La grogne contre Scheer reste vive

Le chef conservateur Andrew Scheer tente de se maintenir à la tête de son parti en dépit de l’échec électoral qu’il a subi.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef conservateur Andrew Scheer tente de se maintenir à la tête de son parti en dépit de l’échec électoral qu’il a subi.

Devant le vent de mécontentement à son endroit, Andrew Scheer a limogé deux de ses proches conseillers. Mais déjà, deux sénateurs arguent que c’est « trop peu, trop tard ». Et le sénateur Claude Carignan prévient que, si M. Scheer s’accroche à la chefferie, il risque de passer un mauvais moment lorsque les conservateurs se prononceront sur son leadership au congrès du parti en avril.

Le mécontentement couve dans les rangs conservateurs depuis les résultats décevants du scrutin du mois dernier. Certains espéraient déloger le gouvernement de Justin Trudeau. Le Parti conservateur est plutôt arrivé deuxième, en faisant élire 121 députés et en en voyant quelques-uns perdre leur siège.

« J’ai pensé qu’il était important d’apporter des changements », a annoncé Andrew Scheer à ses troupes par courriel, en fin de semaine. Son chef de cabinet, Marc-André Leclerc, et son directeur des communications, Brock Harrison, ont été congédiés. « Ces décisions ne sont jamais faciles à prendre. Surtout quand elles touchent des amis. Je leur souhaite ce qu’il y a de mieux dans toutes leurs futures activités », a fait valoir le chef. Le contrat du directeur de la campagne électorale des conservateurs, Hamish Marshall, n’a quant à lui pas été renouvelé.

S’il demeure chef jusqu’au congrès, il risque de trouver le congrès difficile

 

Or, si M. Scheer et son équipe espéraient que ces licenciements calmeraient enfin les mécontents, les premières réactions indiquaient le contraire, lundi.

« Je ne pense pas que le congédiement de ces deux personnes ait contribué à calmer la grogne que l’on entend à la suite des résultats de l’élection », a dit au Devoir le sénateur Claude Carignan, qui a été leader des conservateurs au Sénat de 2015 à 2017. Il croit au contraire qu’il serait « difficile » pour le chef de rester en poste jusqu’au vote de confiance auquel il devra faire face à Toronto, en avril.

« S’il demeure chef jusqu’au congrès, il risque de trouver le congrès difficile, a prédit le sénateur, en entretien téléphonique. Le vote de confiance pourrait être un message assez direct à M. Scheer. »

Son collègue Jean-Guy Dagenais est du même avis. « Tant qu’à moi, c’est trop peu trop tard. […] Ça ne prend pas un mois pour faire le ménage dans la garde rapprochée », a fait valoir au Devoir le sénateur, qui a quitté le caucus conservateur la semaine dernière pour rejoindre un nouveau caucus indépendant — le Groupe des sénateurs canadiens — après avoir réclamé publiquement le départ du chef.

Andrew Scheer a en outre mandaté l’ex-ministre ontarien John Baird pour analyser la dernière campagne électorale afin de déterminer ce qui ne s’est pas bien passé. Le chef parcourt également le Canada ces jours-ci pour rencontrer ses candidats et entendre leurs constats. « J’ai l’impression que M. Scheer essaie de gagner du temps, pour asseoir son leadership », a observé le sénateur Dagenais, qui juge toujours que son ancien chef doit partir. « Je ne peux pas changer d’opinion parce qu’il a congédié M. Leclerc, M. Harrison et M. Marshall. On ne pourra pas gagner l’élection avec M. Scheer. » D’autres conservateurs, sous le couvert de l’anonymat, souhaitent aussi le départ du chef. L’ancien directeur des communications de Stephen Harper, Kory Teneycke, a fait valoir sur les ondes de CBC que M. Scheer devrait démissionner et se présenter à une nouvelle course à la chefferie.

Réorientation progressiste

Au-delà des changements de personnel, le sénateur Carignan estime que ce sont les valeurs défendues par le Parti conservateur qui doivent être revues. « Il va falloir qu’il y ait un changement majeur dans l’équipe et dans la philosophie des gens qui vont les remplacer », a-t-il argué, en réclamant « des positions beaucoup plus progressistes » en matière d’avortement, de droits des personnes LGBTQ et d’environnement.

« Si on n’est pas prêts à prendre le risque de déplaire à une certaine partie de la base conservatrice, on risque de se limiter à une base solide mais insuffisante pour reprendre le pouvoir », craint M. Carignan.

Plusieurs conservateurs québécois ont reproché à Andrew Scheer d’avoir tergiversé, en campagne électorale, lorsqu’il s’est fait interroger sur sa position sur l’avortement. Le chef a répété qu’il n’appuierait pas de tentative d’en restreindre l’accès, tout en reconnaissant qu’il n’empêcherait pas ses troupes d’en présenter. Il a fini par s’avouer pro-vie, à mi-campagne.

Le chef a par ailleurs été talonné sur sa position sur le mariage entre conjoints de même sexe. M. Scheer a répété dans ce cas qu’il avait évolué, comme la société, et que tous les Canadiens avaient les mêmes droits en vertu de la loi.

Deux anciens employés conservateurs ont signé une lettre ouverte, sur le site du Globe and Mail, sommant leur parti et le chef de faire une « sérieuse introspection » et de moderniser leurs positions.

Melissa Lantsman, qui a travaillé pour les ministres Lawrence Cannon et Joe Oliver, et Jamie Ellerton, qui était à bord de la caravane conservatrice cet automne, ont déploré que leur chef, depuis des mois, « peine à dévier d’un script qui accepte à contrecoeur l’égalité du mariage comme étant la loi de ce pays ». « Modifier un mot par-ci par-là n’évitera pas que la position de M. Scheer sur cette question soit décortiquée. […] Être prisonniers du passé ne les aidera pas à gagner à l’avenir. »

La lettre ouverte a été abondamment partagée par les conservateurs sur les réseaux sociaux, notamment par les députés et ex-ministres Michelle Rempel et Peter Kent, de même que par l’ancienne cheffe intérimaire du parti Rona Ambrose. Mme Rempel a félicité les auteurs du texte d’avoir « dit ce qui doit être dit ». « Il est temps d’avancer ensemble et de montrer à TOUTES les familles qu’elles peuvent compter sur nous ! » a écrit Mme Ambrose sur Twitter.

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 26 novembre 2019 04 h 51

    Ils veulent trop le pouvoir

    Scheer a le droit de vouloir ne pas laisser les foetus se faire traiter d'indésirables. Ce n'est certainement pas le problème des Conservateurs. Le problème est évident: ils veulent vendre le pétrole, plus de pétrole, plus cher. C'est attirant seulement pour les Albertains et les Manitobains, comme l'a montré les résultats du scrutin.