Le Parti vert en quête d’un nouveau chef

La cheffe démissionnaire du Parti vert, Elizabeth May, en compagnie des deux autres députés de la formation politique, Paul Manly et Jenica Atwin.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La cheffe démissionnaire du Parti vert, Elizabeth May, en compagnie des deux autres députés de la formation politique, Paul Manly et Jenica Atwin.

Après 13 ans à la tête du Parti vert du Canada, Elizabeth May accroche ses patins. Elle quitte ses fonctions dès maintenant afin, dit-elle, de permettre à sa formation de lui trouver un successeur à temps pour la prochaine élection. Déjà, son homologue du Québec, Alex Tyrrell, se dit intéressé par le poste et l’ex-député néodémocrate Pierre Nantel y songe.

« Quand on regarde ce qui a besoin d’être fait en vue de la prochaine élection, on ne peut remettre à plus tard la décision », a expliqué Mme May en conférence de presse à Ottawa lundi. « Le plus tôt sera le mieux », a-t-elle continué en faisant valoir que le parti jouit en ce moment d’un bon « élan » sur lequel il faut bâtir. « La grande majorité des politiciens restent trop longtemps en poste. Trop de politiciens partent lorsque tout le monde veut les mettre à la porte. »

Mme May a pris la tête du Parti vert à l’été 2006 et a présidé aux destinées de la formation pendant quatre élections fédérales générales. Déjà après celle de 2015, elle avait songé à quitter son poste, mais comme elle était encore la seule élue du Parti vert et qu’aucun remplaçant potentiel ne l’avait séduite, elle avait décidé de rester pour un dernier affrontement. Cette fois, elle part l’esprit rassuré par le fait que le caucus vert a triplé de taille et que la formation a obtenu 6,5 % du vote le 21 octobre dernier, soit presque le double des 3,4 % obtenus en 2015 (mais moins que les 6,8 % obtenus en 2008, le meilleur score historique de la formation).

Les gens sont à la recherche d’un chef un peu plus jeune que Mme May, qui est parfaitement bilingue et qui est expérimenté, et c’est sûr que je réponds à ces trois critères

Le nouveau leader du Parti vert sera choisi au suffrage universel des membres, qui sont au nombre de 20 000 selon le parti. Les résultats seront publiés lors du congrès devant se tenir du 2 au 4 octobre 2020, à Charlottetown, soit dans exactement 11 mois. D’ici là, Jo-Ann Roberts, qui était co-cheffe adjointe, prend le relais de Mme May.

Elizabeth May demeure députée et assumera aussi le rôle de leader du parti à la Chambre des communes. Elle promet même qu’elle sera candidate à la prochaine élection générale et que, si elle est réélue, elle postulera pour devenir présidente de la Chambre des communes. La cheffe sortante aspirait à ce poste prestigieux dès cette année, comme elle l’avait expliqué en entrevue avec Le Devoir la semaine dernière, mais sa rencontre avec ses deux autres collègues députés en fin de semaine l’en a dissuadée. « Franchement, ils n’aiment pas l’idée de m’avoir dans le siège du président et d’être traités par moi de manière impartiale comme tous les autres. »

La cheffe nie que ce soit à cause d’elle que le Parti vert n’a pas su tirer profit d’une campagne électorale dont le thème principal était les changements climatiques. Mme May estime que faire élire trois députés au scrutin uninominal majoritaire à un tour relève en soi de l’exploit. Elle ne pense donc pas avoir à se reprocher son aveu candide — qui a semé la controverse pendant la campagne — que les questions portant sur l’avortement feraient l’objet d’un vote libre comme toutes les autres. Ou encore son accueil dans ses rangs du député transfuge Pierre Nantel, qui se disait encore souverainiste. Ou encore sa position contre l’importation de pétrole étranger, qui a été interprétée comme un feu vert donné aux sables bitumineux canadiens.

Trop de politiciens partent lorsque tout le monde veut les mettre à la porte

 

Elizabeth May ne pense pas davantage que son français à l’occasion laborieux puisse avoir nui à sa performance électorale au Québec. Elle s’est même dite surprise qu’une journaliste lui pose cette question. « Je pense que ce n’est pas un problème. C’est la première fois que j’entends que c’est un problème au Québec. Nous avons doublé notre vote au Québec. C’est essentiel d’avoir un chef bilingue. » Le Parti vert a obtenu 4,4 % du vote au Québec contre 2,2 % en 2015.

En coulisses, le son de cloche est différent. Une source du milieu écologiste estime au contraire que le français de Mme May l’a rendue beaucoup moins percutante dans la province. « Les verts avaient tout entre les mains pour séduire et créer une vague qui n’est jamais venue, en particulier au Québec. » Cette personne estime toutefois qu’au-delà du chef, il y a au Parti vert une carence organisationnelle qui a besoin d’être comblée.

À gauche toute !

Le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, a confirmé au Devoir qu’il se portera probablement candidat à cette course. « Les gens sont à la recherche d’un chef un peu plus jeune que Mme May qui est parfaitement bilingue et qui est expérimenté, et c’est sûr que je réponds à ces trois critères », dit l’homme de 31 ans qui dirige le Parti vert du Québec depuis six ans.

« Je proposerais d’être un peu plus un parti de militants, un parti un peu plus revendicateur. » Par exemple, il revendiquerait la fermeture immédiate et complète de l’industrie des sables bitumineux. N’y a-t-il pas un risque de marginaliser le parti ? Alex Tyrrell ne le croit pas. « De toute façon, les gens vont toujours dire que le Parti vert est trop radical. […] Qu’on propose 70 milliards de plus en dépenses ou le double, les critiques seront les mêmes. » M. Tyrrell avait publiquement critiqué Mme May en mai dernier à cause de son interdiction proposée des importations de pétrole.

Une autre personne serait peut-être intéressée par le poste de chef, et c’est l’ex-député de Longueuil–Saint-Hubert Pierre Nantel. Élu comme néodémocrate en 2011 et 2015, M. Nantel était passé chez les verts cet été. Il n’a pas été réélu. « Beaucoup de gens m’en ont parlé », dit-il à propos de son éventuelle candidature. « Je suis un peu interloqué que ce soit annoncé si rapidement. Ça me prend un peu de court », admet-il. Il se donne quelque temps pour y réfléchir. Il songe à proposer une direction calquée sur celle de Québec solidaire, avec un chef pour le Québec et un autre pour le reste du Canada.

1 commentaire
  • Mélissa Basora - Abonnée 6 novembre 2019 12 h 32

    Une grande femme

    Pour ma part, j'ai profondément apprécié l'attitude de madame May pendant la campagne lors des différents débats en anglais et en français. Les accomplissements de cette femme sont remarquables à bien des égards et ce n'est pas sa difficulté à s'exprimer librement dans la langue de Molière qui amoindrira son bilan. Je ne peux qu'espérer voir plus de politicien.nes de cette trempe en politique, tous paliers confondus. Cette femme a des convictions qu'elle défend becs et ongles, elle est bienveillante, authentique et raisonnée. Je la remercie profondément pour son engagement infatiguable. Encore une fois, sa décision de quitter la tête du parti pour lui trouver un.e successeur aux prochaines élections est tout à son honneur. Madame May, vous avez tout mon respect!!