Cinq «anges gardiens» de Snowden en appellent à Trudeau avant le scrutin

Vanessa Mae Rodel et sa fille de 7 ans Keana Kellapatha ont participé à une conférence de presse à Ottawa, le mercredi 16 octobre 2019.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Vanessa Mae Rodel et sa fille de 7 ans Keana Kellapatha ont participé à une conférence de presse à Ottawa, le mercredi 16 octobre 2019.

Vanessa Rodel, l’un des sept « anges gardiens » qui ont caché Edward Snowden à Hong Kong en 2013, est arrivée au Canada avec sa fille de sept ans l’hiver dernier et elle a obtenu le statut de réfugié au Canada. Elle était sur la colline du Parlement, mercredi, pour supplier Ottawa d’accorder le même statut aux cinq autres « anges gardiens » du lanceur d’alerte américain : le père de sa fille et ses deux autres enfants, leur mère et un autre homme.

Edward Snowden avait trouvé refuge chez eux pendant quelques semaines à Hong Kong en 2013. L’ancien employé du renseignement américain est toujours recherché aux États-Unis pour avoir divulgué des documents secrets de l’Agence nationale de sécurité (NSA) qui exposent l’ampleur des opérations de surveillance à grande échelle du gouvernement américain sur les communications des citoyens.

Les avocats des « anges gardiens de Hong Kong » affirment que les cinq autres membres du groupe ont demandé le statut de réfugié au Canada en 2017 et que leur dossier est exactement le même que celui de Mme Rodel et de sa fille. Or, deux mois après son arrivée au Canada, les avocats soutiennent que les dossiers des autres n’ont pas évolué. Robert Tibbo, l’avocat montréalais qui a participé à l’organisation du séjour de M. Snowden à Hong Kong, souhaitait mercredi que le gouvernement actuel approuve leur demande avant les élections de lundi.

« Ma fille a besoin de toute sa famille ici à Montréal », a déclaré Mme Rodel mercredi. « Elle rêve que son père, sa soeur et son frère soient avec elle. Elle souffre de leur absence. »

Des enfants apatrides

Mme Rodel est originaire des Philippines, mais les autres demandeurs sont originaires du Sri Lanka et ils risquent l’expulsion vers leur pays d’origine où, selon les avocats, ils pourraient être persécutés. La petite Keana, sa demi-soeur et son demi-frère sont tous apatrides : ils sont nés à Hong Kong en tant que réfugiés. Les demandes d’asile à Hong Kong avaient été rejetées en 2017 lorsque le film d’Oliver Stone sur Edward Snowden a permis de remonter jusqu’à eux.

Me Tibbo et ses collègues ont plaidé mercredi que les demandes avaient été déposées au cours du premier mandat de M. Trudeau et que le premier ministre libéral avait donc la responsabilité de prendre une décision avant le scrutin — qui pourrait faire élire un nouveau premier ministre.

Les avocats suggèrent que le retard d’Ottawa est dû au fait que les autorités canadiennes ne veulent pas courroucer le gouvernement américain — bien qu’ils n’en aient aucune preuve concrète, si ce n’est que M. Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont déjà accueilli personnellement d’autres réfugiés très « médiatisés » à leur arrivée au Canada. Les avocats craignent aussi qu’un éventuel gouvernement conservateur refuse d’accorder l’asile à ces demandeurs.

Les avocats ont toutefois soutenu à tort qu’en 2015, les conservateurs étaient au pouvoir lorsque le Canada aurait « rejeté » la demande d’asile de la famille d’Alan Kurdi. La photo de l’enfant gisant mort sur une plage turque alors que sa famille tentait de fuir la Syrie avait fait les manchettes lors de la campagne électorale de 2015. Or, on a finalement découvert que ses parents n’avaient jamais demandé à venir au Canada, contrairement à d’autres membres de cette famille.