Justin Trudeau fera une meilleure place aux Québécois

Le premier ministre, Justin Trudeau, annoncera ce mercredi la composition de son Conseil des ministres à l’aube d’entreprendre son deuxième mandat. On sait déjà que Stephen Guilbeault (à droite) aura la responsabilité du Patrimoine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre, Justin Trudeau, annoncera ce mercredi la composition de son Conseil des ministres à l’aube d’entreprendre son deuxième mandat. On sait déjà que Stephen Guilbeault (à droite) aura la responsabilité du Patrimoine.

Justin Trudeau souhaite démontrer, avec son nouveau Conseil des ministres, qu’il prend acte des résultats électoraux du mois dernier. Les Québécois prendront du galon au sein de son équipe. Et les préoccupations des provinces de l’Ouest seront entendues.

Le nouveau cabinet Trudeau, qui sera assermenté à Rideau Hall mercredi après-midi, sera de nouveau paritaire et il comptera quelques membres de plus que le précédent (34 ministres). Au lendemain du scrutin fédéral, le premier ministre disait avoir entendu le message qui lui avait été envoyé par les électeurs canadiens. Aux Québécois, qui ont envoyé presque autant de députés bloquistes que de libéraux à Ottawa, M. Trudeau tentera de démontrer que leur voix nationaliste peut être représentée au sein d’un gouvernement libéral.

Les ministres québécois Mélanie Joly et François-Philippe Champagne monteront donc en grade, selon nos informations. M. Champagne serait nommé ministre des Affaires étrangères, selon Radio-Canada. Mme Joly se verra quant à elle récompensée pour son travail de terrain lors de la campagne électorale, au cours de laquelle elle a prêté main-forte à de nombreux candidats. Le ministre Jean-Yves Duclos pourrait quant à lui hériter du Conseil du Trésor, selon certains médias.

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne François-Philippe Champagne aura les Affaires étrangères.

L’environnementaliste et candidat-vedette des libéraux Steven Guilbeault fera quant à lui son entrée au Conseil des ministres par la grande porte : comme ministre du Patrimoine.

Si certains le voyaient déjà au ministère de l’Environnement, c’est plutôt le Britanno-Colombien Jonathan Wilkinson qui y serait nommé.

Les anciens collègues de M. Guilbeault sont déçus. « Si c’est vrai, c’est comme si on giflait tous ceux et celles qui ont cru que la présence de Steven Guilbeault au PLC pourrait faire une différence », a déploré sur Facebook Laure Waridel, avec qui le futur ministre a cofondé Équiterre. Karel Meyrand, de la Fondation David-Suzuki, s’est lui aussi dit déçu. « À l’heure de l’urgence climatique, on laisse le meilleur marqueur sur le banc en tirs de barrage. »

Dans les coulisses, on explique cependant que confier le ministère de l’Environnement à M. Guilbeault — lui qui a milité toute sa vie et qui s’oppose ouvertement à l’oléoduc Trans Mountain — aurait été mal reçu dans le reste du pays. « Compte tenu des tensions avec les provinces de l’Ouest, sa nomination à l’Environnement aurait été perçue comme une gifle, voire une déclaration de guerre », indique une source, qui note que, en siégeant au Conseil des ministres, l’environnementaliste pourra néanmoins partager son expertise.

M. Wilkinson a oeuvré pendant 20 ans au sein d’entreprises spécialisées dans les technologies vertes. Il a été secrétaire parlementaire de la ministre sortante de l’Environnement, Catherine McKenna, pendant trois ans, avant d’être nommé ministre des Pêches et Océans l’an dernier.

Gérer provinces et opposition

Un autre Québécois se verra confier un rôle clé au sein du nouveau cabinet : Pablo Rodriguez sera nommé leader en Chambre du gouvernement.

S’il s’agit souvent d’un poste de l’ombre, qui coordonne l’agenda législatif en Chambre, la tâche sera tout autre en contexte minoritaire puisqu’il faudra savoir donner la réplique à l’opposition aux Communes tout en parvenant à collaborer avec les partis pour s’assurer de faire avancer les priorités du gouvernement.

Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Jean-Yves Duclos devrait hériter du Conseil du Trésor.

Justin Trudeau devra en outre naviguer dans un contexte de relation trouble avec les provinces de l’Ouest. Faute d’élus en Alberta et en Saskatchewan, le premier ministre confiera le portefeuille des Affaires intergouvernementales à Chrystia Freeland, selon nos informations. Née et élevée en Alberta, Mme Freeland pourra indiquer qu’elle comprend quelque peu les préoccupations des Prairies. M. Trudeau mise sur sa diplomatie, elle qui a reçu de nombreux éloges pour son travail à l’international et surtout avec les États-Unis, avec qui elle a renégocié l’accord de libre-échange nord-américain en tant que ministre des Affaires étrangères.

Le ministère des Ressources naturelles changera de mains, puisqu’Amarjeet Sohi n’a pas été réélu à Edmonton. Le poste pourrait ainsi lui aussi être confié à quelqu’un qui saura comprendre les préoccupations des provinces de l’Ouest qui dépendent de leur industrie énergétique — c’est le cas de Jonathan Wilkinson, qui a grandi en Saskatchewan et qui gérera à l’Environnement les suites de la querelle entraînée par la taxe carbone du gouvernement Trudeau.

Avec Guillaume Bourgault-Côté