L'ACEUM plus favorable à l’acier qu’à l’aluminium

De l'aluminium chinois est transformé au Mexique, puis exporté comme étant de l'aluminium nord-américain.
Photo: STR Agence France-Presse De l'aluminium chinois est transformé au Mexique, puis exporté comme étant de l'aluminium nord-américain.

Justin Trudeau a beau se réjouir d’avoir enfin conclu une nouvelle mouture de l’ALENA, la ratification de l’entente au Canada n’est pas garantie. Le Bloc québécois s’y oppose, tandis que conservateurs et néodémocrates refusent de promettre leur appui, ces trois partis dénonçant le sort réservé à l’industrie de l’aluminium. L’industrie et François Legault, eux, se disent déçus, mais soutiennent que l’ALENA 2.0 offre malgré tout des gains au secteur.

Le gouvernement Trudeau a passé la journée de mercredi à défendre le protocole d’entente de libre-échange conclu la veille avec les États-Unis et le Mexique. « Le nouvel accord de l’ALENA, y compris les modifications qu’on a signées hier, est un gain pour les travailleurs de l’aluminium », a affirmé le premier ministre aux Communes.

Les partis d’opposition ne voient toutefois pas les choses de la même façon. « Ce gouvernement libéral a refusé de se tenir debout pour ces travailleurs qui, grâce à notre hydroélectricité, fabriquent l’aluminium le plus vert au monde », a déclaré le conservateur Alain Rayes. « Les gens, l’industrie et les syndicats savent maintenant que l’aluminium du Québec a été sacrifié au profit de l’acier », a dit le bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe.

On fait partie des dommages collatéraux. Il y en a toujours. 

 

Le Bloc québécois votera contre l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Parti conservateur n’a pas encore pris sa décision. « Évidemment, nous sommes le parti du libre-échange. L’accord original était un accord conservateur. Alors, nous voulons voir de la certitude, mais nous ne ferons connaître notre position que lorsque nous aurons vu le texte de l’entente », a affirmé le député Erin O’Toole.

Même chose au Nouveau Parti démocratique. « Nous n’avons pas encore déterminé si nous allons appuyer ou non l’entente. À ce stade-ci, je veux la lire d’abord et la comprendre », a indiqué le chef Jagmeet Singh. Il se réjouit que les dispositions protégeant les travailleurs et l’environnement aient été clarifiées et que les versions génériques de médicaments pourront être fabriquées après une protection de huit ans plutôt que dix des médicaments d’origine. Toutefois, il s’inquiète du fait que la protection offerte à l’industrie de l’acier ne l’a pas été aussi pour l’aluminium.

Qu’est-ce qui a changé ?

Le Canada, les États-Unis et le Mexique se sont entendus l’an dernier pour que le nouvel accord de libre-échange assure que 70 % des matériaux et des pièces utilisés dans la fabrication d’automobiles soient désormais d’origine nord-américaine (contre 62,5 % auparavant). L’acier et l’aluminium utilisés devront également être à 70 % nord-américains.

Cette semaine, les trois pays ont amendé l’entente et notamment clarifié comment établir l’origine des matériaux pour l’acier dans sept ans : il faut qu’il soit « fondu et coulé » en Amérique du Nord. Mais cette définition n’a pas été précisée pour l’aluminium. Or, le Mexique importe de l’aluminium de la Chine et le transforme chez lui, avant de l’exporter en le qualifiant d’aluminium nord-américain.

À lire aussi:

L'éditorial de Robert Dutrisac, L’aluminium laissé pour compte

L'analyse de Gérard Bérubé, Un ACEUM bonifié

Le gouvernement canadien assure que ce nouveau seuil de 70 % représente un gain important pour l’industrie de l’aluminium. Mais le milieu craint que le Mexique continue de s’approvisionner en Chine et engendre ainsi la délocalisation de l’industrie.

« On est déçus et c’est normal », a dit le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard. Il ne fait cependant « aucun reproche » au gouvernement. « On sait qu’ils ont porté cette demande [de resserrer les règles d’origine] jusqu’au bout. On fait partie des dommages collatéraux. Il y en a toujours. »

Le premier ministre québécois, François Legault, de passage en Californie, s’est montré tout aussi nuancé dans sa réaction. Il s’est dit « préoccupé », mais a du même souffle tenu à préciser que, « malgré ça, quand on fait la balance des inconvénients, on pense qu’il faut signer l’entente ».

