Le chef conservateur Andrew Scheer démissionne en plein scandale

Andrew Scheer a annoncé jeudi qu'il quittait ses fonctions de chef conservateur. Il demeure toutefois député.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Andrew Scheer a annoncé jeudi qu'il quittait ses fonctions de chef conservateur. Il demeure toutefois député.

Andrew Scheer résistait au mécontentement des conservateurs depuis des semaines. Mais, faisant face à une controverse sur les droits de scolarité de ses enfants payés par le Parti conservateur, le chef a baissé les bras et annoncé sa démission.

« Afin de préparer les prochaines années, ce parti et ce mouvement ont besoin de quelqu’un qui peut se donner à 100 %. À la suite de conversations que j’ai eues avec mes enfants et mes proches, j’ai senti qu’il était temps de donner la priorité à ma famille », a annoncé Andrew Scheer aux Communes jeudi. Le député de Saskatchewan compte demeurer chef intérimaire, d’ici l’élection d’un nouveau chef permanent.

« Alors que notre parti entame cette période excitante qu’est l’élection d’un nouveau chef, ma seule demande pour mes collègues conservateurs est celle-ci : restons unis », a imploré M. Scheer, après avoir tenté d’ignorer depuis l’élection d’octobre les nombreux appels à sa démission.

Le chef a finalement abdiqué jeudi, à la surprise générale. Une nouvelle venait d’ébranler les rangs conservateurs : le parti payait depuis deux ans une partie des frais d’école privée des enfants de M. Scheer (quatre des cinq sont d’âge scolaire). Une information inconnue, jusqu’ici, de la quasi-totalité des conservateurs.

Si ça sort aujourd’hui et qu’il démissionne aujourd’hui, j’imagine que c’est une des gouttes qui fait déborder le vase

 

Le président du parti, Dustin van Vugt, l’a confirmée en cours de journée. « Peu après l’élection de M. Scheer comme chef du parti, nous avons eu une rencontre lors de laquelle j’ai fait l’offre standard de couvrir les coûts liés au déménagement de sa famille de Regina à Ottawa. Cela comprend la différence dans les frais de scolarité. » Le parti n’a pas précisé les sommes qui ont été versées à la famille Scheer.

M. van Vugt a souligné que « toutes les procédures appropriées ont été respectées ». Mais les membres du Fonds conservateur — qui sollicite les dons — n’avaient pas été avisés et ont été furieux de l’apprendre, selon nos informations.

Les députés qui étaient restés fidèles à M. Scheer, à la suite des résultats décevants de l’élection, ont refusé de le critiquer, répétant que le chef démissionnait pour des raisons familiales et non pas à cause du scandale. « Il a pris une décision courageuse. C’est une décision difficile », a dit le député québécois Luc Berthold. « Tout le monde était très étonné, et très triste », a souligné l’élue Marilyn Gladu à propos de l’état des troupes lorsque M. Scheer leur a annoncé sa démission, lors d’une rencontre extraordinaire du caucus jeudi matin.

Le sénateur Claude Carignan, qui était un des seuls à avoir réclamé publiquement la démission du chef, croit cependant que c’est bien cette controverse qui a précipité son départ. « Si ça sort aujourd’hui et qu’il démissionne aujourd’hui, j’imagine que c’est une des gouttes qui ont fait déborder le vase. » Mais la pression ne cessait d’augmenter, a-t-il rappelé, puisque le chef avait perdu la confiance d’un grand nombre de conservateurs. « C’est une accumulation. »

Le député Gérard Deltell, qui songerait à la chefferie selon des sources, espérait des « explications ». « C’est le genre de choses qu’on préfère savoir avant plutôt que pendant, parce qu’après ce n’est jamais très agréable. »

Un putsch organisé

Le leadership de M. Scheer était contesté non seulement au sein du caucus québécois, mais aussi par plusieurs conservateurs de l’Ontario. Même en Alberta, les troupes étaient furieuses que le chef n’ait pas réussi à gagner l’élection. D’anciens stratèges menaient une campagne pour le forcer à partir. Les conservateurs progressistes lui reprochaient ses croyances pro-vie, tandis que les groupes pro-vie l’accusaient de ne pas avoir suffisamment défendu leurs valeurs.

C’est dans ce contexte que des journalistes ont été informés que le Parti conservateur assumait les droits de scolarité des enfants de M. Scheer. Les questions des journalistes au cours des derniers jours ont alerté les membres de l’exécutif du parti et du Fonds conservateur, qui ont mal réagi.

Le sénateur Jean-Guy Dagenais, qui a quitté le caucus conservateur après avoir réclamé la démission du chef, a vivement dénoncé le fait que les dons des membres aient ainsi été redistribués, alors que des candidates à qui il prêtait main-forte cet automne n’ont pas reçu d’argent pour les aider à faire campagne. « Et aujourd’hui, elles apprennent que M. Scheer a fait payer l’école privée à ses enfants par le parti. C’est inacceptable. »


Marché inapproprié
 

Kory Teneycke, l’ancien attaché de Stephen Harper qui avait lancé un mouvement pour détrôner le chef, estime également qu’un tel marché conclu sans aviser les membres du parti est « complètement inapproprié » et « ne devrait pas être toléré ». Les partis remboursent fréquemment certaines dépenses liées à l’emploi. « Payer l’école privée des enfants n’est pas lié au fait d’être chef du Parti conservateur. C’est se remplir les poches », a-t-il rétorqué, en arguant que M. Scheer ne devrait même pas rester comme chef intérimaire.

Réunis une deuxième fois en caucus d’urgence, en fin de journée, les conservateurs ont toutefois décidé d’appuyer M. Scheer dans ce rôle.

