Le Bloc québécois s’engage à ne pas nuire au fonctionnement du Parlement

«Je ne suis pas dans les calculs stratégiques et tactiques», a affirmé le chef bloquiste Yves-François Blanchet.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Je ne suis pas dans les calculs stratégiques et tactiques», a affirmé le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Le rôle du Bloc québécois ne sera pas de démontrer que l’indépendance du Québec est nécessaire en multipliant les tactiques pour rendre le Parlement canadien inefficace, a fait avoir son chef, Yves-François Blanchet, en point de presse au lendemain de l’élection fédérale.

Il répondait à la question d’un journaliste anglophone sur la légitimité qu’aura le parti souverainiste en continuant d’axer sa stratégie sur la défense des intérêts du Québec. « Ce sera aux Québécois d’en juger, a-t-il répondu. Notre responsabilité n’est pas de faire fonctionner le Canada, mais nous avons une responsabilité partagée envers ce Parlement puisque nous y avons été élus. Cependant, le parti continuera de discuter, de réfléchir sur ce que les Québécois veulent comme pays au moment et au rythme qui leur conviendra. »

Le parti indépendantiste a triplé son nombre de députés lundi, passant de 10 à 32, lui permettant d’obtenir à nouveau le statut de parti officiel à la Chambre des communes et les ressources financières qui l’accompagnent. « J’ai une volonté claire de travailler dans un esprit de collaboration à condition que ça serve le Québec, a affirmé le chef bloquiste. Je ne suis pas dans les calculs stratégiques et tactiques. »

« On va voir ça à la pièce, au cas par cas, a-t-il ajouté plus tard. Est-ce que c’est bon pour le Québec ? On va être pour. Est-ce que c’est mauvais pour le Québec ? On va être contre. Est-ce qu’on est capable de négocier des avantages pour le Québec, dans l’exercice, avec le fait qu’on a 32 sièges et que nos amis néodémocrates en ont moins ? »

M. Blanchet n’a pas voulu indiquer s’il serait prêt à déposer une motion de censure dans l’éventualité où un gouvernement minoritaire libéral s’aventurerait à financer une contestation de la Loi sur la laïcité de l’État, tout en disant comprendre « les attentes claires de l’Assemblée nationale du Québec et d’un nombre très important de Québécois » de faire obstacle à toute mesure qui irait à l’encontre de cette législation controversée.

« Ce n’est pas votre juridiction, tassez-vous de là et ne financez pas ceux qui vont utiliser les ressources des Québécois et des Québécoises contre une loi des Québécois et des Québécoises », a-t-il toutefois mis en garde.

Le chef bloquiste a rapidement suggéré à Justin Trudeau de convoquer le Parlement avant les Fêtes pour l’approbation des crédits en vue d’indemniser « les agriculteurs sous gestion de l’offre », comme les producteurs de lait. « C’est une promesse qui a tellement été faite par tout le monde, tout le temps, qu’on devrait être capables dans les prochaines semaines, les prochains mois d’assurer la réalisation d’un engagement qui me semble crucial pour l’ensemble des régions du Québec », a-t-il souligné.

Il a rappelé que le Bloc québécois donne également priorité au traitement des retraités et à l’augmentation des transferts en santé.

M. Blanchet s’attend à avoir une conversation avec le chef néodémocrate Jagmeet Singh « à court terme » puisqu’il estime que le parti de gauche a « moins d’affinités avec les libéraux » sur certains aspects, dont l’expansion pétrolière dans l’Ouest canadien.

La divergence profonde entre le Bloc québécois et l’Alberta sur l’exploitation des sables bitumineux apparaissait toujours aussi irréconciliable au lendemain de l’élection. « Comment peut-on justifier, d’abord à l’endroit de l’ensemble de la planète, une position irresponsable d’augmentation de l’extraction, du transport, de l’exportation et de la combustion d’énergies fossiles, a demandé le chef bloquiste en point de presse. C’est moralement inacceptable. Comment l’Ouest va vivre avec ça ? » Il a ajouté qu’une collaboration avec les néo-démocrates pourraient être utile « dans ce contexte-là ».