Andrew Scheer blâme les «radicaux»

M. Scheer a réitéré, vendredi, sa promesse d’empêcher certains groupes militants, s’il est un jour élu premier ministre, de participer aux consultations publiques sur les projets énergétiques.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne M. Scheer a réitéré, vendredi, sa promesse d’empêcher certains groupes militants, s’il est un jour élu premier ministre, de participer aux consultations publiques sur les projets énergétiques.

Il a accusé Justin Trudeau de ne pas avoir pris acte du résultat électoral en ne modifiant pas son programme, mais Andrew Scheer se fait à son tour servir le même reproche. Ses rivaux estiment que le chef conservateur n’a pas compris le message pro-environnement des électeurs puisqu’il s’entête à qualifier de « radicaux » ceux qui réclament des actions climatiques plus musclées.

Dans sa réplique au discours du Trône, vendredi, le chef conservateur a pris fait et cause pour l’Alberta et la Saskatchewan, accusant les opposants à l’industrie pétrolière d’être manipulés par d’obscurs intérêts étrangers.

« Alors même que je vous parle, a lancé M. Scheer, un réseau de groupes activistes financés à l’étranger tente de faire fermer l’industrie canadienne de l’énergie et de mettre au chômage des centaines de milliers de Canadiens. »

M. Scheer a soutenu que ces groupes « interfèrent dans notre discussion nationale sur l’énergie et les pipelines » et a réitéré sa promesse de les empêcher, s’il est un jour élu premier ministre, de participer aux consultations publiques sur les projets énergétiques.

« Je n’ai jamais compris pourquoi des voix se font entendre dans ce pays, incluant des voix provenant des banquettes du gouvernement, pour bannir les exportations d’énergie canadienne alors que ces mêmes voix sont muettes lorsque les navires remplis de pétrole étranger arrivent les uns après les autres au Canada. »

Sa déclaration lui a valu de vives remontrances de la part du néodémocrate Charlie Angus.

« J’entends la même déconnexion que j’ai entendue pendant l’élection », a-t-il lancé, prenant la peine de souligner que M. Scheer avait été reconduit dans l’opposition.

« Il est inacceptable que [M. Scheer], qui n’a aucune crédibilité à propos de la plus grande crise à laquelle est confrontée notre planète, dise aux Canadiens qu’ils doivent accepter ces théories de la conspiration et l’inaction environnementale sinon les conservateurs vont faire éclater notre pays. »

Ce à quoi M. Scheer a répliqué qu’il était normal que M. Angus « ne croie pas qu’il y a des groupes radicaux étrangers qui tentent de détruire nos emplois parce qu’ils se retrouvent tous au NPD ».

Le premier ministre a pris part à la mêlée en soulignant que 60 % des électeurs avaient voté pour un parti favorable à une lutte accrue contre les changements climatiques. « Il ne sert à rien d’accuser les activistes du climat lorsque les pipelines ne sont pas construits, a dit M. Trudeau. Les conservateurs font mal à l’Ouest avec leurs campagnes de peur. »

Les conservateurs n’ont pas encore confirmé qu’ils voteraient contre le discours du Trône, mais l’amendement qu’ils proposent — qui en renverserait complètement le contenu — laisse comprendre qu’ils s’y opposeront.

Kenney à Ottawa

Les conservateurs ont de manière plus générale martelé qu’il fallait être à l’écoute de l’Alberta, à défaut de quoi l’unité du pays serait compromise. La députée Michelle Rempel a d’ailleurs lancé une pétition demandant « qu’Ottawa fasse preuve d’équité » envers sa province.

« Le discours du Trône de Justin Trudeau est une insulte pour les innombrables Albertains qui sont sans travail à cause de l’attaque de Justin Trudeau contre notre secteur énergétique. »

Le premier ministre Jason Kenney s’est toutefois montré plus circonspect. Le discours « était décevant », mais il a dit qu’il ne voulait pas « en exagérer l’importance parce que les discours du Trône sont par nature des documents vagues et généraux. […] Il n’est jamais très utile de décortiquer chaque mot d’une déclaration générale d’intentions. »

M. Kenney jugera davantage le gouvernement Trudeau par ses actions.

Il se rendra à Ottawa la semaine prochaine à la tête d’une délégation de huit ministres et autant de sous-ministres pour rencontrer leurs homologues fédéraux. Il réclamera entre autres une date précise de fin de construction de l’agrandissement du pipeline Trans Mountain, une stratégie pour faciliter la participation autochtone aux projets énergétiques et un changement au Programme de stabilisation fiscale pour augmenter l’aide que sa province pourrait en obtenir.