Trudeau maintient le cap

Justin Trudeau, accompagné de ses gardes du corps, s’est rendu à pied à la galerie de la presse.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau, accompagné de ses gardes du corps, s’est rendu à pied à la galerie de la presse.

Le premier ministre, Justin Trudeau, dit peut-être avoir compris le message envoyé par les électeurs lundi soir, mais il ne changera pas pour autant de cap dans le dossier du pipeline Trans Mountain ou en matière de laïcité. Et s’il s’engage à travailler davantage avec ses rivaux au cas par cas — puisqu’il rejette toute coalition « formelle ou informelle » —, il suggère du même souffle que ce sont eux qui portent la responsabilité du manque de collaboration dans le précédent Parlement.

En se présentant à sa première conférence de presse accordée depuis l’élection, M. Trudeau a voulu faire preuve d’humilité. « Le message envoyé par les Canadiens lundi soir m’a donné beaucoup de matière à réflexion et je m’engage à réfléchir de façon attentive et profonde en consultant beaucoup de gens sur la meilleure façon de procéder. C’est important de reconnaître que les Canadiens nous demandent de mieux travailler ensemble en tant que parlementaires et je m’engage à faire cela. »

 

 

Toutefois, quand une journaliste lui a demandé un exemple passé où il s’était montré lui-même capable de collaboration, M. Trudeau a choisi d’attaquer ses adversaires. Il a rappelé qu’il « aurait dû y avoir un consensus à la Chambre des communes » pour créer l’Allocation canadienne pour enfants, modifier la grille fiscale et mettre sur pied une stratégie sur le logement. Au lieu de quoi « les progressistes ont voté contre ces mesures ». Tout minoritaire soit-il, il leur lance donc un avertissement. « Je m’attends à ce qu’ils soient capables de voter avec nous sur la première chose que l’on fera, soit de réduire les impôts de la classe moyenne. »

Sur les principaux enjeux, le premier ministre n’a pas changé d’avis. Au Québec où son parti a perdu cinq sièges, M. Trudeau estime que le principal message à retenir est que les Québécois veulent qu’Ottawa en fasse plus pour lutter contre les changements climatiques. Il rejette l’analyse du premier ministre François Legault selon qui les Québécois ont voulu dire aux politiciens fédéraux de ne pas s’attaquer à la loi 21 sur le port des signes religieux dans la fonction publique.

« C’était un enjeu parmi plusieurs dans la campagne électorale et effectivement nous allons toujours écouter les différentes perspectives », a rétorqué M. Trudeau. Mais il s’est empressé d’ajouter que « non, je ne fermerai pas la porte et j’ai été très très clair pendant la campagne, à maintes reprises, que je ne peux pas fermer la porte à défendre les droits fondamentaux ».

Pas de coalition

Le premier ministre entend rencontrer les chefs des autres partis d’ici les prochaines semaines pour déterminer la suite des choses dans ce nouveau contexte de gouvernement minoritaire. D’emblée, il a indiqué que « ce n’est pas du tout dans [ses] plans de former une coalition, formelle ou informelle ». Il n’est donc pas question de s’allier avec le NPD qui, avec ses 24 sièges, serait en mesure d’offrir les appuis nécessaires pour atteindre le seuil des 170 voix constituant une majorité au Parlement.

Je m’attends à ce qu’ils [les partis progressistes] soient capables de voter avec nous sur la première chose que l’on fera, soit de réduire les impôts de la classe moyenne

 

M. Trudeau pose quelques jalons à ses futures collaborations ponctuelles. D’abord, que le NPD ou le Parti vert se le tiennent pour dit : il ne sera pas question de remiser le projet d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain pour les amadouer. « Nous continuerons avec cet agrandissement. » Ensuite, même s’il dirige « un parti farouchement fédéraliste », il ne s’oppose pas en principe à parfois compter sur les 32 députés bloquistes, par exemple sur la question des changements climatiques. « Sur des enjeux comme ça, je serais très content de travailler avec le Bloc québécois. »

M. Trudeau a indiqué que son prochain cabinet, qui sera assermenté le 20 novembre, sera paritaire. Il réfléchira aux moyens de représenter l’Alberta et la Saskatchewan, où les quatre députés qu’il y détenait, incluant deux ministres, ont été défaits. Il n’a donné aucun avant-goût des solutions qu’il envisage, mais il a pris soin de rappeler que ce n’est pas la première fois dans l’histoire du Canada que certaines régions du pays n’ont pas de représentants au gouvernement. En 2006, pour pallier son absence de représentation à Montréal, Stephen Harper avait nommé à son cabinet le financier Michael Fortier, qu’il avait nommé au Sénat.

