Singh et Scheer embêtés par la Loi sur la laïcité

La Loi sur la laïcité de l’État continue de causer des maux de tête aux chefs fédéraux en campagne. Jagmeet Singh semble souffler le chaud et le froid quant à la possibilité de contester la loi québécoise en Cour suprême. Andrew Scheer, quant à lui, a dû expliquer le fait que ses candidats québécois semblent faire campagne en voulant protéger la loi alors que lui s’y oppose à chaque occasion.

Le chef conservateur a maintes fois répété qu’il était contre la Loi sur la laïcité de l’État du gouvernement québécois. Mais sur le terrain, au Québec, ses candidats utilisent justement cette promesse de ne pas contester la loi québécoise comme argument pour solliciter le vote des électeurs qui pourraient faire partie de la majorité des Québécois qui l’appuient.

Le député sortant de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, a évoqué la Loi sur la laïcité dans un appel robotisé diffusé dans sa circonscription. M. Martel y déplore que les libéraux aient l’intention, selon lui, de la contester. « En tant que nationaliste, nous devons les empêcher de le faire et c’est pour cette raison que j’ai besoin de votre appui, le 21 octobre. »

Photo: Chris Wattie La Presse canadienne Le chef conservateur, Andrew Scheer

Le lieutenant québécois du parti, Alain Rayes, a repris le même discours en conférence de presse récemment, arguant que le Bloc québécois dans l’opposition ne pourrait pas empêcher un gouvernement libéral de contester cette loi. « La seule façon de protéger la laïcité est de remplacer le gouvernement libéral par un gouvernement conservateur », aurait déclaré M. Rayes, selon le compte rendu du média de Rivière-du-Loup Info Dimanche.

En entrevue au Devoir, M. Rayes nie que son chef et lui tiennent un double discours sur la laïcité. « C’est simplement une autre façon de le dire. Mais l’objectif ultime, de notre part, c’est qu’il n’y aura pas de contestation. Quand on dit qu’on respecte les juridictions, qu’on conteste ou qu’on veuille protéger, on respecte la juridiction provinciale. »

Richard Martel a affirmé la même chose. « Notre position est claire. Comme le chef l’a dit aujourd’hui, nous n’allons pas intervenir », a-t-il indiqué par courriel. « Comme je le dis à mes électeurs depuis le début de la campagne, j’ai besoin de leur appui, car c’est la seule façon d’empêcher les libéraux d’intervenir et de contester la loi 21 contre la volonté des élus du Québec. »

Singh reste vague

Le chef du Nouveau Parti démocratique s’est quant à lui empêtré dans ses déclarations à la suite du débat des chefs anglophone. Bien qu’il affirme depuis quelques semaines qu’il ne contestera pas la loi québécoise, M. Singh est devenu moins catégorique lundi soir, avançant soudainement que « tous les premiers ministres doivent regarder ce qui se passe à la Cour suprême ». « Ce que je dis, ce que j’ai toujours dit, c’est que je ne veux pas m’ingérer dans une poursuite dès maintenant qui [est devant] les cours », a-t-il ajouté.

Son équipe a assuré que rien n’avait changé au NPD. Mais invité à trois reprises à préciser s’il laissait donc la porte ouverte à une participation dans une contestation qui se rendrait à la Cour suprême, M. Singh est resté flou. « Ce que j’ai dit en ce moment, c’est qu’il y a une contestation judiciaire. Je ne veux pas m’ingérer dans cette contestation, car elle est très importante et je soutiens ce droit de contestation », a-t-il répété en réponse à chaque question.

Son chef adjoint, Alexandre Boulerice, a tenté de dissiper toute confusion dans un entretien téléphonique. « On ne va pas intervenir, même à la Cour suprême, a-t-il dit au Devoir. La décision est prise et elle est ferme. »

Selon M. Boulerice, en parlant de son obligation de considérer la cause si elle se rend jusqu’au plus haut tribunal du pays, le chef a seulement voulu souligner qu’il ne prendrait pas la cause à la légère. « Il ne parle pas d’une obligation qui serait constitutionnelle ou écrite dans un règlement du Conseil privé. Il veut plutôt dire qu’un premier ministre responsable doit se tenir au courant de ce qui se passe à la Cour suprême. […] Ça a peut-être jeté un peu de confusion inutilement », a-t-il admis.

De passage à Iqaluit, le chef libéral, Justin Trudeau, a rejeté l’idée que la Loi sur la laïcité de l’État est un enjeu déterminant de la campagne électorale fédérale. « Je ne le pense pas. Je pense que les Québécois connaissent très bien ma position depuis longtemps sur cet enjeu. »

Yves-François Blanchet, du Bloc québécois, a en revanche déploré que la campagne fédérale porte trop sur la laïcité. « Il y a plein de choses dont il faut parler et dont on parle trop peu parce que ce sujet-là mange tout l’espace », a-t-il dit mardi. Ses adversaires ont cependant rappelé que c’était lui qui avait insisté pour en parler et pour que les chefs fédéraux se positionnent dans ce débat.

Avec Hélène Buzzetti et La Presse canadienne