Scheer s’accroche, les appels à son départ se multiplient

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a réitéré son intention de demeurer en poste au moins jusqu’au congrès du parti, prévu en avril prochain, pour se soumettre au vote de confiance des membres.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef conservateur, Andrew Scheer, a réitéré son intention de demeurer en poste au moins jusqu’au congrès du parti, prévu en avril prochain, pour se soumettre au vote de confiance des membres.

Andrew Scheer refuse de baisser les bras. Le chef conservateur répète qu’il a bel et bien l’intention de rester en poste jusqu’à son vote de confiance en avril, et ce, même si un groupe d’influents conservateurs s’organise pour le pousser vers la sortie.

« Je reste comme chef », a tranché M. Scheer jeudi, alors qu’il rencontrait la presse pour la première fois depuis trois semaines — et depuis que la grogne à son endroit ne cesse de s’amplifier.

« Ce n’est pas le moment d’avoir des chicanes internes », a plaidé le chef, en tentant un appel au calme au sein des troupes conservatrices.

« C’est un élément malheureux de la tradition conservatrice dans ce pays. Mais il est essentiel que l’on ne perde pas de vue la tâche à accomplir. Je plaiderai donc ma cause auprès des membres, pour que l’on reste unis et concentrés. Et je vais tenter d’obtenir ce mandat au mois d’avril. »

M. Scheer a refusé de préciser le seuil d’appui qu’il espérait décrocher lors du congrès conservateur qui se tiendra à Toronto mi-avril. « Je vais demander aux membres un mandat clair. »

Un conservateur bien branché estime que le chef pose certainement des gestes qui portent à croire qu’il n’a aucune intention d’abdiquer son poste, car il est allé jusqu’à se séparer de trois proches conseillers, dont un — Hamish Marshall — qui partageait sa route politique depuis 20 ans. Un chef ne fait pas ça « à la légère », note cette personne.

La pression monte

Ces changements de personnel n’ont cependant pas calmé les insatisfactions des conservateurs à son égard.

« Il est temps qu’Andrew Scheer démissionne », scandait une vidéo lancée par le nouveau groupe Conservative Victory. L’initiative est présidée par Kory Teneycke (l’ancien directeur des communications de Stephen Harper), John Reynolds (un ancien député qui était chef intérimaire de l’Alliance canadienne) et Jeff Ballingall (fondateur des groupes Ontario Proud et Canada Proud, créés pour tenter de défaire Justin Trudeau cet automne).

Le trio assure avoir une stratégie bien ficelée pour forcer la main d’Andrew Scheer : tous les jours, une nouvelle voix conservatrice réclamera son départ. « Nous avons une longue liste de gens qui attendent pour faire une sortie », a précisé M. Teneycke au Devoir.

La première du lot a été Jenni Byrne, une organisatrice conservatrice de longue date. « Il semble présentement qu’Andrew Scheer souhaite demeurer chef. Je ne crois pas, cependant, que ce soit dans son meilleur intérêt ou dans le meilleur intérêt du parti », a-t-elle affirmé à la CBC. Bien que M. Teneycke et Mme Byrne aient travaillé pour le premier ministre ontarien Doug Ford, ce dernier a assuré jeudi qu’il n’était « pas impliqué du tout ».

Kory Teneycke estime que M. Scheer doit démissionner avant le mois d’avril, afin de ne pas perdre de temps en situation de gouvernement minoritaire. Il propose que, s’il tient à son poste, il se porte candidat à sa propre succession. Stockwell Day l’a fait en 2002 lorsqu’il dirigeait l’Alliance canadienne, mais il avait perdu son pari et c’est Stephen Harper qui avait été élu.

« Ça avait bien fonctionné pour le parti », juge néanmoins M. Teneycke. « Le but du Parti conservateur n’est pas de contribuer à la grandeur du leader, c’est de gagner des élections. »

Envoi de délégués anti-Scheer

Si cette campagne de pression publique ne convainc pas Andrew Scheer de partir, le groupe Conservative Victory pourrait manoeuvrer pour s’assurer que des délégués qui ne sont pas sympathiques au chef soient envoyés au congrès de Toronto — afin d’y voter contre le leadership du chef.

L’organisation pro-vie Campaign Life Coalition compte faire de même. Dans la région de Toronto, des militants conservateurs seraient en outre en train de s’organiser pour sélectionner aussi dans une centaine de circonscriptions des délégués qui iront s’opposer à Andrew Scheer au congrès.

Le mécontentement à l’endroit de M. Scheer serait presque aussi fort en Ontario qu’au Québec, selon nos informations. De nombreux conservateurs québécois ont sommé le chef de partir — publiquement ou sous le couvert de l’anonymat.

Et la révolte ne se limite pas à ces deux provinces. En Alberta, bon nombre de conservateurs sont fâchés que le chef et leur parti n’aient pas réussi à déloger Justin Trudeau.

« Ils blâment Andrew Scheer pour ça », explique une deuxième source conservatrice.