Comme première mesure législative, il planifie de mettre en oeuvre la baisse d’impôt promise en campagne puis de modifier la loi sur l’aide médicale à mourir pour répondre au récent jugement invalidant le critère de mort raisonnablement prévisible.

4 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 24 octobre 2019 08 h 01

    L'arrogance libérale

    Encore une fois, le PM Trudeau nous abreuve de ses belles paroles, paroles d'humilité semble-t-il, mais les bottines ne suivent pas les babines. Toutefois, on ne peut pas le blâmer car parmi les milliers de personnes qui étaient dans les rues pour l'environnement plusieurs ont voté pour lui et son parti malgré son dossier peu reluisant en environnement. Puis, la cerise sur le sundae c'est le projet Trans Mountain avec lequel il veut tenir en otage les partis d'opposition dits progressistes. Or, ce projet risque fort d'avoir les bâtons dans les roues par plusieurs nations autochtones qui sont, encore une fois, devant les tribunaux pour faire invalider l'approbation libérale du projet. L'opposition va probablement se retrouver sur le terrain et il y a quelques jours la police fédérale s'est attaquée à des opposants autochtones sur le territoire traditionnel de la nation Secwepemc, blessant leur leader. Ça n'augure pas bien pour l'avenir des relations entre les peuples autochtones et le gouvernement libéral !

    Quant à la loi 21, il montre beaucoup de mépris pour la nation québécoise qui a pourtant voté en grand nombre pour le Bloc et qui appuient cette loi. En fait, c'est pour avoir bonne presse dans le ROC malgré le fait que l'affaire de la loi 21 en est une strictement québécoise et c'est aux Québécois qui croient que cette loi est discriminatoire à le faire valoir devant les tribunaux. En s'en mêlant, les libéraux fédéraux vont se retrouver à faire de cette affaire une question pan-canadienne qui pourrait très bien se retourner contre eux, non seulement au Québec mais aussi ailleurs au pays.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 24 octobre 2019 15 h 55

      Mais monsieur, si le Bloc a fait élire 32 dépités au Québec, le parti libéral y a fait élire 35. Lequel des deux partis est plus rassembleur ?

    • André Bastien - Abonné 25 octobre 2019 10 h 12

      Jean-Henry Noël "Mais monsieur, si le Bloc a fait élire 32 dépités au Québec, le parti libéral y a fait élire 35. Lequel des deux partis est plus rassembleur ?"

      Bien des gens ont voté libéral pour être certain de ne pas avoir un gouvernement conservateur pas pour donner un chèque en blanc au libéraux. Et c'est essentiellement Montréal qui leur a donné ces députés

  • Yvon Bureau - Abonné 24 octobre 2019 09 h 08

    Urgence+++ d'AVANCER maintenant ... pour d'ici le 11 mars 2020 ...

    «Comme première mesure législative, il planifie de mettre en œuvre la baisse d’impôt promise en campagne puis de modifier la loi sur l’aide médicale à mourir pour répondre au récent jugement invalidant le critère de mort raisonnablement prévisible.»

    Le PM Trudeau devrait d'ici la fin d'octobre mettre sur pied un groupe de travail, apolitique, avec des spécialistes des soins palliatifs ayant depuis longtemps inclus l'aide médicale à mourir dans leur pratique, avec un ou deux experts juristes, pour produire pour le 1e décembre 2019 un rapport préliminaire. Pour fin de consultation, pour une proposition d'une mise à jour C-14/AMM Vs Jugement Christine Baudouin. Et aussi, pourquoi pas, pour la bonifier.

    La compassion et l'urgence de la clarté pour les patients/proches/soignants OBLIGENT. Avançons maintenant/NOW!