre eux ne prédit une récession », a rétorqué M. Morneau.

Le bloquiste Gabriel Ste-Marie a évalué que la situation était « moins dramatique que ce que disent les conservateurs ». Il juge néanmoins « préoccupant » que les déficits continuent d’augmenter. Mais il attend de voir le budget du printemps prochain avant de s’alarmer, car le gouvernement pourrait y prévoir de nouvelles sources de revenus en instaurant, par exemple, la taxation promise des géants du Web.

Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique auraient préféré que le gouvernement présente quelques nouvelles mesures dans son énoncé économique, plutôt que de procéder à une simple mise à jour de l’état de ses finances. « Cette mise à jour économique automnale est simplement inadéquate et décevante », a déploré le néodémocrate Peter Julian.

Le Bloc a quant à lui dénoncé le fait que les transferts aux provinces en santé n’aient pas été bonifiés, comme le réclamaient Québec et ses consoeurs. L’augmentation du transfert se chiffrera à 3,7 % pour l’année 2020, alors que les provinces réclament une hausse annuelle de 5,2 %.

« On va considérer leur avis, mais en même temps, on doit considérer l’ensemble de la situation [économique] », a indiqué le ministre Morneau en point de presse, à quelques heures du début de ses rencontres avec ses homologues provinciaux à Ottawa.

Les chambres de commerce ont dit partager les critiques des conservateurs.

La Fédération des chambres de commerce du Québec a déploré « l’absence d’un plan de résorption réaliste du déficit budgétaire » dans l’énoncé de lundi, de même qu’une « absence de contrôle des dépenses du gouvernement », en s’inquiétant elle aussi d’un risque de récession.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a pour sa part estimé que l’énoncé « laisse s’installer une perception de déficit perpétuel et de laxisme fiscal au niveau fédéral ».

3 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 17 décembre 2019 04 h 26

    Le trou

    Je remarque un déficit d'attention aux déficits chez monsieur Morneau et au PLC en général.

    Alors que d'aucuns nous parlent d'une possible récession à venir, il y a là un trou financier et de mémoire à la fois large et profond qui se creuse rapidement de plus en plus largement et profondément, ce me semble.

    Gros puits de pétrole et gros pipelines à laisser aux compagnies amies. Gros problème environnemental et gros puits de la dette à nous laisser en héritage comme souvenir collectif de votre passage au gouvernement canadien, messieurs Trudeau et Morneau.

    Pas vraiment de quoi sourire!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 17 décembre 2019 07 h 29

    Rien ne va plus au Dominion sur le plan fiscal et les régions en subissent les contrecoups!

    À la veille des élections, conme d'autres, je dénonçais le déficit à venir. Il est bien là et il est plus grand qu'anticipé! Comme il était impossible de mettre au rancard les deux chefs de parti conservateur et libéral en même temps, on se retrouve donc avec un parti sans chef et le second avec J. Trudeau dont les apparitions sont moins éclatantes qu'auparavant!
    Comme cadeau de Noël ou du Nouvel An, voilà qu'une nouvelle stratégie est employée concernant le déficit du Dominion : les autres pays du G7 font moins bien que nous qui sommes au second rang derrière les États-Unis! Et puis, de nombreux citoyens ont des dettes élevées alors on se contente de rester à bord d'un bateau qui risque de prendre l'eau, sans moyen de colmater ce trou, au pire ce sera dans plusieurs années! La joute est bien menée par les libéraux qui, sans géne, n'ont donc rien à donner aux régions! Voilà comment on réussit également à éliminer les demandes des oppositions, dont celle du Bloc québécois qui ne peut que constater, comme les autres, que rien ne marche pas plus ici qu'ailleurs!

  • Clermont Domingue - Abonné 17 décembre 2019 10 h 29

    Un peu d'optimisme s'il vous plaît!

    Quand on parle de déficit et de dette, il faut penser taux d'intérêt. Si la dette est trop lourde à porter au taux de 2% on peut mettre le taux à 1%

    Quand on parle de dette publique. il faut penser:
    1- que la dette publique ce n'est pas une dette privée (dans cinquante ans,l'Etat sera encore là)
    2- que le monde a changé (quand l'argent ne vient plus des salaires il doit venir d'ailleurs)
    3- que la dette publique est un outil du gouvernement pour redistribuer la richesse.
    4- que dans les prochaines années, les rendements des caisses de retraites seront plus maigres. ( le gouvernement devra suppléer.)
    5- que la Banque du Canada a la capacité de renflouer le système économique en créant la monnaie nécessaire pour rétablir l'équilibre entre les biens et services disponibles et l'argent pour se les procurer.

    Le Ministre Morneau est sage. Il préfère vivre dans le présent. Il sait que les systèmes sont des créatures des hommes et qu'on peut les modifier.