Blanchet n’a pas l’intention d’écourter le mandat de Trudeau

Yves-François Blanchet semblait plutôt fier de réunir les 32 élus du Bloc québécois à Québec pour un premier caucus.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Yves-François Blanchet semblait plutôt fier de réunir les 32 élus du Bloc québécois à Québec pour un premier caucus.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est dit prêt jeudi à collaborer avec le premier ministre libéral, Justin Trudeau, allant même jusqu’à évoquer la possibilité que le mandat du nouveau gouvernement libéral minoritaire dure quatre ans lors du premier caucus de sa formation politique à Québec.

« Il y a des enjeux sur lesquels on sera d’accord avec tantôt les libéraux, tantôt les néodémocrates, tantôt les verts, a-t-il affirmé en conférence de presse. Quand on sera d’accord, on sera d’accord. Quand on ne le sera pas, on ne le sera pas, mais ce n’est pas parce qu’on peut probablement identifier deux, trois enjeux majeurs en environnement sur lesquels on ne sera pas d’accord avec les libéraux qu’on ferme la porte à toute espèce de discussion. »

M. Blanchet réagissait aux propos tenus la veille par M. Trudeau qui serait « très content de travailler avec le Bloc québécois » sur des enjeux comme les changements climatiques. Le Bloc québécois s’oppose à l’élargissement de l’oléoduc Trans Mountain, acheté pour 4,5 milliards par le gouvernement Trudeau en 2018. M. Blanchet a d’ailleurs promis « de revenir » sur le sujet au cours des prochains jours. Le chef bloquiste n’a toutefois pas voulu offrir d’exemples de promesses libérales que son parti serait prêt à appuyer, se contentant de dire que les interventions se feraient « à la pièce ».

« Je doute que les Canadiens et les Québécois aient élu un gouvernement minoritaire parce que ça leur tente de retourner en élection dans un an et demi, a-t-il expliqué. Je pense que, lorsqu’un Parlement s’est donné une loi sur les élections à date fixe, il a l’obligation morale d’essayer de respecter sa propre loi. »

Le chef bloquiste n’entend pas, non plus, « utiliser le blocage du Parlement » pour prouver la nécessité de l’indépendance du Québec.

« Vous savez, la démonstration traditionnelle où une certaine mouvance aurait voulu qu’en empêchant le Canada de fonctionner, on prouvait qu’il faut être souverain, je suis complètement à l’opposé de ça, a-t-il défini. En prouvant que les souverainistes font des gains pour les Québécois, bien il y a peut-être davantage de Québécois qui vont dire que les souverainistes sont dignes de confiance. »

Ambiance festive

L’atmosphère euphorique à l’arrivée de M. Blanchet dans la salle où l’attendait la trentaine de députés bloquistes, tranchait avec celle qui régnait il y a deux ans, lorsque le parti était divisé en deux factions. Le chef bloquiste a été accueilli par une longue ovation dans la salle de l’hôtel Hilton à Québec.

« Je vous remercie parce que pour la plupart d’entre vous, on part de très, très, très, très loin », a-t-il dit aux élus venus des quatre coins du Québec. « Je pense à des impossibilités. On nous avait dit que Québec, c’était impossible, hein ? », a-t-il ajouté en lançant un regard aux deux nouvelles députées de cette région, Caroline Desbiens et Julie Vignola.

Le Bloc québécois est passé lundi de 10 à 32 députés, regagnant le statut de parti officiel à la Chambre des communes. « Je me sens très bien, s’est exclamé le député Denis Trudel à son arrivée. On a des gens de partout au Québec : au Lac-Saint-Jean, en Abitibi, en Gaspésie, autour de Montréal… » La plupart des élus ont limité leurs commentaires à leur arrivée, évitant entre autres de répondre aux questions sur le sentiment d’aliénation en Alberta et en Saskatchewan.

À son entrée dans la salle, Yves-François Blanchet avait salué chaque député un à un, donnant parfois de longues accolades à certains d’entre eux, dont Alexis Brunelle-Duceppe. Le fils de l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe a repris la circonscription de Lac-Saint-Jean aux libéraux.

Dans son discours, M. Blanchet a incité sa nouvelle équipe à « changer la façon dont on fait de la politique » et à faire « des gains » pour les Québécois. « J’aimerais ça qu’au terme d’une législature qui pourrait, ça ne dépend pas de nous, durer tout son terme, les Québécois soient extraordinairement fiers de ces gens-là qu’ils ont envoyés pour les représenter à Ottawa », a-t-il souligné.

Les députés ont élu à l’unanimité le doyen et cofondateur du Bloc québécois, Louis Plamondon, comme président de leur caucus. « Pour moi ce n’est pas nouveau, mais pour plusieurs, c’est bien nouveau », a spontanément dit au Devoir l’élu de 76 ans, qui entame son 11e mandat. Yves-François Blanchet a également distribué quelques rôles. Il a choisi l’ancien député péquiste Alain Therrien comme leader parlementaire et la députée Claude DeBellefeuille comme whip.

