Le Parti conservateur secoué par une nouvelle crise identitaire

<p>La poussière était à peine retombée vendredi, après la démission-surprise du chef conservateur, Andrew Scheer, que déjà députés et sénateurs affirmaient tous que le prochain chef devra être moins à droite sur les questions sociales.</p>
Photo: Michael Bell La Presse canadienne

La poussière était à peine retombée vendredi, après la démission-surprise du chef conservateur, Andrew Scheer, que déjà députés et sénateurs affirmaient tous que le prochain chef devra être moins à droite sur les questions sociales.

Tandis que les premiers aspirants successeurs à Andrew Scheer commencent à s’afficher, les conservateurs semblent quasi unanimes : le parti doit se moderniser et renouer avec son héritage progressiste-conservateur. Mais la frange sociale du mouvement prévient quant à elle qu’elle ne se laissera pas si facilement éclipser et que, si le parti écarte les électeurs pro-vie, il risque d’en payer le prix politique.

La poussière était à peine retombée vendredi, après la démission-surprise du chef conservateur, Andrew Scheer, que déjà députés et sénateurs affirmaient tous que le prochain chef devra être moins à droite sur les questions sociales.

« Je suis certainement d’avis qu’il faudra que ce soit quelqu’un de plus progressiste cette fois-ci », a observé le député albertain Len Webber.

« Il faut être un chef très rassembleur […]. Et il se doit d’être plus inclusif et plus progressiste », a renchéri le Québécois Joël Godin.

« Les Canadiens ont été clairs : ils en ont marre du programme politique de Stephen Harper. Ils veulent voir un meilleur équilibre entre responsabilité fiscale et compassion sociale », a quant à elle fait valoir la députée ontarienne Marilyn Gladu, qui songe à se porter candidate à la chefferie. « Plusieurs personnes m’encouragent à envisager de me lancer dans la course. Alors je vais y réfléchir au cours de la période de Noël », a-t-elle indiqué vendredi.

« J’y songe », a confirmé à son tour le député Michael Chong, qui était arrivé cinquième lors de la course de 2017 qui a élu Andrew Scheer.

Le député Erin O’Toole, qui était arrivé troisième, sera quant à lui certainement candidat. Il recrute déjà des organisateurs de campagne, selon les sources du Devoir.

Gérard Deltell n’a quant à lui pas fermé la porte, mais a refusé de s’engager. « Par respect pour M. Scheer, toute conversation concernant la suite des choses ne serait pas bien venue. »

L’ancien ministre fédéral et ex-chef du Parti progressiste conservateur Peter MacKay est courtisé par plusieurs, tout comme l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Bernard Lord.

L’un des potentiels candidats a en revanche retiré son nom de la liste. Brad Wall, ex-premier ministre de la Saskatchewan, a annoncé qu’il ne briguerait pas la chefferie et dit qu’il espérait voir Rona Ambrose dans la course. L’ancienne ministre et ex-chef intérimaire n’a pas dévoilé ses intentions.

Le risque d’être progressiste

L’ancien stratège conservateur Tim Powers croit qu’il est impératif que le Parti conservateur se modernise, sur les questions sociales comme l’avortement et le mariage entre conjoints de même sexe, mais aussi en matière d’environnement. « Le parti doit s’ouvrir au risque, en étant plus progressiste, mais aussi en ayant des idées novatrices qui accrochent les gens. »

La frange conservatrice sociale du parti rejette cependant tout virage en ce sens. « Je ne crois pas que ce soit à cela que doive ressembler un vrai Parti conservateur. Les vraies valeurs conservatrices “bleues” englobent les valeurs traditionnelles », rétorque le président du groupe pro-vie Campaign Life Coalition, Jeff Gunnarson.

Les Canadiens ont été clairs: ils en ont marre du programme politique de Stephen Harper

Si les conservateurs insistent pour redevenir plus progressistes, M. Gunnarson prévient qu’ils perdront le vote de centaines de milliers de conservateurs sociaux — Campaign Life Coalition compte 200 000 familles membres.

« S’ils perdent une part importante des conservateurs sociaux, ils ne vont pas gagner d’élection », observe-t-il, en prédisant que la frange sociale du Parti conservateur créerait alors son propre nouveau parti, ou que plusieurs d’entre eux seraient tentés de se tourner vers le Parti populaire de Maxime Bernier.

Le dilemme des pro-vie

Bien que les élus conservateurs souhaitent que le prochain chef soit plus progressiste — et que pour l’instant, la liste de candidats potentiels ne compte effectivement que des conservateurs de cette mouvance —, Jeff Gunnarson prévient qu’il y aura aussi au moins un candidat pro-vie et que son groupe travaillera à le faire élire. Le poulain du mouvement pro-vie, Brad Trost, était arrivé quatrième en 2017 et ses partisans s’étaient ensuite ralliés à Andrew Scheer, qui est lui-même pro-vie.

Tim Powers reconnaît que les conservateurs sociaux pourraient tourner le dos au parti, mais il maintient que le statu quo ne donnera rien. Le parti ne gagne pas et les pro-vie n’obtiennent pas les changements législatifs ou politiques qu’ils réclament.

« La façon de faire en ce moment ne fonctionne tout simplement pas. […] La coalition conservatrice doit changer de configuration », insiste-t-il.

Mais la frange sociale du parti n’est pas obligée d’être exclue, note M. Powers, puisqu’un parti plus progressiste pourrait la satisfaire en promettant aux conservateurs sociaux des mesures de compromis, comme des crédits d’impôt pour les droits de scolarité d’écoles privées religieuses ou pour l’école à la maison.