Le Parti conservateur devra maintenant organiser une nouvelle course à la chefferie. Les libéraux ont refusé de se réjouir de voir leurs rivaux ainsi occupés pour les prochains mois. En coulisses, on est soulagé qu’à court terme, le gouvernement minoritaire n’ait pas à se soucier d’être renversé. Mais on craint que les conservateurs choisissent un nouveau chef qui serait un adversaire plus farouche pour Justin Trudeau.

Les anciens ministres Rona Ambrose et Peter MacKay sont pressentis comme candidats potentiels, tandis que les députés Gérard Deltell, Pierre Poilievre, Candice Bergen, Erin O’Toole et Michelle Rempel y songeraient, selon nos informations.

9 commentaires
  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 12 décembre 2019 23 h 38

    Ambrose ou Rempel

    Il suffit de voir des extraits de Ambrose aux communes pour comprendre qu'elle aurait dévoré Trudeau. Si elle revient, ça sera un courronnement. Rempel est très loyale envers ses électeurs, elle est déterminée et sympathique. Ces deux femmes peuvent montrer que l'on peut être conservatrice, ferme, mais pleine de compassion. Elles auront rapidement un statut de star et rendront ridicules les prétentions féministes de l'actuel PM. Poilievre est redoutable sur le plan des finances, il est encore meilleur aux Communes que Mulcair, mais il passera moins au Québec. Ambrose pourrait prendre des comtés comme Mont-Royal... Le Canada sera dans la trou avec la dette colossale, sans actif, que laisseront les Libéraux, une figure autoritaire, austère, mais humaine pourra gagner plus de siègles au Québec dans les comtés fédéralistes que ce que des commentateurs laissent entendre, même sans le français. Je ne vois pas Deltell gagner en Ontario cependant.

    Je suis persuadé qu'une cheffe qui parle avec son coeur, même en anglais, sera plus populaire qu'un faux bilingue qui parle d'une langue hypocrite.

    • Jacques-André Lambert - Abonné 13 décembre 2019 00 h 40

      Il y a si peu de personnes bilngues dans ce parti qu'il faille un.e anglophone unilingue pour le diriger?

      Retour à la case Diefenbaker?

      Pauvre Canada...

    • Louise Collette - Abonnée 13 décembre 2019 09 h 33

      Madame Ambrose ne parle par français.......en ce qui me concerne, elle est exclue, point !!
      Comme le dit Monsieur Lambert : <<Pauvre Canada>>

    • Gilles Théberge - Abonné 13 décembre 2019 10 h 30

      Vous pensez vraiment que le bilinguisme « Anglais Anglais, avec un zeste de Français » va empêcher l'élection d'un ou d'une cheffe comme Ambrose où un autre...

      Voyons donc, le soit-disant bilinguisme du Canada est une farce grossière. Il faut être naïf pour croire à ça.

  • Claude Bariteau - Abonné 13 décembre 2019 03 h 50

    Ce qui me frappe est que M. Sheer aurait démissionné parce qu'il est ressorti que le PC avait convenu de financer le déménagement de sa famille à Ottawa et l'écart entre les coûts de l'inscription de ses enfants dans des écoles privées.

    Au Québec, le PM Charest a reçu des émoluments importants du PLQ pour hausser ses revenus et une maison à Montréal pour ses activités, ce qui n’a jamais été un sujet pour le contraindre à quitter son poste. Probablement parce qu’il réalisait à la satisfaction du PLQ le mandat qu’il reçut du PLC.

    • Hélène Gervais - Abonnée 13 décembre 2019 07 h 31

      comme nous l'avons appris ces dernières années, depuis l'ère charest justement, le plq est un parti corrompu. Il n'est donc pas surprenant que les membres de ce parti aient payé pour tout ce que charest pouvait demander. Après tout il pouvait demander tout ce qu'il voulait étant donné que le plq est allé le chercher quand il était chef du parti conservateur.

  • Serge Lamarche - Abonné 13 décembre 2019 03 h 59

    Comparaison

    Et bien Scheer est à Trudeau comme Boeing qui cherchait noise à Bombardier. Les avions tombent et on apprend que le nouveau modèle d'avion était pourri.
    Les conservateurs sont maintenant complètement sous le contrôle du parti réformiste. Tout ce qui compte est le pétrole et l'argent du pétrole La concentration des votes l'a bien prouvé.

  • Benoit Léger - Abonné 13 décembre 2019 06 h 37

    Partir tout en restant

    Tous passent sous silence le fait inusité qu'Andrew Scheer demeure en poste jusqu'à la nomination de son succésseur. C'est comme si ce politicien de carrière voulait s'accrocher le plus longtemps possible à ses privilèges de chef de l'opposition, avec salaire, résidence officielle et école privée pour ses cinq enfants...

    Qu'arrivera-t-il si durant les mois que durera cette course au leadership, les conservateurs sont placés devant un vote déterminant pour maintenir en place ce gouvernement minoritaire? Scheer ne risque-t-il pas de se retrouver en conflit d'intérêts? On peut même se demander si, en restant en place, Scheer n'espère pas au fond de lui, que l'improbable se produise. Chose certaine, cela nous donnera une opposition officielle fort peu efficace pour plusieurs mois.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 13 décembre 2019 08 h 17

    Ce n'ests pas un scandale

    Les allocations octroyées à M. Scheer pour l'éducation de ses enfants ont été adoptées en bonne et dûe forme par les instances du parti, l'utilisation du mot scandale est vraiment abusif. Cela donne à penser que le Devoir est un laquais à la remorque du répugnant Justin Trudeau qui va à l'encontre de toutes les lois de l'éthique connues dans l'univers, vous faites tout pour dénigrer l'opposition à ce 'two face' qui dit une chose et qui s'empresse de faire le contraire.