L’indépendance revient à l’ordre du jour du PQ

Le nouveau président du Parti québécois, Dieudonné Ella Oyono, a été chaudement ovationné lorsqu’il est monté sur scène, dimanche.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le nouveau président du Parti québécois, Dieudonné Ella Oyono, a été chaudement ovationné lorsqu’il est monté sur scène, dimanche.

Le Parti québécois met fin à l’ambiguïté qui l’a caractérisé au cours des dernières années et remet l’indépendance au coeur de son action politique. Quelque 400 militants ont adopté à l’unanimité dimanche une nouvelle déclaration de principes au terme du congrès de refondation de leur formation politique à Trois-Rivières. « Un pays, un pays », ont-ils scandé après le vote.

« L’important, c’est pourquoi on adhère à l’indépendance et pourquoi les gens devraient y adhérer », a résumé le chef parlementaire péquiste, Pascal Bérubé, en mêlée de presse. Le meilleur exemple ? L’opposition du Canada anglais à la Loi sur la laïcité de l’État. « Quand on adopte la loi 21 sur la laïcité et que, là, les gens réalisent que le gouvernement canadien pourrait être complice d’une contestation qui invaliderait une loi québécoise, ils se disent “on n’est pas souverains sur notre territoire” », a-t-il conclu.

 

 

En début de journée, il avait invité l’Alberta et le Manitoba à cesser de s’en prendre à cette législation qui interdit le port de signes religieux à certains employés de l’État. « Qu’ils se mêlent de leurs affaires, s’était-il exclamé. Ça n’a aucun sens ! Est-ce que ça va changer leur vie ? Ça ne s’appliquera pas à Flin Flon, au Manitoba, puis à Whitehorse, au Yukon. Moi, le Manitoba, je n’y pense pas. Je leur demande de faire la même chose pour le Québec. »

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, avait qualifié la loi québécoise d’« inutile et de dangereuse » lors de son passage à Ottawa la semaine dernière pour rencontrer son homologue fédéral, Justin Trudeau.

Il en a profité pour aborder la question avec lui, sans vouloir préciser s’il lui avait demandé de prendre part aux contestations judiciaires de cette législation. M. Pallister ainsi que le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, avaient dénoncé publiquement cette loi, et ce, sans détour, après son adoption en juin.

« Nous sommes avant tout des indépendantistes et chaque fois qu’on va aller en élection, ça va être clair pour l’ensemble des Québécois et des Québécoises que, quand ils votent pour nous, ils votent pour un parti indépendantiste », a expliqué le nouveau président du PQ, Dieudonné Ella Oyono. Cet immigrant originaire du Gabon s’est installé au Québec en 2001.

Il a été chaudement ovationné par les militants péquistes lorsqu’il est monté sur scène pour prononcer son discours, entouré d’une vingtaine d’amis et de membres de sa famille. « Mes amis, attachez vos tuques, j’arrive », s’est-il exclamé en déclenchant une nouvelle salve d’applaudissement.

Il a souligné la présence de néo-Québécois dans la salle et a affirmé s’être donné pour objectif de recruter de nouveaux militants péquistes au sein des communautés culturelles qui connaissent peu le parti. Il promet d’entretenir un « dialogue constant avec les nouveaux Québécois » pour y parvenir et a dit qu’il s’était déjà mis au travail en rencontrant la communauté rwandaise deux semaines auparavant et 500 personnes de la communauté haïtienne à Montréal samedi soir. Que pensent ces néo-Québécois du projet d’indépendance péquiste ?

« Vous savez que tous ces pays, ou la plupart, sont d’anciennes colonies françaises, a-t-il noté en ajoutant qu’elles sont déjà passées par l’indépendance. Ils comprennent le combat du Québec. Ils l’embrassent dans une certaine mesure. »

Peu de conflits entre les générations

Les débats sur la déclaration de principes, qui stipule que le PQ « se concentrera sur la fondation d’un pays » et non « sur la gestion ordinaire d’une province », n’ont pas mené à de grands déchirements entre les générations, contrairement au conseil national qui avait eu lieu en mars. Les jeunes péquistes, qui avaient alors pourtant échoué à augmenter leur représentation par quota pour le congrès de refondation, étaient nombreux et sont intervenus fréquemment au micro de la plénière.

Ça va être clair pour l’ensemble des Québécois et Québécoises que, quand ils votent pour nous, ils votent pour un parti indépendantiste

Les militants ont opté pour un nationalisme d’ouverture, ajouté la laïcité dans leur définition du peuple québécois et le fait qu’ils chercheront à rassembler tous les indépendantistes. Leur projet sera également fondé sur la réconciliation avec les peuples autochtones. Ils ont également adopté les nouveaux statuts du parti qui pourraient permettre aux non-membres d’avoir leur mot à dire dans la course à la direction. Le PQ pourrait ainsi devenir la première formation politique au Québec à permettre à des sympathisants de choisir son prochain chef.

« C’est à évaluer, a indiqué Pascal Bérubé, qui assure l’intérim. Il y a des gens qui ne veulent pas être membres d’une formation politique en permanence, se faire appeler, participer aux assemblées générales, mais qui ont de l’affection et du respect pour le Parti québécois, puis qui voudraient y participer. Pourquoi pas ? »

Même si les règles de la course à la direction ne seront connues qu’en février 2020, quelques intéressés ont déjà commencé à frayer avec les militants. Le député Sylvain Gaudreault, qui a multiplié les mêlées de presse au cours des dernières semaines, y songe sérieusement. L’avocat Paul St-Pierre Plamondon, qui avait produit le rapport « Oser repenser le PQ », a dit vouloir « écouter les militants et voir la dynamique » pour alimenter sa réflexion. Les deux veulent prioriser l’environnement. L’historien Frédéric Bastien, qui propose de forcer une nouvelle négociation constitutionnelle, poursuit la sienne. Il veut que l’incidence culturelle de l’immigration fasse partie des enjeux abordés durant la course.

