Avec qui le PLC pourrait-il gouverner?

Le premier ministre, Justin Trudeau
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre, Justin Trudeau

La prémisse d’un gouvernement minoritaire implique de devoir forger des alliances — formelles ou informelles — pour pouvoir remporter les différents votes de confiance auxquels fait face tout gouvernement. Avec 157 députés dans leurs rangs, les libéraux de Justin Trudeau devront donc obtenir l’appui d’un minimum de 13 députés des partis de l’opposition pour avoir plus de la moitié des voix de la Chambre. Certes, rien n’empêcherait les libéraux de convaincre les conservateurs (121 élus) de voter en faveur de certaines mesures. Mais c’est auprès du Nouveau Parti démocratique (24 députés) qu’il trouvera un allié plus naturel — le Bloc québécois (32 députés) pourra aussi jouer ce rôle, le chef Yves-François Blanchet ayant indiqué que « si c’est bon pour le Québec », son parti votera pour la proposition. Dans ce contexte, Le Devoir a révisé les plateformes de ces partis pour identifier certains points de convergence et révéler des terrains d’entente possibles. Les détails peuvent différer, la manière de nommer les choses aussi : mais sur le fond, les libéraux trouveront sur ces enjeux des oreilles attentives.

1. ENVIRONNEMENT
Tout juste élu lundi, le libéral Steven Guilbeault remarquait que « tous les partis, sauf les conservateurs, pensent qu’il faut mettre un prix sur la pollution, investir plus dans les transports collectifs, les aires protégées, les infrastructures vertes. Pour ces questions-là, je ne m’attends pas à ce que ce soit difficile. » L’analyse des plateformes ou des positions libérale, néodémocrate et bloquiste montre en effet une synergie sur plusieurs points : nulle divergence quant à la nécessité de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (avec promesse d’adopter une loi climatique) ; de bannir rapidement le plastique à usage unique ; d’éliminer (plus ou moins rapidement) les subventions aux combustibles fossiles ; de maintenir la tarification du carbone ; de travailler à électrifier les transports collectifs et particuliers ; d’éliminer les centrales électriques qui fonctionnent au charbon ; de protéger plus de territoire, etc.

Le principal écueil en matière d’environnement sera toutefois un écueil de taille : la question de l’exploration ou de l’exploitation des hydrocarbures, et plus précisément de l’expansion du pipeline Trans Mountain que le gouvernement Trudeau a acheté et dont les profits doivent servir à financer la transition énergétique. Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a indiqué en fin de campagne qu’un « point crucial » du soutien du NPD à un gouvernement minoritaire sera de « stopper ce pipeline ». Sur cet élément, les libéraux trouveraient une oreille plus attentive auprès des conservateurs… toute considération politique mise à part.

2. MESURES SOCIALES
Le NPD proposait en campagne d’élaborer un programme pancanadien public et universel de services de garde d’enfants, alors que les libéraux promettaient de créer jusqu’à 250 000 places en services de garde pour les écoliers : l’angle d’approche diffère, pas l’objectif général. Les deux partis ont aussi proposé des mesures pour aider à l’achat d’une première maison, à la construction de logements abordables, ou encore pour contrer la spéculation immobilière imputable aux acheteurs étrangers. En matière de santé, tous deux promettent la création d’un régime d’assurance médicaments : c’était déjà prévu dans le dernier budget Morneau, mais le NPD veut une mise sur pied rapide. De même, on est ici devant deux partis favorables à l’élargissement de l’aide médicale à mourir.

3. QUÉBEC
Libéraux et bloquistes ne manqueront pas de sujets d’accrochage… mais « plusieurs points de convergence existent » aussi sur différents enjeux, notait mercredi un stratège bloquiste. Au-delà de la question environnementale, on cible les améliorations aux prestations spéciales du régime d’assurance-emploi, les compensations aux agriculteurs (liées à la protection de la gestion de l’offre dans les accords commerciaux), ou la bonification du régime de pension de la sécurité de la vieillesse — les deux partis empruntent ici des chemins différents pour répondre à la même préoccupation. De même, les libéraux trouveront des alliés chez les bloquistes quand viendra le temps de concrétiser l’engagement d’agir contre les géants du Web (perception de la TPS et impôt de 3 % sur les revenus), sujet qui fait aussi consensus avec les néodémocrates.

4. ÉCONOMIE
Tant les libéraux que les néodémocrates sont en faveur d’un salaire minimum fédéral de 15 $ établi rapidement. Plusieurs mesures proposées par les libéraux en campagne rejoignent autrement la philosophie néodémocrate : diminuer l’impôt des moins nantis, charger une taxe d’accise supplémentaire sur la vente de voitures de luxe, forcer les entreprises à offrir des forfaits cellulaires plus abordables… « Dans les discours, les intentions, il y a une communauté d’esprit sur une certaine définition du progressisme », disait mercredi en entretien le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice. « En théorie, on est censés être capables de s’entendre sur plusieurs éléments. » Le député réélu dans Rosemont–La Petite-Patrie cible toutefois un enjeu que le NPD mettra sur la table rapidement pour profiter du rapport de force que confère un parlement minoritaire : celui de la lutte contre les paradis fiscaux. Les libéraux ne sont pas contre, bien sûr. « Mais on n’a jamais senti une volonté réelle de s’attaquer à ça », dit-il.

5. AUTOCHTONES ET INTERNATIONAL
Les conservateurs avaient annoncé en campagne leur volonté de couper 25 % du montant que le Canada consacre en aide internationale? Libéraux et néodémocrates proposent pour leur part l’inverse: augmenter le financement de l’aide étrangère pour répondre aux objectifs de développement durable pour 2030 des Nations unies. Les deux partis devraient aussi s’entendre sur la mise en oeuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, la nécessité de régler les problèmes d’eau potable dans les réserves, les suites à donner à l’Enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées ou à la Commission de vérité et réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones. Par contre, la décision du gouvernement Trudeau de contester le jugement qui oblige Ottawa à indemniser les enfants autochtones qui ont été confiés au système de protection de l’enfance dans les réserves pourrait susciter des frictions: le NPD souhaite l’abandon de la contestation.