Ottawa reste vague sur un bannissement éventuel du modèle d’arme utilisé par Lépine

«Nous allons renforcer le contrôle des armes à feu et interdire le genre d’armes utilisées à l’École Polytechnique», a argué Justin Trudeau.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Nous allons renforcer le contrôle des armes à feu et interdire le genre d’armes utilisées à l’École Polytechnique», a argué Justin Trudeau.

Justin Trudeau a profité de la commémoration de la tuerie de Polytechnique pour réitérer sa promesse d’interdire au pays les armes d’assaut de style militaire. Mais s’il a laissé entendre qu’il pourrait même bannir le modèle d’arme utilisé par Marc Lépine il y a 30 ans, le premier ministre s’est abstenu de le promettre formellement.

« Nos gestes en disent plus long que nos mots », a fait valoir M. Trudeau aux Communes vendredi, lors des hommages rendus aux 14 victimes.

« Nous allons renforcer le contrôle des armes à feu et interdire le genre d’armes utilisées à l’École Polytechnique », a-t-il argué.

« Ces armes, conçues pour tuer le plus rapidement possible le plus grand nombre de personnes possible, n’ont pas leur place dans nos communautés, dans nos rues, dans notre pays. »

 Je suis de ces personnes qui croient que les armes appartiennent aux forces de l’ordre, un point c’est tout

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, s’est montré tout aussi vague. « Nous sommes absolument engagés, de façon inébranlable, à interdire les armes d’assaut de style militaire comme celle utilisée lors de cet événement et qui ont également été utilisées lors d’autres tragédies », a-t-il affirmé à son tour, en évitant lui aussi d’être catégorique quant au sort de la carabine Ruger Mini-14.

Pourtant, deux libéraux québécois estiment que cette arme doit bel et bien être interdite au pays.

« Personnellement, oui », a tranché le ministre des Transports, Marc Garneau, lorsque les journalistes lui ont demandé s’il préférerait son interdiction. Le Collège Dawson se trouve dans sa circonscription de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, là où un autre tireur s’en est pris à des étudiants. « Là aussi, c’était une arme d’assaut de style militaire », a noté le ministre.

Sa collègue, la députée Alexandra Mendès, souhaite également l’interdiction du Ruger Mini-14. « Absolument », a-t-elle renchéri. « Je suis de ces personnes qui croient que les armes appartiennent aux forces de l’ordre, un point c’est tout. »

Mme Mendès reconnaît que ce n’est pas l’avis unanime de tous ses collègues. Mais elle prévient qu’elle a l’intention de se battre au sein du caucus libéral. « Je ne suis pas la seule qui croit que cette arme doit être interdite et on va continuer d’en parler. On est plusieurs », a-t-elle affirmé, en réaction au refus du ministre Blair d’assurer que le Ruger Mini-14 ferait partie de l’interdiction fédérale.

Attendre encore ?

M. Blair a indiqué que son gouvernement préciserait « le plus vite possible » sa promesse, de même que les armes qui seront ciblées par cette prohibition. Il a expliqué qu’il ne voulait pas s’aventurer plus loin, en citant les armes qui seraient interdites, afin d’éviter de « provoquer un mouvement de masse où les individus iront acheter ces armes avant que nous ne publiions cette liste ».

L’an dernier, lorsqu’une rumeur avait couru à l’effet que les libéraux interdiraient l’AR-15, les ventes de ces armes avaient bondi selon La Presse.

C’est ce qui mène Heidi Rathjen, de PolySeSouvient, à accepter de patienter encore un peu avant que les libéraux n’exécutent leur promesse. Mme Rathjen s’est dite « optimiste » de voir le Ruger Mini-14 bientôt interdit, puisque le premier ministre l’a évoqué à deux reprises en marge de sa promesse d’interdire les armes d’assaut de style militaire.

Les libéraux avaient déjà promis d’interdire l’arme de Marc Lépine à la fin des années 1990. L’interdiction n’est jamais venue.

« C’est une arme qui frôle les définitions », entre l’arme de chasse pour certains et l’arme d’assaut pour d’autres, explique Mme Rathjen. Le concept d’armes d’assaut n’est pas défini dans la Loi sur les armes à feu, mais les gens qui l’utilisent désignent en général des armes à l’allure militaire pouvant décharger en tirs rapides plusieurs projectiles.

Cette fois-ci, toutefois, Heidi Rathjen y croit, car la promesse libérale est détaillée. « C’est une interdiction complète et totale, avec un programme de rachat qui est chiffré [200 millions de dollars dans le programme électoral libéral] », note-t-elle.

Mme Rathjen donne donc « la chance au coureur ». « Mais on va commencer à s’inquiéter si en début d’année il n’y a toujours pas de signe d’action », prévient-elle du même souffle.

3 commentaires
  • Richard Lupien - Abonné 7 décembre 2019 08 h 52

    Le lobbying des armes à feu...

    .....sera-t-il plus puissant et contrôlerait-il le gouvernement Trudeau comme ces marchands d'armes ont marché main dans la main avec le gouvernement Harper?
    Pourtant, à la cérémonie de vendredi soir sur le Mont-Royal, les citoyens ont applaudi quant il a fait la promesse d'abolir ces armes de combats et armes de poing.
    Espérons que nous n'aurons pas à regretter de l'avoir applaudi.
    Richard Lupien
    Ormstown

  • Hélène Lecours - Abonnée 7 décembre 2019 08 h 55

    Enfin!

    C'est tout ce qu'on peut dire: Enfin! Vont-ils le faire? Je serais même prête à voter libéral pour ça. C'est tout dire...

  • Hélène Lecours - Abonnée 7 décembre 2019 08 h 55

    Enfin!

    C'est tout ce qu'on peut dire: Enfin! Vont-ils le faire? Je serais même prête à voter libéral pour ça. C'est tout dire...