Jagmeet Singh n’accepte pas les blâmes

Jagmeet Singh a rencontré mercredi à Ottawa ses députés, les élus comme les députés défaits.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Jagmeet Singh a rencontré mercredi à Ottawa ses députés, les élus comme les députés défaits.

Il a perdu 16 de ses 40 sièges, mais le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, ne pense pas être responsable de la mauvaise performance de sa formation le 21 octobre dernier. Pas plus qu’il n’estime devoir s’excuser pour avoir dansé de joie pendant la soirée électorale alors même que plusieurs de ses soldats tombaient au combat.

L’heure est au bilan et M. Singh a rencontré mercredi à Ottawa ses députés — les élus comme les députés défaits — afin de chercher à comprendre ce qui a bien pu se passer.

D’entrée de jeu, le chef a imputé les résultats décevants aux appels au vote stratégique des libéraux, particulièrement efficaces en Ontario. Quand un journaliste lui a demandé s’il avait une part de responsabilité, le chef a laissé entendre que non. « Vous avez vu la campagne. J’ai fait du plutôt bon travail. […] C’est la vie. Parfois, ça ne fonctionne pas. »

Alexandre Boulerice, le seul survivant de l’hécatombe au Québec (où le parti a perdu 13 de ses 14 sièges), a tenu un discours plus nuancé.

« Oui, le fait qu’on sortait d’un débat assez difficile au Québec, plein de tensions et d’émotions, sur la laïcité et qu’on a au NPD le premier chef issu de la minorité visible qui porte un signe religieux, pour certaines personnes, ça a exacerbé certaines tensions. »

Le député de Rosemont–La Petite-Patrie ne pense pas pour autant que l’identité du chef constitue un « obstacle insurmontable » et qu’il faille donc en changer d’ici la prochaine élection. La laïcité, prédit-il, ne sera pas éternellement un sujet d’actualité.

Le député défait Pierre-Luc Dusseault ne croit pas non plus que le chef doit être remplacé. « On ne va pas changer de chef chaque fois que le résultat n’est pas celui qu’on souhaite ou qu’on n’est pas au gouvernement. Sinon, on changerait de chef à toutes les élections », a-t-il dit.

Son collègue Matthew Dubé, qui s’est incliné devant le chef bloquiste Yves-François Blanchet, pense de même. Les militants néodémocrates avaient montré la porte à Thomas Mulcair en 2016, après qu’il avait présidé à l’élection de 44 députés. « J’ai appuyé M. Mulcair en 2016 et j’appuie M. Singh aujourd’hui », a dit M. Dubé.

Le chef du NPD devra se soumettre à un vote de confiance lors du prochain congrès du parti, qui pourrait avoir lieu à l’automne 2020 ou au printemps 2021. M. Singh prédit qu’il obtiendra un résultat « imposant ».

Matthew Dubé estime toutefois que M. Singh a commis un impair en dansant lors de la soirée électorale. « Il y a un temps et un endroit pour chaque chose, et je ne pense pas que c’était le temps ou le moment pour cela », a-t-il dit.

Son chef rejette cette critique. « Pour moi, la joie de vivre, c’est important, alors jamais je ne m’excuserai d’avoir la joie de vivre. »

M. Dubé a aussi souligné que le NPD devra repenser son offre politique pour la rendre attrayante au Québec, car l’assurance médicaments et les places en garderie y existent déjà. Ce même constat avait été fait après l’élection de 2015.

Par ailleurs, Jagmeet Singh a indiqué qu’il mettra Justin Trudeau au défi d’instaurer une assurance médicaments et de renoncer à porter en appel une décision obligeant Ottawa à dédommager des enfants autochtones.

Le chef néodémocrate a refusé de présenter ces deux demandes comme des conditions à un éventuel appui au gouvernement minoritaire, mais a soutenu que le premier ministre n’aurait d’autre choix que de prendre en compte le NPD pour « mettre en oeuvre des programmes nationaux progressistes ». Parce que les 32 bloquistes, à son avis, « ne veulent pas faire quelque chose pour faire avancer les enjeux qui touchent le Canada ».