Le président du syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, Sylvain Maltais, était quant à lui furieux. « On demande que l’entente ne soit pas ratifiée tant et aussi longtemps que l’aluminium ne sera pas protégé », a-t-il déclaré, sans toutefois bien comprendre les modifications de cette semaine.

« Ce n’est pas vrai qu’on a perdu quelque chose en cours de route », est venu expliquer M. Simard. Une analyse partagée par Richard Ouellet, professeur de droit international économique à l’Université Laval. « L’industrie n’est pas sacrifiée. On n’a juste pas été capable de faire autant de gains qu’on l’aurait voulu. Mais à la base, ça reste un gain. » Jean Simard somme toutefois maintenant Ottawa de forcer le Mexique à corriger sa façon de faire.

La vice-première ministre, Chrystia Freeland, qui était à Mexico mardi pour conclure cette nouvelle version de l’accord, a indiqué qu’elle avait tenté d’obtenir des gains « pour toutes les industries canadiennes ». Les conversations étaient « très complexes ». L’objectif ultime était d’en venir à la ratification d’une nouvelle entente. « Et pour cette raison, j’ai essayé […] de trouver un équilibre qui permette la ratification du nouvel ALENA », a-t-elle avoué.

Son gouvernement minoritaire aura besoin de l’appui d’au moins un parti d’opposition pour faire ratifier l’accord. Un vote est peu probable avant la fin des travaux parlementaires vendredi.

Avec Hélène Buzzetti et Marco Bélair-Cirino

2 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 12 décembre 2019 07 h 57

    C'est toujours trop complexe pour les citoyens!

    L'expression développée par les politiciens qand ils sont devant un échec est d'utiliser ces mots ultimes pour conclure qu'en fait tout va bien madame la Marquise! Et vlan, passe moi l'éponge, on efface et bye, bye! Cette logique floue a de quoi surprendre quand on imagine que les conséquences sont toujours localisées au même endroit : le Québec! Les personnages en selle sont : au pouvoir, le PM (né à Ontario), la VPM (née dans l'ouest du Dominion), les oppositions dont celle du Bloc québécois qui avec son chef Y-F Blanchet ont réagi promptement à cette autre attaque contre le Québec sacrifié après celle de la gestion de l'offre! Deux représentants situés au Québec, des deux autres oppositions, sont aussi outrés de la stratégie de camouflage, quoiqu'en disent d'autres personnes qui s'expriment à contrario (toute personne est libre de s'exprimer, le titre professionnel ne garantissant rien du tout quand le sujet est politique!).
    Au Québec, pendant qu'on apprend dans un autre article (encore) qu'il n'y a pas de vraie baisse pour les médecins spécialistes, le PM F. Legault, fédéraliste avoué, se met en veilleuse plutôt qu'à la défense des travailleurs de l,aluminium québécois! Bref, qui nous représente le mieux pour défendre le peuple québécois, le Bloc ou la CAQ? Bientôt les carottes seront cuites et la majorité de la seconde va fondre sous le poids de tout ce qui n'est pas réglè et qui va à l'encontre de l'environnement (les forestières et les caribous), de la santé, de l'éducation... Pas de quoi se réjouir avec les 60 $ d'Hydro Québec pour 2020!

  • Alain Lavallée - Inscrit 12 décembre 2019 14 h 24

    Quel hasard ? L'acier est ontarien et l'aluminium est québécois . Et l'aluminium est sacrifié

    Faut-il vraiment s'en étonner ?

    Lors du traité avec l'Europe, le Canada a sacrifié l'industrie laitière, industrie importante au Québec.

    Et là dans la signature de du traité avec les USA et Mexique. Pas de problème pour l'acier il est produit en Ontario, il est protégé.

    Quant à l'aluminium et bien "nos " négociateurs " canadiens l,ont sacrifié (le Mexique pourra s,approvisionner en Chine à bas coûts )
    quel hasard 8 des 9 usines d'aluminium au Canada sont situées au Québec, alors on sacrifie les intérêts du Québec.

    Le Québec n'a pas le choix d'être nationaliste. Le Canada souffre de l'Ontariocentrisme. Merci au BLOC québécois de nous représenter à Ottawa et de voter contre ce traité.