Andrew Scheer perd aussi l’appui des pro-vie

Le leadership d’Andrew Scheer est de plus en plus contesté dans les rangs conservateurs.
Photo: Sebastien St-Jean Agence France-Presse Le leadership d’Andrew Scheer est de plus en plus contesté dans les rangs conservateurs.

Le leadership d’Andrew Scheer est maintenant contesté de toutes parts au mouvement conservateur. Alors que la frange progressiste du parti lui reprochait déjà ses positions sur l’avortement et le mariage homosexuel, voilà que les conservateurs sociaux l’accusent de ne pas avoir défendu leurs valeurs et s’organisent pour déloger le chef.

« Il doit démissionner ! », scande Jeff Gunnarson, président du groupe anti-avortement Campaign Life Coalition. Le mouvement pro-vie a été déçu de voir Andrew Scheer tergiverser sur la question de l’avortement, en campagne électorale. Lorsque le chef conservateur — qui se dit pro-vie — a affirmé qu’il tenterait d’éviter que ses députés présentent des initiatives pour restreindre l’accès à l’avortement, c’en était trop.

« Si vous êtes pro-vie, que vous croyez que ces petits humains méritent d’être protégés, alors vous devez faire quelque chose ! Vous devez faire en sorte qu’il soit plus difficile de tuer ces bébés non nés. Si vous n’êtes pas prêts à le faire, alors vous faites partie du problème », a argué M. Gunnarson, en entrevue avec Le Devoir.

M. Scheer résiste aux appels à sa démission depuis des semaines. Le sénateur Jean-Guy Dagenais a réclamé son départ, avant de quitter le caucus conservateur.

Le sénateur Claude Carignan a quant à lui averti que le congrès du parti à la mi-avril, à Toronto, serait « difficile » pour le chef s’il reste en poste jusque-là.

M. Scheer devra y subir un vote de confiance. Et le groupe Campaign Life Coalition compte mobiliser ses membres afin qu’ils s’y déplacent pour chasser le chef, prévient M. Gunnarson. « Nous allons encourager nos membres à voter pour qu’il y ait une nouvelle course au leadership. »

CLC compte des dizaines de milliers d’affiliés. « Nous sommes des battants, alors nous allons tenter d’y en envoyer autant que possible. »

Départ inévitable

Bien que d’autres groupes pro-vie n’aient pas réclamé publiquement le départ du chef conservateur, le mouvement est « collectivement déçu d’Andrew Scheer », selon M. Gunnarson.

L’ancien député conservateur pro-vie Brad Trost dresse le même constat. « Les conservateurs sociaux ont eu la même réaction que tout le monde en voyant les réponses [de M. Scheer] sur l’avortement. Ils les trouvaient confuses. C’est comme s’ils ne savaient plus s’il était pour ou contre l’avortement. C’est pour cela que ces groupes sont aujourd’hui contrariés », a expliqué au Devoir M. Trost, qui s’est présenté sans succès contre M. Scheer lors de la dernière course à la chefferie du parti.

M. Trost assure qu’il ne sera pas de nouveau candidat, si une autre course s’organise. Mais il estime, lui aussi, que le Parti conservateur doit changer de chef.

Le départ de M. Scheer lui semble inévitable. « Si le vote était aujourd’hui, il serait loin d’obtenir 50 % d’appuis », prédit M. Trost.

Car aux conservateurs sociaux mécontents s’ajoutent les militants de la frange progressiste du parti, qui souhaitent aussi le départ du chef.

« Les chiffres s’additionnent. Si ce n’était qu’une seule faction du Parti conservateur, cela ne représente pas la majorité. Mais lorsque vous avez les conservateurs modérés sur le plan social et les conservateurs sociaux qui se mettent d’accord, en plus de l’Ontario et du Québec qui sont déçus des résultats électoraux, vous approchez de la majorité du parti. »

Andrew Scheer a d’ailleurs passé un mauvais quart d’heure lors d’une rencontre avec ses candidats de la dernière élection à Montréal lundi soir. La soirée a été « pénible », selon une source. La « majorité » ont dit au chef de quitter son poste, selon un second conservateur.