Scheer souhaite un match revanche

Le chef conservateur, Andrew Scheer, après la réunion de son caucus au cours de laquelle on a entrepris de faire le bilan de la campagne électorale.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le chef conservateur, Andrew Scheer, après la réunion de son caucus au cours de laquelle on a entrepris de faire le bilan de la campagne électorale.

Il fait peut-être l’objet de critiques, en particulier au Québec, mais le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, n’a pas l’intention d’abandonner la direction de son parti. Il entend demeurer à son poste au moins jusqu’en avril prochain, moment où les membres de la formation se prononceront sur son leadership. D’ici là, il mandate l’ancien ministre John Baird pour mener les efforts d’introspection pour comprendre ce qui n’a pas fonctionné lors de la dernière campagne électorale.

Les troupes conservatrices — les 121 députés élus, les 4 défaits ainsi que les 26 sénateurs — se rencontraient pour la première fois mercredi à Ottawa pour faire le post-mortem de l’élection du 21 octobre dernier. La rencontre, qui devait au départ durer quatre heures, en aura duré presque sept. M. Scheer en est ressorti en se disant convaincu de pouvoir rester en selle et même de pouvoir batailler comme chef à la prochaine élection.

« Personne n’est plus déçu des résultats que moi et personne n’est plus impatient de faire mieux la prochaine fois que moi », a-t-il lancé. Il a invité à mots couverts ses troupes à ne pas se déchirer à propos de son leadership. « Les conservateurs gagnent seulement quand ils sont unis et ils perdent toujours lorsqu’ils sont divisés. »

Pourtant, à l’entrée de la réunion, plusieurs conservateurs avaient exprimé une insatisfaction à l’endroit de leur chef. « Pendant la campagne, dans mon porte-à-porte, beaucoup d’électeurs m’ont fait part de leurs préoccupations à propos du chef », a indiqué le député albertain Ron Liepert.

De nombreux Québécois se sont dits insatisfaits du déroulement de la campagne dans la province. « On a manqué le bateau », a lancé le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, dont la conjointe était candidate. « Je ne comprends pas qu’à la dernière semaine, on attaquait encore les libéraux, alors que ce sont les bloquistes qui étaient en train de monter. Il y a eu un problème de communication, une difficulté à arrimer son équipe de communication avec les candidats sur le terrain qui eux recevaient des messages très différents. »

Le sénateur s’est dit convaincu que M. Scheer pourra obtenir de meilleurs résultats à la prochaine élection, à condition qu’il fasse des changements dans son entourage. « Est-ce qu’il peut être meilleur avec l’équipe qu’il avait au war room ? La réponse est non. »

Le sénateur Claude Carignan était lui aussi frustré de la stratégie de communication du parti dans la province. Il s’est étonné qu’alors même où Justin Trudeau invitait les progressistes à voter de manière stratégique pour barrer la route à Andrew Scheer, ce dernier réclamait aux électeurs un mandat majoritaire. « Il leur a donné raison », a dit M. Carignan. « Je suis en ta… »

Le député Gérard Deltell a pour sa part invité ses collègues à ne pas sauter trop vite aux conclusions. « Oui, c’est vrai qu’on a eu des difficultés au Québec. […] On avait un élan formidable et malheureusement, cet élan a avorté. C’est pour cela qu’il faut prendre le temps de regarder cela attentivement. »

Aucun changement ne surviendra à courte échéance. John Baird devra d’abord terminer son travail d’analyse. « Toutes les personnes impliquées dans la campagne seront regardées, ainsi que tous les rôles et toutes les choses qui ont bien fonctionné et celles qui ont mal fonctionné, et on prendra la décision quand on aura toute l’information », a indiqué M. Scheer en français. N’y a-t-il pas un risque que l’analyse de ce qui s’est passé au Québec ne soit pas tout à fait juste, compte tenu qu’elle sera menée par un Ontarien ? M. Scheer a répondu que John Baird saurait bien s’entourer. Aucune échéance n’a été fixée pour achever le travail d’analyse, mais M. Scheer a exprimé le souhait d’obtenir l’information « le plus tôt possible ».

Le Parti conservateur a perdu deux sièges au Québec, ceux de Sylvie Boucher et d’Alupa Clark. Ce dernier a néanmoins réitéré son appui au chef. « Moi, je suis derrière le chef, je suis loyal au chef. C’est le chef en ce moment. […] Gloire à la nation ! »

Par ailleurs, les conservateurs ont décidé, par un vote, de ne pas s’octroyer le droit de déloger leur chef par un simple vote au caucus. Cette possibilité existe désormais pour tous les caucus de tous les partis, pour peu qu’ils se la donnent par un vote lors de la première réunion de leur caucus suivant une élection.

Un sondage effectué par l’Institut Angus Reid montre que le leadership de M. Scheer fait moins l’unanimité que ceux de Justin Trudeau et de Jagmeet Singh. Ainsi, des 619 électeurs conservateurs interrogés, seulement 41 % croient que M. Scheer devrait demeurer chef alors que 85 % des 592 répondants libéraux ont dit la même chose de M. Trudeau et 87 % des 286 néodémocrates. Le sondage démontre aussi que les électeurs conservateurs de l’Ouest sont moins susceptibles (38 %) que ceux de l’Est (45 %) à réclamer le départ d’Andrew Scheer. De plus, ce sont les électeurs les plus âgés et les moins éduqués qui sont le plus susceptibles d’être favorables à Andrew Scheer.