Le congrès avait débuté samedi avec une apparition surprise du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui a invité les militants à façonner leur projet souverainiste en fonction des préoccupations des Québécois. Si son parti a réussi à « quitter les soins palliatifs » en triplant son nombre de députés à Ottawa, le PQ pourra aussi, a-t-il fait valoir dans son discours.

18 commentaires
  • Gérard Raymond - Abonné 11 novembre 2019 05 h 51

    Pour parvenir à faire du Québec un état indépendant, il ne suffira pas de se dire indépendantiste, il faudra expliquer encore et encore, en multipliant les occasions, en quoi il possède les richesses naturelles et intellectuelles, très variés et abondantes dans les deux cas, lui permettant d’en être grand gagnant, ce qui ne fait pas de doute.

    • Nadia Alexan - Abonnée 11 novembre 2019 14 h 25

      Pour réussir les prochaines élections, il faudrait que le PQ met en avant l'urgence de la lutte contre les changements climatiques. Deuxièmement, il faudrait récupérer les immigrants à la fierté de la culture et de la langue française, eux qui pensent, toujours, que le Québec est une province bilingue et qu'il suffit d'apprendre une des deux langues officielles.
      D'après mes conversations avec les voisins, les immigrants pensent toujours que le gouvernement canadien est supérieur aux provinces, auxquelles il a le droit de leur imposer sa volonté politique. Malheureusement, les nouveaux arrivants, et même ceux et celles qui sont nés ici, ne comprennent pas que la Constitution canadienne a divisé les compétences entre le fédéral et le provincial.
      Finalement, il faut que le PQ sorte de la doctrine néolibérale, toxique, qui empoisonne notre vie depuis quarante ans. Il faudrait épouser la logique de la sociale-démocratie, du bien commun et de la citoyenneté laïque, au lieu de l'impératif du marché et de la commercialisation de chaque aspect de notre vie. L'économie doit être au service des gens, pas l'inverse.

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 novembre 2019 06 h 51

      @ Nadia Alexan

      "L'économie doit être au service des gens et non l'inverse." - Nadia Alexan

      C'est Québec solidaire qui défend ce principe-là depuis sa fondation et qui fait même partie de son ADN.

      Mais, vous préférez vous assurer qu'une poignée d'enseignantes compétentes ne portent pas le voile à la défense du bien commun et à la justice sociale et économique pour 8 millions de Québécois.

      Comme on dit.. à chacun son sens des priorités.

      Mais il me semble que c'est cher payé pour une loi qui ne règle aucun problème, alors que le niveau des plaintes pour motif religieux frise le zéro à la Commission des Droits de la personne.

  • William Dufort - Abonné 11 novembre 2019 06 h 16

    Bien ça alors, le PQ serait souverainiste?

    Quelle nouvelle retentissante! Le PQ est désormais souverainiste. Et il n'a pas changé de nom! Fiou!

    J'espère que ses instances ne s'attendent pas à ce que le bon peuple soit soufflé par la nouvelle. Je suis indépendantiste depuis l'échec de l'Accord du Lac Meech en 1990 et je n'ai jamais douté une seconde que le PQ le soit lui aussi. Bien sur, il y a toujours eu des tiraillements entre les insuportables exhaltés, à la Martine Ouellette et les réalistes qui ne veulent pas créer une traditiion de perdre des référendums à répétition. Les exhaltés remettent régulièrement en doute les convictions souverainistes des autres et de là découle la crise existantielle à peu près permanente du PQ. Si ces débats excitent les "vrais" souverainistes, ça a l'effet d'un puissant repoussoir pour les autres et ça intrigue ceux qui ne le sont pas encore sans leur donner le goût de le devenir. Ça rassure aussi nos adversaires.

    Le PQ n'a pas su rallier les jeunes qui ont acquis le droit de vote depuis le dernier référendum en 1995. Il faut donc arrêter l'hémoragie et récupérer la génération perdue. Ce n'est pas avec les sparages de la fin de semaine qu'on va y arriver, mais avec un solide argumentaire et un chef capable d'inspirer et de convaincre. D'ici là, le PQ continuera de lutter pour se hisser ou se maintenir au deuxième groupe d'opposition.

  • Elven de Bieuzy - Inscrit 11 novembre 2019 06 h 31

    Je suis tellement content !

    Oui je suis vraiment content du déroulement du dernier congrès du Parti Québécois à Trois-Rivières et de la position claire adoptée unanimement, laquelle va permettre la meilleure refondation possible, j'en suis certain.
    Vous êtes sur les bons rails et je sens que les années vingt qui arrivent très bientôt vont être énormes !
    Un gros bec de France à toute la Belle Province !
    Elven

  • Jean Lacoursière - Abonné 11 novembre 2019 06 h 53

    Référender ou ne pas référender, telle est la question

    « Chaque fois qu’on va aller en élection, ça va être clair pour l’ensemble des Québécois et des Québécoises que, quand ils votent pour nous, ils votent pour un parti indépendantiste. » - Le nouveau président du PQ, Dieudonné Ella Oyono

    Euh..., parce que ce n'était pas clair auparavant ?

    « Les militants ont opté pour un nationalisme d’ouverture [...]. »

    Question : qu'est-ce que ça veut dire, concrètement ? Prenez votre temps... .

  • Christian Montmarquette - Abonné 11 novembre 2019 07 h 07

    La tactique d'indépendance au PQ

    La tactique d'indépendance au PQ consiste à se donner des coups de marteaux sur la tête..

    Puis de dire.. Maudit que ça fait du bien quand on arrête !