Pas de tête-à-tête avec Legault

Plus tôt dans la journée, M. Blanchet avait rencontré la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, pour discuter des priorités du gouvernement québécois, mais pas le premier ministre, François Legault. L’ancien péquiste ne s’est pas rendu disponible pour rencontrer en personne M. Blanchet, qui se trouvait pourtant à un jet de pierre de la colline Parlementaire jeudi. « Qui dirige ? En ce moment, c’est M. Trudeau », a expliqué M. Legault en mêlée de presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

Le chef bloquiste ne s’en est pas offusqué. « Il est tout à fait normal dans une perspective de décorum que M. Legault rencontre d’abord le premier ministre du Canada », a-t-il répondu à la question d’un journaliste. M. Blanchet a toutefois rencontré le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, pour discuter de leur collaboration.

Plusieurs élus bloquistes, questionnés par les journalistes à leur arrivée, ne se sont pas formalisés des propos de M. Legault qui avait suggéré la veille au premier ministre canadien de donner davantage d’autonomie aux provinces pour conserver l’unité nationale.

Se feront-ils le relais des demandes du gouvernement caquiste jusqu’au bout ? « On est la voix du Québec dans les demandes d’autonomie du Québec, tout simplement », a répondu le nouveau député de Berthier-Maskinongé et président du parti, Yves Perron.

Avec Marco Bélair-Cirino

4 commentaires
  • Michel J. Grenier - Abonné 25 octobre 2019 06 h 02

    Trudeau, le meilleur allié des Québécois.es ?

    En fait, nous devrions remercier M. Justin Trudeau pour son entêtement à vouloir contester et abolir la Loi 21.

    Il agit comme notre plus grand allié.

    Il passera à l’Histoire pour avoir été le seul premier ministre du Canada à avoir réussi à faire du Québec un pays francophone !

    Une bonne main pour notre premier ministre !

  • Gaston Bourdages - Inscrit 25 octobre 2019 08 h 41

    Je suis de celles et ceux fiers d'être...

    ... membres d'une nation ( dixit monsieur Harper ) maintenant représentée au Parlement Canadien.
    Une représentation qui encourage mon nationalisme et renforcit la foi que je porte aux forces du nationalisme économique Québécois..
    Dans un courriel transmis plus tôt à Monsieur Yves-François Blanchet, je me permets la suggestion de tenir dorénavant leurs rencontres «hôtelières» dans des établissements de propriété Québécoise.
    Je n'ai rien CONTRE les « autres », je suis juste pour les « NÔTRES ».
    Une simple affaire de cohérence ?
    Si.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux au Bas Saint-Laurent.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 25 octobre 2019 13 h 02

    La jonction Blanchet-Legault est Inévitable à moins de précipiter le Québec dans un gouffre sans fin!

    Les convenances protocolaires ou d'usages sont des signes de bon aloi dans une société où la démocratie est présente. Que M. Legault rencontre d'abord J. Trudeau, PM d'un gouvernement minoritaire à Otawa, est conforme aux principes démocratiques dans le Dominion, ou ailleurs. Bientôt, il devra faire la démonstration qu'il est PM du Québec et qu'au sein de la CAQ il y a de nombreux péquistes qui ont voulu servir le Québec dans un parti dont on peut dire que c'est d'abord le Québec qui est privilégié! « Québec c'est nous » ou « Québec d'abord » montre combien les uns peuvent fraterniser avec les autres, que nous sommes des franco-québécois distincts des autres provinces et que notre avenir est commun : faire du Québec une vraie nation et non pas une nation sans saveur, ajoutant à la risée colective des anglophones montréalais et du ROC!
    En politique, comme dans la vie, il faut faire des choix plutôt que de se les faire imposer! M.Legault doit mesurer ses mots! Prendre la défense d'un gouvernement minoritaire libéral â Ottawa dont J. Trudeau n'hésite pas à s'inviter dans la loi 21 sur la laïcité n'est pas un signe d'amitié mais plutôt de suprématie, ou d'autorité suprême! À moins de revendiquer un poste de girouette sans orientation précise, les Québécois prendront les mesures nécessaires pour établir un rapport de force qui semble dilué et les élus du Bloc québécois, tous et toutes indépendantes, répondront présents au moment voulu!

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 25 octobre 2019 15 h 11

    Le 1er ministre du Québec

    écoutera-t-il les paroles de mononcle Arsène :"Y a toujours des "imites"à aimer (se tenir à coté de) ceux qui nous détestent " i.e.

    prècher pour un Canada uni . Mission impossible,hier et demain.