Le PLC promet d’analyser chaque politique sous l’oeil des personnes handicapées

Cette proposition a été mise de l’avant par Carla Qualtrough, la ministre sortante responsable de l’Accessibilité.
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne Cette proposition a été mise de l’avant par Carla Qualtrough, la ministre sortante responsable de l’Accessibilité.

Le Parti libéral du Canada (PLC) promet, s’il est réélu lundi, d’évaluer l’impact sur les personnes handicapées de toutes les politiques gouvernementales actuelles et futures.

Cette proposition a été mise de l’avant par Carla Qualtrough, la ministre sortante responsable de l’Accessibilité. Une nouvelle annonce qui n’est pas inscrite dans la plateforme électorale des libéraux et qui survient à quelques jours du scrutin du 21 octobre.

Des électeurs vivant avec des handicaps se sont récemment manifestés pour faire part de leur inquiétude face à l’absence de discussions au cours de la campagne électorale sur les enjeux touchant leur quotidien.

Plus tôt cette semaine, les libéraux ont réagi en publiant une déclaration sur l’égalité des sexes qui incluait une section portant sur l’égalité pour les personnes handicapées. Ce document non plus ne faisait pas partie de la plateforme électorale du PLC.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, Carla Qualtrough a clarifié cette nouvelle promesse en expliquant que le parti s’engageait à examiner chaque décision du gouvernement du point de vue des personnes handicapées. Il s’agirait d’une révision formelle de la manière dont chaque décision pourrait toucher les personnes vivant avec un handicap.

Au cours de leur mandat, les libéraux de Justin Trudeau ont exigé que toutes les politiques fassent l’objet d’une analyse comparative entre les sexes afin de déterminer si leurs décisions touchent différemment les hommes et les femmes.

Selon Carla Qualtrough, un gouvernement libéral réélu adopterait la même approche en ajoutant le paramètre des impacts possibles sur les personnes vivant avec toute forme de handicap. Les politiques actuelles et futures seraient soumises à l’exercice dans le but de n’oublier personne.

« C’est la prochaine étape, pour veiller à enchâsser systématiquement l’inclusion des personnes handicapées dans la manière dont le gouvernement prend ses décisions », a-t-elle soutenu en entrevue téléphonique depuis Delta, en Colombie-Britannique, où elle tente d’obtenir un nouveau mandat dans la circonscription du même nom.

Mme Qualtrough indique que l’analyse s’appuierait sur la Loi canadienne sur l’accessibilité, la première loi fédérale du genre adoptée au pays, en juin dernier. Cette loi était la concrétisation d’une promesse de 2015. Elle est considérée comme une étape majeure dans la défense des droits des personnes handicapées, bien que de nombreuses organisations s’inquiètent du fait qu’elle manque de mordant pour être véritablement efficace.

Il n’est toutefois pas question de modifier la loi, selon Mme Qualtrough, mais l’ajout d’une évaluation du point de vue des personnes handicapées viendrait offrir des garanties supplémentaires.

L’annonce des libéraux a été saluée par le Conseil des Canadiens avec déficiences, une organisation nationale de défense des droits qui revendique ce genre d’analyse depuis des années.

Lors des consultations publiques sur la loi sur l’accessibilité, le conseil a fait valoir que le gouvernement devait adopter la même approche avec les personnes handicapées qu’en matière de genre.

L’analyse comparative entre les sexes plus

Les libéraux ont commencé à appliquer la nouvelle « analyse comparative entre les sexes plus » (ACS +) à partir de 2017. On y tient compte de l’âge, de la religion et de l’origine ethnique. Toutefois, selon des documents obtenus plus tôt cette année, moins de la moitié des ministères et organismes fédéraux avaient mis en pratique l’ACS +.

De l’avis du porte-parole du Conseil des Canadiens avec déficiences, John Rae, la même approche employée pour les personnes handicapées constituerait une manière de permettre aux personnes handicapées de se faire entendre, même si elles ne sont pas présentes autour de la table.

« Nous ne sommes pas présents en nombre suffisant aux endroits où les décisions sur des aspects importants de la vie sont prises, a commenté M. Rae. Il est très facile d’oublier de considérer nos besoins, quand ceux-ci ne sont pas consciemment ignorés. »

John Rae n’a pas voulu commenter le moment choisi par les libéraux pour formuler une telle promesse qui n’apparaît pas dans leur plateforme officielle. Il a dit espérer que les autres partis politiques fassent de même.

Le Parti vert n’a pas répondu aux demandes sur le sujet et le Parti populaire du Canada a déclaré que sa plateforme ne contenait « aucune politique relative aux personnes handicapées ».

Le Nouveau Parti démocratique n’a pas répondu aux demandes de La Presse canadienne, mais il a pris plusieurs engagements pour renforcer la loi sur l’accessibilité dans une lettre transmise à un organisme de défense des droits en Ontario.

Le Parti conservateur du Canada s’est également engagé à « travailler en étroite collaboration avec la communauté des personnes handicapées pour faire en sorte que nos lois reflètent leur réalité ».

Lors d’un passage à Brampton, en Ontario, le chef conservateur Andrew Scheer a déclaré que son parti appliquerait la loi sur l’accessibilité et a critiqué les libéraux pour leur gestion d’autres dossiers liés aux personnes handicapées.

« Nous avons pris des engagements pour faciliter l’admissibilité au crédit d’impôt pour personnes handicapées, ce que le gouvernement de Justin Trudeau a rendu plus difficile, en particulier pour les personnes atteintes de diabète de type 1 », a-t-il dit.

Lors d’une visite à Trois-Rivières, jeudi, Justin Trudeau a insisté sur le fait que l’approche de son gouvernement est axée sur « l’égalité fondamentale », ajoutant qu’il restait encore beaucoup à faire pour atteindre cet objectif.