Opération séduction au Québec

La quasi-totalité des chefs fédéraux ont convergé vers le Québec.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne La quasi-totalité des chefs fédéraux ont convergé vers le Québec.

La lutte électorale pour décrocher une partie des nombreuses circonscriptions du Québec n’est pas terminée. À l’approche du jour J, la quasi-totalité des chefs fédéraux ont convergé dans la province pour tenter de faire un dernier plein d’appuis.

À cinq jours du vote, les chefs ont sorti l’artillerie lourde dans la Belle Province. Justin Trudeau y est allé d’une démonstration de force, en se présentant à Montréal accompagné de ses ministres et candidats pour réclamer un second mandat aux Québécois. Andrew Scheer a prononcé un grand discours en leur promettant rien de moins que d’être « maître chez vous ». Et Jagmeet Singh s’est rendu à Hudson chez l’ancien chef néodémocrate, feu Jack Layton, accompagné de sa veuve Olivia Chow, pour répéter que seul le NPD pouvait défendre les valeurs progressistes des Québécois.

Justin Trudeau s’en est de nouveau pris au Bloc québécois, mercredi, en implorant les électeurs du Québec d’élire des députés du gouvernement plutôt que de l’opposition. « On a vu ce que le Bloc a fait, ou n’a pas fait, pendant dix ans en opposition contre [Stephen] Harper. Ils n’ont pas pu empêcher les coupures en culture, dans les services, dans la protection de notre langue française », a-t-il déploré. « On pourrait se réveiller mardi prochain avec un gouvernement mené par Andrew Scheer. Et la seule façon d’éviter que ça arrive, c’est de voter pour le Parti libéral. »

M. Trudeau a en outre mis en doute le bien-fondé de voter cette fois-ci pour le Bloc, dont l’objectif est de se battre contre le gouvernement fédéral pour défendre le Québec. « Or, nous sommes un gouvernement qui est aligné avec les priorités et les valeurs des Québécois », a-t-il fait valoir, en arguant que les bloquistes devraient plutôt s’opposer aux conservateurs qui n’en feront pas assez, selon lui, pour la lutte contre les changements climatiques.

Un discours qu’ont martelé à leur tour ses ministres, en arguant que les Québécois doivent être au pouvoir pour défendre les régions comme la Gaspésie, a affirmé Diane Lebouthillier, de même que les droits des femmes et des francophones, a plaidé Mélanie Joly. Le candidat dans Laurier–Sainte-Marie, Steven Guilbeault, a pour sa part affirmé que le Bloc n’avait pas réussi à empêcher M. Harper de sabrer dans les programmes environnementaux. À ce sujet, M. Trudeau a pris soin de rappeler que son candidat vedette s’était opposé à l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti « alors qu’un certain chef d’un autre parti » — Yves-François Blanchet du Bloc — l’avait autorisée.

M. Trudeau a reconnu que son parti partage les priorités du Bloc, du NPD et du Parti vert sur plusieurs enjeux. « Mais la différence, c’est que nous pouvons agir en tant que gouvernement fort et les autres ne le peuvent pas », a-t-il répété.

Bloquer la montée du Bloc

Andrew Scheer s’en est pris au même adversaire, de passage au Québec mardi. Le Bloc québécois devance son Parti conservateur dans les intentions de vote des Québécois et figure même au premier rang, devant les libéraux, chez les francophones. M. Scheer a donc passé la 35e journée de la campagne à Québec, à Trois-Rivières et sur la Rive-Sud.

Le Québec, c’est nous

« Être nationaliste ne signifie pas l’indépendance », a lancé M. Scheer aux électeurs de cette trempe, dans un discours à La Prairie mardi soir. « On peut aimer le Québec sans vouloir briser le Canada. À Ottawa, le changement c’est nous ! », a-t-il renchéri en adaptant à sa sauce le slogan du Bloc « Le Québec, c’est nous ».

À Ottawa, le changement, c’est nous

Une stratégie reprise aussi par le NPD, qui en a fait sa propre version : « Les progressistes, c’est nous. »

Les progressistes, c’est nous

Jagmeet Singh s’est arrêté à Hudson mercredi, au parc Jack-Layton et à l’école du même nom. Interrogé sur la question de savoir s’il évoquait le nom de l’ancien chef qui a su séduire le Québec en 2011 pour faire mousser ses propres appuis, M. Singh a répliqué qu’il reconnaissait simplement le travail et le legs de son prédécesseur. Et il a accusé Justin Trudeau de ne pas être réellement progressiste, pas plus que le Bloc québécois, dont quatre candidats ont tenu des propos islamophobes. « Ce n’est pas ça, un parti progressiste », a-t-il argué.

Yves-François Blanchet a continué de refuser de s’inquiéter des attaques de ses adversaires, qui ont haussé le ton depuis une semaine. « Le sentiment de peur, je pense qu’il ne marche plus », a-t-il analysé.

Jagmeet Singh a lui aussi imploré les électeurs de ne pas céder à l’appel au vote stratégique. « Ne laissez pas la peur guider votre vote. Et ne laissez pas M. Trudeau vous encourager à vous laisser guider par la peur », a-t-il clamé.

Quant au plaidoyer du chef conservateur aux électeurs québécois, M. Blanchet a rétorqué qu’à son avis, c’était trop peu trop tard. « Si t’es en amour avec quelqu’un, tu n’attends pas de te faire sacrer à la porte pour le dire. »

Les conservateurs n’ont cependant pas dit leur dernier mot au Québec. Après avoir démarré sa campagne à Trois-Rivières — tout comme l’a fait Justin Trudeau —, Andrew Scheer sera de retour dans la province d’ici le jour du vote lundi. Le chef libéral aussi, puisqu’il sera à Montréal le jour du scrutin pour aller voter puis suivre la soirée électorale dans sa circonscription de Papineau.

1 commentaire
  • Raymond Labelle - Abonné 17 octobre 2019 01 h 31

    Peur rationnelle...

    La peur d'un gouvernement conservateur n'est-elle pas une peur fondée sur la raison?