Six défis en vue du dernier débat

Elizabeth May, Justin Trudeau, Andrew Scheer, Maxime Bernier, Yves-Francois Blanchet et Jagmeet Singh
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Elizabeth May, Justin Trudeau, Andrew Scheer, Maxime Bernier, Yves-Francois Blanchet et Jagmeet Singh

GARDER LE CAP

Justin TrudeauParti libéral du Canada

Photo: Chris Wattie La Presse canadienne

« On ne va pas réinventer la roue ». Un stratège libéral interrogé mercredi se disait satisfait de la tournure des deux premiers débats pour celui qui devait défendre son bilan gouvernemental — et qui se trouvait de facto au centre des échanges et des attaques. « L’objectif premier, jeudi, sera le même que pour les autres débats : parler aux électeurs, pas tant aux autres chefs. On veut mettre notre plan de l’avant, montrer les différences entre les partis, et surtout avec les conservateurs ». Cela dit, M. Trudeau ne laissera pas le Bloc dans son angle mort, ajoute le stratège. Les sondages montrent bien que la formation québécoise, en entamant le vote conservateur, gruge peu à peu l’avance libérale au Québec. L’angle d’approche du chef libéral sera donc de « dire que le Québec doit être à la table » des décisions, et que de se tourner vers le Bloc augmenterait les chances de voir les conservateurs élus — Justin Trudeau présentera encore cette éventualité comme le signe d’un recul important dans la lutte contre les changements climatiques, un thème qu’il martèle régulièrement.

 

CIBLER LE BLOC

Andrew ScheerParti conservateur du Canada

Photo: Chris Wattie La Presse canadienne

Unanimement désigné perdant du premier débat en français — notamment à cause de son refus de se dire pro-vie —, Andrew Scheer s’en est mieux tiré en anglais lundi. Son équipe assure qu’il « a tout de même atteint certains objectifs » au débat de TVA, notamment celui de souligner « l’hypocrisie » de Justin Trudeau. « Mais c’est vrai qu’après les 30 premières minutes, il a [fallu] un ajustement », reconnaissait un stratège conservateur mercredi. Dans le contexte où les appuis du Parti conservateur au Québec semblent glisser vers le Bloc québécois, Andrew Scheer ne voudra pas perdre de temps jeudi avant de répéter que « le Bloc peut bien promettre ce qu’il veut, c’est un gérant d’estrade à la fin », indique le stratège. « Un vote pour le Bloc va maintenir Justin Trudeau en poste. Ce message-là, on va le pousser beaucoup plus. » Le nom du premier ministre Legault risque aussi de surgir ici et là, puisque les conservateurs tenteront de faire valoir que « sur la plupart des enjeux, on est bien alignés sur Québec ».

 

ÉTONNER

Jagmeet SinghNouveau Parti démocratique

Photo: Chris Wattie La Presse canadienne

La performance de Jagmeet Singh dans les deux premiers débats fait dire à une stratège qui l’accompagne qu’il « n’y aura pas de grande modification dans l’approche » du dernier débat. Un sondage Léger publié mercredi par La Presse canadienne montrait en effet que M. Singh est le chef qui a globalement le plus étonné les auditeurs : question d’attentes basses, peut-être, mais l’effet positif se fait légèrement sentir dans les intentions de vote. Chez les néodémocrates, on souhaite que Jagmeet Singh fasse preuve « du même dynamisme » que celui qui l’animait en anglais lundi. « Il a eu plusieurs bonnes lignes… mais c’est sûr que c’est plus difficile en français de sortir des phrases clés. Le défi de la langue demeure pour lui », concède la stratège. S’il est un thème qu’il souhaitera développer, c’est celui « qu’il n’a pas de leçon à prendre de Justin Trudeau en matière de lutte pour les droits des minorités »… ce qui implique donc qu’on parlera de la Loi sur la laïcité.

 

S'EXPRIMER

Elizabeth MayParti vert du Canada

Photo: Chris Wattie La Presse canadienne

Si Jagmeet Singh et Andrew Scheer éprouvent des difficultés en français, ce n’est rien comparé à Elizabeth May, dont la construction syntaxique en français laisse parfois pantois les journalistes. Pour son premier débat en français durant cette campagne (TVA ne l’avait pas invitée auparavant), ce sera « assurément un défi de bien s’exprimer », acquiesce un stratège vert. « Mais elle est capable d’avoir un bon niveau pour débattre. » Principale stratégie ? « Comme au débat en anglais, insister sur le fait qu’il y a urgence climatique et qu’il faut travailler ensemble au Canada pour affronter cette crise », dit-il. Comme enjeu québécois, Mme May devrait assurément souligner que les verts sont les seuls à rejeter d’emblée le projet GNL Québec, qui prévoit d’acheminer du gaz naturel par gazoduc vers une usine du Saguenay–Lac-Saint-Jean. « Plus globalement, c’est la première fois qu’on sent que le Québec considère le Parti vert comme une vraie option, indique le stratège. Il y a une occasion pour la cheffe de montrer qu’on a une philosophie différente des autres. »

 

SE DÉFENDRE

Yves-François Blanchet, Bloc québécois

Photo: Chris Wattie La Presse canadienne

« Les conservateurs parlent du Bloc, les libéraux parlent du Bloc, et le Bloc parle du Bloc : ça nous convient », ironisait mercredi un conseiller bloquiste. « On n’est en tous cas plus au stade de dire que le Bloc est de retour, on n’a plus besoin de spinner ça. » Le chef Blanchet se présentera au débat jeudi porté par des vents favorables… qui en feront aussi une cible pour ses adversaires. « Les objectifs restent les mêmes que pour le débat de TVA, indique le conseiller. On veut faire la démonstration qu’il y a un parti qui porte les demandes et la volonté des Québécois, et que plus le Bloc sera fort, plus le rapport de force du Québec sera grand. » Yves-François Blanchet modifiera-t-il quelque chose à sa manière de débattre ? « Le Bloc est en progression grâce à lui, on ne va pas commencer à changer sa personnalité », répond son conseiller. « Mais on va devoir s’adapter au format du débat, qui ne permet pas d’exposer longuement ses idées. »

 

SE DÉFINIR

Maxime BernierParti populaire du Canada

Photo: Chris Wattie La Presse canadienne

Qu’est-ce que le Parti populaire du Canada (PPC) ? « Pour beaucoup de gens, c’est très vague », dit un stratège de l’équipe Bernier. « Beaucoup ne nous connaissent pas, ou nous connaissent seulement par toutes sortes de nouvelles négatives. On sait que Maxime Bernier a été conservateur, mais la suite n’est pas claire ». Le défi du chef beauceron sera donc assez simple, suggère ce conseiller : « On veut s’assurer que les gens ont une meilleure idée de nos propositions, de comment on se démarque des autres sur plusieurs enjeux cruciaux. On s’entend que ça ne sera pas trop difficile de se distinguer du NPD et des verts, mais on veut montrer que les libéraux et les conservateurs ne sont pas si éloignés. Ce n’est pas de partir en guerre contre un autre chef, ou de faire de coup d’éclat. » Pour M. Bernier, qui n’avait pas été invité au débat TVA, il s’agira de la seule occasion de courtiser plus directement l’électorat québécois. Il fera notamment valoir que le PPC « est le seul parti fédéraliste qui ne va pas s’ingérer dans le champ de compétences des provinces », soutient le stratège.