Cri du coeur au Nouveau-Brunswick pour accroître l’accès à l'avortement

Le directeur médical de la clinique 554, Adrian Eoin Edgar
Photo: Image tirée de sa page Facebook Le directeur médical de la clinique 554, Adrian Eoin Edgar

La seule clinique pratiquant des avortements au Nouveau-Brunswick fermera ses portes, incapable d’absorber les frais liés à cette procédure que le gouvernement provincial refuse de rembourser, a annoncé son directeur médical jeudi. Ce dernier interpelle les chefs fédéraux pour qu’Ottawa impose à la province de couvrir le coût des interruptions de grossesse réalisées en dehors des hôpitaux.

« Je suis triste qu’au cours de cette élection fédérale, nos dirigeants se soient concentrés sur la question de savoir s’ils “rouvriront le débat” sur l’avortement plutôt que sur la véritable crise actuelle : l’accès », a dénoncé le Dr Adrian Eoin Edgar de la clinique 554, à Fredericton.

Le Nouveau-Brunswick est la seule province à ne pas couvrir les frais liés aux avortements dans les cliniques autonomes. Les patientes de la clinique 554 qui voulaient s’en prévaloir devaient donc débourser de 700 $ à 850 $ (et l’exercice n’était pas viable financièrement pour l’établissement). Elles devront dorénavant parcourir plus de 150 kilomètres.

« Le 22 octobre prochain, nous nous attendons à ce que notre prochain premier ministre prenne la responsabilité de protéger et d’assurer l’accès universel aux soins de santé pour tous les Canadiens, en particulier aux services d’avortement au Nouveau-Brunswick », a déclaré le Dr Edgar dans une vidéo publiée sur Facebook.

Les quelque 3000 patients de la clinique 554 se retrouveront donc bientôt sans médecin. L’établissement se spécialisait dans la santé reproductive et les soins destinés aux personnes trans, homosexuelles et séropositives.

«Rien ne bouge»

La clinique avait été fondée en 2015 grâce à une campagne de sociofinancement qui avait permis d’amasser 100 000 $ en un mois. Elle reprenait le local de la clinique Morgentaler, qui avait été forcée de mettre la clé sous la porte quelques mois plus tôt, faute de fonds.

« Je suis vraiment déçue, surtout en cette période électorale où l’avortement est abordé abondamment. Les gens ont beaucoup à dire, mais rien ne bouge », dit Julie Lalonde, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement au Canada, en réaction à l’annonce de la fermeture.

Au Nouveau-Brunswick, les coûts engendrés par les avortements sont seulement pris en charge par la province dans les hôpitaux. Pourtant, la Loi canadienne de la santé garantit l’universalité du système public de santé.

« Ce que fait la province du Nouveau-Brunswick, en refusant de financer les services d’avortement à notre clinique, constitue une violation de la Loi canadienne sur la santé », a d’ailleurs déclaré le Dr Edgar jeudi. C’est en fonction de cette loi qu’il réclame que les transferts en santé depuis Ottawa vers la province soient interrompus jusqu’à ce que les avortements hors des hôpitaux soient remboursés.

Dans un communiqué, le Nouveau Parti démocratique a accusé le gouvernement de Justin Trudeau d’avoir manqué à faire respecter la loi, ce qui a mené à la fermeture de la clinique 554.

« Nous appliquerons intégralement la Loi canadienne sur la santé et imposerons des conséquences réelles à tout gouvernement provincial qui crée des obstacles à l’accès à l’avortement », a déclaré le chef néodémocrate, Jagmeet Singh.