Des luttes à surveiller

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

1. La ligne orange a changé de teinte lundi soir. Le NPD n’a réussi à conserver qu’une seule des trois circonscriptions qu’il détenait à Montréal, soit celle d’Alexandre Boulerice dans Rosemont–La Petite-Patrie. Le chef adjoint du NPD n’a pas été réellement inquiété par la libérale Geneviève Hinse, arrivée deuxième, et le bloquiste Claude André. Mais il en a été autrement dans la circonscription voisine, Laurier–Sainte-Marie, qui a viré au rouge. La vedette libérale Steven Guilbeault a gagné son pari contre la néodémocrate Nimâ Machouf et le bloquiste Michel Duchesne, arrivé troisième. Même la circonscription d’Hochelaga, que détenait la néodémocrate Marjolaine Boutin-Sweet depuis 2011, est devenue libérale avec la victoire de la libérale Soraya Martinez devant Simon Marchand, du Bloc québécois, et devant la néodémocrate Catheryn Roy-Goyette.

Jeanne Corriveau

2. Des percées dans la région de Québec. Le Bloc québécois a réussi à ébranler la forteresse conservatrice de Québec. Au moment où ces lignes étaient écrites, la candidate bloquiste Caroline Desbiens était largement en tête dans la circonscription dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix, siège détenu depuis 2015 par la conservatrice Sylvie Boucher. Une course serrée se dessinait dans Beauport–Limoilou, où le conservateur Alupa Clarke était devancé par la bloquiste Julie Vignola et le libéral Antoine Bujold, au coude-à-coude. Les bloquistes suivaient le ministre libéral Jean-Yves Duclos et son collègue Joël Lightbound, qui détenaient tout de même une longueur d’avance une heure après le dévoilement des premiers résultats québécois. Les conservateurs Gérard Deltell, dans Louis-Saint-Laurent, Steven Blaney, dans Bellechasse — Les Etchemins — Lévis et Jacques Gourdes, dans Lévis — Lobtinière devançaient ont été réélus.

Mylène Crête

 
17,2%
C’est le taux de participation au vote par anticipation qui s’est tenu du 11 au 14 octobre, un record.

3. La Ville Reine est restée fidèle au Parti libéral du Canada. Les appels au vote stratégique de Justin Trudeau semblent avoir stoppé le recul du vote libéral observé dans le Grand Toronto au fil des dernières semaines. Même l’ex-ministre de la Santé Jane Philpott, qui a claqué la porte du Cabinet durant la crise SNC-Lavalin, n’est pas parvenue à jouer les trouble-fêtes. Mme Philpott a tenté sa chance comme candidate indépendante dans la circonscription de Markham-Stouffville, mais en vain. La candidate libérale Helena Jaczek a réussi à devancer les candidats néodémocrate (4e), indépendante (3e) et conservateur (2e). Le PLC tenait aussi tête au NPD dans Davenport, où le NPD a fait une percée lors des élections provinciales. Dans le centre-ville, les ministres Bill Morneau, Chrystia Freeland, Carolyn Bennett et Bill Blair étaient saufs. Petite victoire conservatrice : la transfuge Leona Alleslev, qui a tourné le dos au PLC dans Aurora-Oak Ridges-Richmond Hill en septembre 2018, a été réélue sans difficulté.


Marco Bélair-Cirino
 

4. Les libéraux reculent dans les Maritimes. Après avoir remporté la totalité des 32 circonscriptions dans les provinces maritimes en 2015, les libéraux ont perdu des plumes cette année, principalement à l’avantage du Parti conservateur. Les troupes d’Andrew Scheer ont réussi à faire des percées au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse en faisant élire au moins quatre députés. Un cinquième candidat était en avance au moment où ces lignes étaient écrites. Le Parti vert a aussi causé la surprise en allant conquérir la circonscription de Fredericton avec Jenica Atwin, qui est coordonnatrice de programme pour un organisme d’éducation des Premières Nations au Nouveau-Brunswick. Le Nouveau Parti démocratique a pour sa part fait un gain du côté de Terre-Neuve-et-Labrador, avec une victoire sans équivoque devant les libéraux à Saint-Jean-Est. Il s’agit cependant de la seule circonscription de la province qui n’est pas demeurée libérale.

