Elizabeth May lorgne la présidence de la Chambre des communes

La cheffe du Parti vert avait déjà annoncé son intention de céder la direction de son parti. Mais voilà qu’elle fait part de son désir d’assumer un nouveau rôle à Ottawa, celui de présidente de la Chambre des communes.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne La cheffe du Parti vert avait déjà annoncé son intention de céder la direction de son parti. Mais voilà qu’elle fait part de son désir d’assumer un nouveau rôle à Ottawa, celui de présidente de la Chambre des communes.

Elizabeth May dirige le Parti vert depuis maintenant 13 ans et elle souhaite passer à autre chose. Et cette autre chose pourrait bien prendre la forme de la présidence de la Chambre des communes. La députée nouvellement réélue songe à se porter candidate au prestigieux poste afin de rétablir un peu d’ordre et de discipline dans un Parlement qui en aura à son avis bien besoin en situation minoritaire.

« Je suis certaine que je suis capable de faire un très bon job comme présidente. Et c’est nécessaire pour le Parlement d’avoir quelqu’un non partisan avec la confiance des autres partis pour faire appliquer les règlements », explique Elizabeth May en entretien téléphonique avec Le Devoir.

Le président de la Chambre des communes veille au bon déroulement des délibérations quotidiennes. Le poste exige une neutralité commandant à son titulaire de ne plus siéger au caucus de sa formation politique d’origine. Le président est choisi par vote secret par les 338 députés le premier jour de séance suivant une élection générale.

Mme May « ne pense pas que ce serait bizarre » qu’elle accède à ce poste et prive du coup le maigre caucus de trois députés verts du tiers de ses effectifs. Au contraire, croit-elle. L’amélioration de la qualité des institutions démocratiques est un pan important du programme du Parti vert, fait-elle valoir.

Je tenterai d’être la mère de la maison : pas quelqu’un de trop strict, mais quelqu’un de plus tranquille ayant à coeur les intérêts et le bien-être de tout le monde

« Ce serait une occasion de jouer un rôle comme un vert, mais non partisan, pour protéger la vraie démocratie, explique Mme May. C’est le but de notre parti, de respecter le Parlement, d’en relever l’image auprès des électeurs qui pensent que c’est affreux ce qui s’y passe. Dans mon porte-à-porte, mes électeurs me demandent souvent comment on fait pour évoluer dans cette atmosphère impolie et incroyable. »

Mme May ne veut pas trop révéler son jeu, mais elle soutient avoir quelques idées en tête pour amener les leaders de tous les partis à se rencontrer plus souvent et ainsi réduire la partisanerie. Elle promet une approche maternelle, empreinte de « tendresse ». « Je pense que c’est important de parler plus bas et non plus fort, mais avec la force de l’intégrité. Je tenterai d’être la mère de la maison : pas quelqu’un de trop strict, mais quelqu’un de plus tranquille ayant à coeur les intérêts et le bien-être de tout le monde. »

Le poste de président de la Chambre des communes est convoité, lui qui vient avec des appartements de fonction au Parlement, une résidence officielle champêtre, un chauffeur et une allocation annuelle de 85 500 $ s’ajoutant au salaire de député de 178 900 $. Pour cette raison, dans la très grande majorité des cas, le président provient des rangs du parti formant le gouvernement. Mais en situation minoritaire où chaque vote compte, le parti au pouvoir est moins jaloux de sa prérogative puisqu’il n’aime pas l’idée de renoncer à une voix. D’ailleurs, une des exceptions à la règle est survenue entre 2006 et 2011, sous le règne minoritaire du conservateur Stephen Harper. Le libéral Peter Milliken a conservé son poste de président, qu’il avait d’abord obtenu sous le règne libéral de Jean Chrétien.

Mme May ne ferait-elle donc pas une fleur à Justin Trudeau en prenant le poste et en affaiblissant d’une voix l’opposition ? « Considérant la mathématique de la situation actuelle, cela ne fera pas de différence pour les votes s’il y a deux sièges pour les verts [au lieu de trois] », répond-elle. Justin Trudeau dispose de 157 sièges, soit 13 de moins que les 170 nécessaires à une majorité. Avec respectivement 24, 32 et 121 sièges, le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti conservateur peuvent chacun, à eux seuls, fournir les voix manquantes aux libéraux. Les trois sièges du Parti vert ne sont stratégiques pour personne.

Quitter la chefferie

Pour poser sa candidature à la présidence de la Chambre des communes, Elizabeth May devra renoncer à son statut de cheffe du Parti vert, comme l’exige le règlement parlementaire. Mme May indique que cela est déjà son intention, présidence ou pas. Elle n’entend pas diriger le Parti vert à la prochaine élection fédérale, à moins que celle-ci ait lieu « d’ici trois mois ».

Elizabeth May a pris les rênes du Parti vert à l’été 2006 et a présidé à sa destinée pendant les quatre élections générales qui ont eu lieu depuis. Selon elle, le parti doit songer à lui trouver un successeur d’ici à ce que le gouvernement minoritaire actuel ne soit renversé, ce qu’elle envisage d’ici « 18 mois ou peut-être deux ans ». « Je pense que c’est mieux d’avoir un changement avant 2021, parce que c’est mieux pour nos chances électorales d’avoir quelqu’un de nouveau, intéressant, inspirant et charmant », dit-elle au Devoir.

Elle avait déjà songé à quitter le parti en 2015, découragée qu’elle était de n’avoir fait élire aucun député supplémentaire. Mais elle n’avait pas trouvé de candidat acceptable. À cette époque, étant la seule députée de la formation, elle estimait avoir un mot à dire dans le choix de son éventuel patron. Plus maintenant. « Ce n’est pas seulement à moi [de décider]. Mon approche en 2019 est différente de mon approche en 2015, car le Parti vert a atteint un autre niveau de popularité et de représentation. »