Scheer souhaite resserrer la frontière

Le Parti conservateur n’a pas précisé de quelle façon M. Scheer souhaitait modifier l’entente sur les tiers pays sûrs.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le Parti conservateur n’a pas précisé de quelle façon M. Scheer souhaitait modifier l’entente sur les tiers pays sûrs.

Le chef conservateur revient à la charge en promettant de serrer la vis aux migrants qui entrent au Canada de façon irrégulière. Andrew Scheer promet, s’il est élu, de modifier l’entente qui leur permet de réclamer l’asile en passant par le chemin Roxham. Une promesse qui ne tient cependant pas la route, rétorque un expert.

Un gouvernement Scheer modifierait ainsi l’entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis, qui oblige les migrants à réclamer l’asile dans le premier pays où ils mettent les pieds. L’accord prévoit toutefois une exception si les migrants entrent au Canada en évitant les postes frontaliers officiels — ce qui explique que des milliers d’entre eux sont ainsi entrés au pays depuis deux ans. Le chef conservateur souhaite « éliminer cette faille et mettre fin à ce mode d’entrée illégal ».

Les libéraux de Justin Trudeau tentent depuis des mois de convaincre les Américains de renégocier l’accord. Sans succès.

Andrew Scheer n’a pas su préciser, mercredi, comment il s’y prendrait quant à lui. « Nous préférerions régler cela en partenariat, a-t-il indiqué en point de presse sur le chemin Roxham. Mais il y a d’autres options qui s’offrent au gouvernement et que nous étudierions. » Invité à développer sa pensée, M. Scheer a indiqué qu’il pouvait « appliquer les principes de l’entente sur les tiers pays sûrs à d’autres endroits le long de la frontière ».

Cependant, l’avocat Lorne Waldman note que l’entente est justement bilatérale. « Elle ne peut pas être élargie de façon unilatérale par un pays sans l’accord de l’autre », a fait valoir au Devoir l’avocat en immigration et en droit des réfugiés. « Il est très troublant que M. Scheer induise ainsi les Canadiens en erreur en période électorale. »

Même si M. Scheer décidait d’agir seul, il se retrouverait ainsi, selon Me Waldman, à enfreindre les obligations internationales du Canada et sa Charte des droits et libertés.

Entre les mois de janvier et d’août, 10 343 migrants sont entrés de façon irrégulière au Canada (10 076 au Québec). Au cours de la même période en 2018, 14 125 migrants étaient entrés de façon irrégulière (13 479 au Québec). Les chiffres ont baissé l’hiver dernier, mais le nombre d’entrées atteignait de nouveau 1600 personnes par mois cet été.

Le Parti conservateur n’a pas précisé de quelle façon M. Scheer souhaitait modifier l’entente sur les tiers pays sûrs. Ses députés ont réclamé, depuis deux ans, qu’elle s’applique à toute la frontière pour empêcher qu’une demande d’asile soit déposée peu importe le point d’entrée au pays. Les libéraux ont cependant maintes fois rétorqué que les réfugiés trouveraient d’autres moyens pour entrer de façon irrégulière. « Si on ferme le robinet au chemin Roxham, ils vont chercher à passer ailleurs », a corroboré Jean-Pierre Fortin, du Syndicat des douanes et de l’immigration.

Réorienter l’immigration

Andrew Scheer a en outre promis d’embaucher 250 agents des services frontaliers supplémentaires et de réaffecter des juges de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié aux points de passage des entrées irrégulières pour traiter plus rapidement les dossiers. M. Fortin salue la première promesse, mais note qu’elle ne réglerait pas le problème à court terme puisqu’il faut un an pour former un agent frontalier.

Les conservateurs prioriseraient en outre l’immigration économique et le parrainage privé de réfugiés plutôt que celui par le gouvernement. Ils n’ont pas chiffré le nombre d’immigrants qu’ils accueilleraient par année.

M. Scheer a par ailleurs fait de l’oeil au Québec, de passage à Saint-Bernard-de-Lacolle, en réitérant qu’il accueillerait « avec intérêt » les demandes du gouvernement de François Legault de modifier l’entente Canada-Québec sur l’immigration. Toutefois, il n’a pas indiqué s’il accepterait que la province réduise le nombre d’immigrants ou qu’elle impose un test de valeurs aux nouveaux arrivants.

Les néodémocrates et le Bloc québécois souhaitent quant à eux qu’Ottawa suspende l’entente sur les tiers pays sûrs pour permettre aux migrants de réclamer l’asile en passant par les postes officiels de la frontière canado-américaine. Les libéraux ont répliqué, dans le passé, que cela ne ferait qu’ouvrir les portes du Canada à des milliers d’autres réfugiés.

Le chef libéral, Justin Trudeau, a réitéré mercredi que tous les demandeurs d’asile sont soumis aux contrôles canadiens, qu’ils arrivent de façon régulière ou irrégulière. « Il n’y a pas de raccourci. Tous ceux qui arrivent au Canada suivent notre système d’immigration rigoureux. »

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a pour sa part promis de redéposer un projet de loi aux Communes, après l’élection, pour que le Québec ne soit plus assujetti à la Loi canadienne sur le multiculturalisme. Un dossier qu’il a en outre promis d’évoquer au débat des chefs de jeudi soir.