Les mesures sociales en marge des grands débats

Depuis 2015, au moins 278 000 enfants de plus vivaient au-dessus du seuil de pauvreté, en partie grâce à l'allocation canadienne pour enfants.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Depuis 2015, au moins 278 000 enfants de plus vivaient au-dessus du seuil de pauvreté, en partie grâce à l'allocation canadienne pour enfants.

Loin des polémiques et affrontements, les enjeux sociaux ont été peu débattus durant la campagne fédérale. Pourtant, les promesses sur ce plan ont été aussi ambitieuses que variées.

Serge Petitclerc est déçu. Le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté aurait voulu qu’on en parle davantage, notamment dans les débats télévisés. « Très peu d’enjeux sociaux ont été discutés pendant la campagne. »

Et « ce n’est pas parce que les partis n’avaient rien à dire », signale-t-il. « Personne ne parle de l’allocation canadienne pour enfants, pourtant c’est énorme. »

On a tous entendu Justin Trudeau répéter que cette allocation « avait permis de sortir 300 000 enfants de la pauvreté ». Statistique Canada a en effet démontré qu’au moins 278 000 enfants de plus vivaient au-dessus du seuil de pauvreté depuis 2015, en partie grâce à l’allocation. Le Parti libéral (PLC) a promis de la bonifier, notamment en la haussant de 15 % pour les enfants de moins d’un an.

Autre promesse « intéressante », selon M. Petitclerc : l’engagement du Nouveau Parti démocratique et du Parti vert à faire passer le salaire minimum à 15 $ l’heure. Les deux partis traînent cette promesse depuis des années déjà. Pour les verts, elle s’ajoute à celle d’instaurer un programme de revenu minimal garanti.

Du côté du Bloc, le porte-parole du Collectif a pris acte de trois idées : la hausse annoncée des pensions de vieillesse de 1300 $ par an (une promesse commune avec le PLC qui préconise une hausse de 720 $), l’augmentation du supplément de revenu garanti et « des réinvestissements massifs » en logement social.

Le plan du Bloc en matière de pensions irait puiser près de 8 milliards de dollars au Trésor public sur trois ans ; chez le PLC, on parle de 1,61 milliard en 2020 et de plus de 2,5 milliards en 2023-2024.

Sur le front du logement, les néodémocrates prévoient, quant à eux, une allocation destinée aux familles qui consacrent une trop grande part de leur revenu à se loger (1,2 milliard de dollars).

Et les conservateurs ? Côté social, ils ont insisté sur deux promesses : le rétablissement des crédits d’impôt sur le transport en commun et les activités artistiques pour enfants, mesures instaurées par Stephen Harper et abolies par le gouvernement Trudeau.

Les conservateurs ont aussi proposé, à l’instar des libéraux, de protéger les congés parentaux de l’impôt sur le revenu. Mais contrairement aux autres partis, le PC n’a pas répondu au questionnaire que le Collectif pour un Québec sans pauvreté avait transmis à tous les partis sur les façons d’éliminer la pauvreté au Canada. Même chose pour le Parti populaire (PP).

Vérification faite : la plateforme du parti de Maxime Bernier ne prévoit pas de mesures sociales, si ce n’est une amélioration de l’aide aux anciens combattants (une promesse partagée par les conservateurs).

Les partis ont aussi multiplié les promesses en santé, en dépit du fait que cela relève des provinces. Ainsi, libéraux, néodémocrates et verts veulent tous créer un régime national d’assurance médicaments.

Le chef du NPD, en particulier, en a beaucoup parlé. « Si on a besoin de médicaments, on doit utiliser sa carte d’assurance maladie, pas sa carte de crédit », a martelé Jagmeet Singh, qui a reproché au PLC d’avoir déjà promis de créer un tel régime, dans le passé, sans le faire.

À 10 milliards de dollars par an, c’est la promesse la plus coûteuse du NPD, qui veut aussi offrir des soins dentaires gratuits moyennant 1,9 milliard de dollars par an.

Enfin, chez les verts, on propose un plan tout aussi imposant de 10 milliards afin de rendre les droits de scolarité gratuits dans les collèges et les universités.