L’avenir politique de Scheer reste incertain

Qu’Andrew Scheer ait réussi à ajouter 20 députés de plus à son caucus et qu’il ait obtenu la pluralité des voix ne suffira peut-être pas à protéger son emploi de chef du Parti conservateur.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Qu’Andrew Scheer ait réussi à ajouter 20 députés de plus à son caucus et qu’il ait obtenu la pluralité des voix ne suffira peut-être pas à protéger son emploi de chef du Parti conservateur.

Andrew Scheer assure qu’il restera en poste malgré les résultats décevants de l’élection, mais déjà des voix s’élèvent au sein du mouvement conservateur pour réclamer un coup de barre dans son entourage. L’ancienne ministre Josée Verner estime, quant à elle, que c’est le chef lui-même qui doit partir si les conservateurs veulent à nouveau avoir l’appui des Québécois.

« Malheureusement, les Québécois ne s’identifieront jamais à lui », affirme en entrevue avec Le Devoir la sénatrice Josée Verner, qui a quitté le caucus conservateur il y a deux ans pour siéger comme indépendante.

Cette ancienne ministre du gouvernement de Stephen Harper (de 2006 à 2011) ne s’explique pas que des enjeux moraux comme le droit à l’avortement ou le mariage des conjoints de même sexe soient encore discutés en 2019. Andrew Scheer a été contraint d’expliquer qu’il s’y était opposé dans le passé et de reconnaître, en pleine campagne électorale, qu’il est pro-vie. « Non seulement on perd ainsi l’attention des Québécois, mais on les rebute », croit Mme Verner.

À son avis, une seule option s’offre à son ancien parti. « Si les conservateurs veulent gagner des votes au Québec, à mon avis M. Scheer doit partir », tranche-t-elle, même si, ajoute-t-elle, il s’agit d’un « chic type ». « Mais s’ils veulent gagner des sièges au Québec, de grâce, qu’ils essaient donc de trouver quelqu’un qui ne passera pas l’essentiel de sa carrière politique à défendre des idées religieuses ou morales. »

 

 

Sylvie Boucher, qui a perdu son siège de Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix lundi soir, ne se porte pas vraiment à la défense du chef elle non plus. Sa réflexion n’est pas encore terminée quant à l’avenir d’Andrew Scheer. La porte « n’est pas ouverte, elle n’est pas fermée. Je ne sais pas ce que je vais faire », dit-elle au Devoir.

Le chef conservateur devra faire face à un vote de confiance au congrès du parti en avril, à Toronto, puisque la constitution de la formation l’y oblige après une défaite électorale. « Rendue là, je ne peux pas vous dire ce que je vais demander parce que je n’en suis pas là dans ma réflexion », dit Mme Boucher. « L’élection a eu lieu lundi. On est tous encore “à frette”. Ça fait juste 48 heures. »

Mais l’ex-élue estime elle aussi que la position de M. Scheer sur l’avortement a nui aux conservateurs au Québec. « C’est sûr et certain qu’il y a des dossiers qui ont fait plus mal que d’autres », observe-t-elle.

Un constat partagé par l’ancien ministre Peter MacKay, qui a eu les mêmes échos en cognant aux portes pour faire campagne en Nouvelle-Écosse. « Les gens dans les Maritimes exprimaient un certain malaise ou un inconfort avec certaines des politiques sociales conservatrices », a-t-il relaté au Devoir. Les gens ne pensaient pas réellement qu’Andrew Scheer resserrait le droit à l’avortement ou celui au mariage pour les conjoints de même sexe, explique l’ancien chef du Parti progressiste-conservateur. « Mais j’entendais un inconfort et j’ai fait campagne dans 20 circonscriptions en Atlantique. »

Bien que plusieurs le voient déjà candidat à la succession d’Andrew Scheer, Peter MacKay ferme la porte pour l’instant. « Je suis très heureux dans mon nouvel emploi. J’ai de jeunes enfants et je ne languis pas d’un retour en politique, assure-t-il. Et nous avons un chef. Le poste n’est pas ouvert. J’appuie Andrew Scheer. » M. MacKay a cependant refusé de dire si sa réponse serait différente si le poste était disponible.

Aux employés d’y passer

Peter MacKay et d’autres conservateurs sont encore prêts à donner la chance au coureur et à permettre à M. Scheer de mieux articuler ses positions sociales.

Mais un conservateur québécois influent croit qu’Andrew Scheer doit en revanche changer son équipe, car ses conseillers l’ont mal encadré pendant la campagne en n’ayant pas la prévoyance de le préparer, justement, à clarifier sa position sur l’avortement au débat de TVA. « Les gens avaient une ouverture. Ils étaient prêts à écouter. Ils avaient hâte de connaître le chef. Mais après le débat de TVA, leur idée était faite », déplore ce conservateur. « Les gens ont levé le pied. Plusieurs candidats au Québec ont ralenti les dépenses parce qu’ils savaient qu’ils n’avaient plus aucune chance. »

Cette source estime que M. Scheer « doit faire une introspection » et ne pas se berner en voyant une victoire dans le simple fait d’avoir remporté deux points de pourcentage de plus en appui populaire et 20 sièges supplémentaires au pays. « S’il pense qu’il a fait une bonne performance, qu’il s’assoit là-dessus et qu’il ne fait pas une introspection, il va trouver le temps long au vote de confiance », prévoit cette source qui réclame le licenciement des proches conseillers québécois.

Dans l’entourage du chef, on ne s’inquiète pas outre mesure de voir des mécontents au lendemain de l’élection. « À chaque campagne, il y a des gens qui sont déçus, qui sont fâchés. Et il y a des gens qui parlent sur le coup de l’émotion », note un stratège, qui estime que les attentes de certains étaient peut-être trop élevées.