Alexandre Shields

20 minutes
C’est le temps qu’il aura fallu à TVA Nouvelles après la fermeture des bureaux de vote au Québec et en Ontario pour annoncer à 21 h 50 que, selon ses prévisions, le prochain gouvernement serait minoritaire. Et 12 autres minutes pour donner le gouvernement aux libéraux. À 22 h 21, Radio-Canada le prédisait à son tour.

5. Des ministres réélus et battus. La soirée a bien débuté lundi pour les ministres libéraux, puisque les cinq ministres provenant des provinces maritimes ont été réélus, dont la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, et le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc. À Québec, le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a su préserver la circonscription qui avait été conquise en 2015 au terme d’une chaude lutte à quatre avec un des résultats les plus faibles au pays : 28,9 %. Dans la circonscription de Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, la ministre libérale Diane Lebouthillier était en voie de l’emporter face au bloquiste Guy Bernatchez. Au moment où ces lignes étaient écrites, les résultats étaient toutefois serrés. Dans l’ouest du pays, à Edmonton, le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, a perdu face aux conservateurs.

Alexandre Shields

 

6. Le pari ardu des indépendantes. Deux anciennes ministres libérales, la candidate ontarienne « indépendante » Jane Philpott et l’indépendante Jody Wilson-Raybould, en Colombie-Britannique, tentaient de se faire élire lundi. Mme Philpott a toutefois perdu son pari dans la circonscription de Markham-Stouffville, où elle est arrivée troisième, derrière les libéraux et les conservateurs. Jody Wilson-Raybould, dans la circonscription de Vancouver-Granville, dans l’ouest du pays, était pour sa part en difficulté au moment où ces lignes étaient écrites. Ancienne procureure générale et ministre de la Justice, Mme Wilson-Raybould avait reproché au premier ministre Justin Trudeau d’avoir fait pression sur elle pour l’abandon des accusations contre l’entreprise SNC-Lavalin. En représailles, les libéraux l’ont évincée de leur caucus et Justin Trudeau a nié avoir commis un geste répréhensible.

Alexandre Shields

51
C’est le nombre de femmes qui avaient été élues à 23 h 15, au moment où ces lignes étaient écrites.
 

7. Courses serrées en Mauricie. La stratégie conservatrice donnait des signes de faiblesse dans Trois-Rivières en fin de soirée lundi. L’ex-maire Yves Lévesque était troisième derrière la libérale Valérie Renaud-Martin et la bloquiste Louise Charbonneau, toutes deux au coude-à-coude. Le néodémocrate Robert Aubin, qui détenait la circonscription depuis la vague orange de 2011, tirait de l’arrière avec un peu plus de 16 % des voix. Sa collègue Ruth Ellen Brosseau s’en tirait mieux dans Berthier-Maskinongé, mais pas suffisamment pour être en tête au moment où ces lignes étaient écrites. Le bloquiste Yves Perron, un enseignant élu à la présidence du Bloc québécois après la crise qui avait secoué le parti, avait quelques centaines de voix d’avance sur elle. Menacé, le ministre libéral François-Philippe Champagne a finalement été réélu sans difficulté dans Saint-Maurice–Champlain, devançant la candidate bloquiste Nicole Morin.

Mylène Crête

 

8. La bataille des transfuges. Dans Longueuil–Saint-Hubert, le bloquiste Denis Trudel a eu raison de ses trois principaux adversaires, marquant ainsi un retour du parti souverainiste dans cette circonscription au sud de Montréal. Il affrontait trois transfuges, dont l’ancien ministre péquiste devenu libéral Réjean Hébert, qui a décroché la deuxième place. Le député sortant, Pierre Nantel, ancien néodémocrate passé dans le camp du Parti vert en août dernier, s’est pour sa part fait montrer la sortie par les électeurs en prenant le troisième rang. Quant au néodémocrate Éric Ferland, un ancien chef des verts au Québec, il s’est retrouvé quatrième dans cette course. C’était la deuxième tentative du bloquiste Denis Trudel de se faire élire.

Jeanne Corriveau