Trudeau appelle au vote stratégique

Le chef libéral Justin Trudeau a esquivé lundi toutes les questions sur un possible gouvernement de coalition réunissant libéraux et néodémocrates.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef libéral Justin Trudeau a esquivé lundi toutes les questions sur un possible gouvernement de coalition réunissant libéraux et néodémocrates.

Le chef libéral Justin Trudeau ne passe plus par quatre chemins : il invite les électeurs progressistes à voter pour lui plutôt que le NPD en plaidant qu’une opposition de gauche, même forte, ne pourra pas empêcher les conservateurs de procéder aux compressions qu’ils envisagent.

« Notre priorité dans cette élection doit être d’élire un gouvernement progressiste, pas une opposition progressiste, a lancé M. Trudeau. […] Il y a eu de grandes et fortes oppositions progressistes dans le passé. J’ai fait partie de ces oppositions qui se sont tenues debout devant Stephen Harper alors qu’il est allé de l’avant avec des compressions en culture, une taxe sur les syndicats, des compressions aux infrastructures, aux vétérans, à la lutte contre les changements climatiques, à la place du Canada dans le monde. J’y étais ! Presque 10 ans de gouvernement Harper. Et malgré cette lutte musclée que nous avons menée depuis les banquettes de l’opposition, il est allé de l’avant avec ses compressions. »

Plusieurs sondages publiés au cours des derniers jours sont arrivés aux trois mêmes conclusions : le Parti libéral et le Parti conservateur sont à égalité statistique, récoltant chacun environ 33 % des intentions de vote ; le Bloc québécois gagne en popularité au Québec ; et dans le reste du pays, le NPD reprend du poil de la bête. Cette montée en popularité d’Yves-François Blanchet et de Jagmeet Singh se fait au détriment du Parti libéral, qui n’arrive pas à canaliser le vote d’opposition à la formation d’Andrew Scheer. D’où cet appel libéral au vote stratégique.

L’itinéraire de M. Trudeau lundi reflète d’ailleurs la préoccupation libérale. Il doit visiter aujourd’hui six circonscriptions du sud-ouest de l’Ontario où le NPD réalise traditionnellement de bonnes performances : trois d’entre elles sont représentées à la Chambre des communes par des néodémocrates (Windsor — Tecumseh, London — Fanshawe et Hamilton-Centre), deux par des conservateurs (Chatham-Kent — Leamington et Kitchener — Conestoga) et une par les libéraux (Cambridge).

Dans les trois circonscriptions occupées par des conservateurs ou un libéral, la course entre les deux partis avait été très serrée en 2015. Les libéraux calculent qu’une montée du NPD favorisera Andrew Scheer et lui permettra non seulement de conserver ses deux sièges, mais de ravir le troisième. Quant aux trois sièges néodémocrates, deux avaient été obtenus au terme d’une lutte serrée avec le Parti libéral. Les libéraux espèrent les ravir, surtout que les députés sortants, David Christopherson et Irene Mathyssen, ne se représentent pas cette année.

Dans cette région où l’industrie automobile est importante et les échanges commerciaux avec les États-Unis, capitaux, M. Trudeau s’est fait un devoir de rappeler que Jagmeet Singh a promis de rouvrir le nouvel accord de libre-échange signé avec les États-Unis « qu’on a signé avec tant de peine ». « Ce n’est pas de cette instabilité dont nos travailleurs et les familles ont besoin. »

Le Parti conservateur a dévoilé son programme électoral entier et son cadre financier vendredi après-midi. On y apprend que la formation promet de réduire les budgets d’infrastructures et de sabrer dans les budgets de l’appareil gouvernemental (sans offrir de détails) à hauteur de 46 milliards de dollars pour les quatre ans d’un éventuel mandat majoritaire. Ces réductions financeront les baisses d’impôt promises et permettront, au terme de cinq ans, d’équilibrer le budget fédéral.