Le Québec au coeur du débat en anglais

Lundi soir, le Québec s’est taillé une place dans les échanges les plus musclés du second débat de la campagne électorale. De gauche à droite: Elizabeth May (Parti vert), Justin Trudeau (Parti libéral), Andrew Scheer (Parti conservateur), Maxime Bernier (Parti populaire du Canada), Yves-François Blanchet (Bloc québécois), Jagmeet Singh (Nouveau Parti démocratique).
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Lundi soir, le Québec s’est taillé une place dans les échanges les plus musclés du second débat de la campagne électorale. De gauche à droite: Elizabeth May (Parti vert), Justin Trudeau (Parti libéral), Andrew Scheer (Parti conservateur), Maxime Bernier (Parti populaire du Canada), Yves-François Blanchet (Bloc québécois), Jagmeet Singh (Nouveau Parti démocratique).

Le second débat de la campagne électorale se déroulait peut-être en anglais, mais le Québec s’y est taillé une place d’importance alors que la loi sur la laïcité a donné lieu à un des échanges les plus musclés de la soirée. Le chef libéral, Justin Trudeau, a pleinement assumé son intention de possiblement intervenir devant les tribunaux pour contester cette loi, au point de reprocher à ses adversaires de manquer de courage à cet égard.

« Je suis le seul ici à dire que, oui, le gouvernement fédéral aura peut-être à intervenir parce que le gouvernement fédéral doit protéger le droit des minorités », a lancé M. Trudeau. Il s’en prenait à son rival néodémocrate, Jagmeet Singh, à qui la modératrice venait de demander s’il ne piétinait pas ses principes seulement pour préserver ses appuis électoraux au Québec. « Pourquoi ne respectez-vous pas vos convictions en restant ouvert à une contestation ? » lui a demandé M. Trudeau.

M. Singh a plaidé que, du seul fait qu’il porte lui-même des symboles religieux, il se bat « chaque jour de [s]a vie » contre la loi 21 et ce genre de discrimination. M. Trudeau est le seul à s’être attaqué à M. Singh sur cette question. Au contraire, le chef conservateur, Andrew Scheer, et la cheffe du Parti vert, Elizabeth May, ont tenu à féliciter M. Singh pour son combat pour l’acceptation de la diversité, mené avec « beaucoup de classe », selon M. Scheer.

Maxime Bernier a indiqué qu’au nom du respect de la Constitution, il ne contesterait pas une loi provinciale. M. Singh a pour sa part plaidé que Maxime Bernier n’avait pas sa place à ce débat. « Les commentaires que vous faites… C’est une chose de dire qu’on n’est pas d’accord avec quelqu’un, mais d’inciter à la haine… Mettre en doute la stabilité mentale [de Greta Thunberg] démontre un manque de jugement. »

L’environnement divise

Autres échanges animés de la soirée : la part du débat sur les questions autochtones a vite dérapé pour porter sur les projets énergétiques en territoire autochtone et la position de M. Scheer, qui affirme qu’il consulterait les communautés, mais s’assurerait néanmoins de faire construire des projets d’oléoduc. Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a dénoncé le corridor énergétique souhaité par M. Scheer, que le chef conservateur imposerait, selon lui, aux Québécois en invoquant les pouvoirs que lui confère « votre Constitution, pas la mienne ». M. Scheer a rétorqué que les Canadiens devraient cesser d’acheter leur pétrole aux États-Unis et se le procurer plutôt au Canada. « J’ai fait mon choix », a déclaré le chef conservateur. « Vous l’avez fait, en effet. Et le Québec fera le sien », a répondu M. Blanchet.

Andrew Scheer s’est aussi attiré les remontrances de Maxime Bernier, qui l’a accusé de ne pas avoir « le courage d’utiliser la Constitution pour s’assurer qu’on ait des oléoducs pour l’unité et la prospérité de notre pays ».

Elizabeth May s’en est quant à elle prise à Justin Trudeau. « La science est claire : votre cible est un engagement à échouer. C’est pour ça qu’il est si atteignable et réalisable. Et vous avez acheté un oléoduc. » Le chef libéral lui a rétorqué qu’« un slogan n’est pas un plan. Nous en avons fait plus en quatre ans que tout autre gouvernement ». Une allégation qu’ont rejetée en choeur tous les autres chefs. « Ce n’est pas vrai », a répliqué Mme May. « Juste parce que vous répétez quelque chose sans relâche, ça ne veut pas dire que ça devient vrai », a lancé M. Scheer. « C’est bien que vous l’appreniez, M. Scheer », a répliqué M. Trudeau, provoquant les rires du public. Ce qui a mené Jagmeet Singh à lancer aux électeurs : « Vous n’avez pas besoin de choisir entre M. Délai et M. Déni. Il y a un autre choix. »

Elizabeth May a pour sa part plaidé pour l’élection d’un gouvernement minoritaire dans lequel elle et sa députation auraient un rôle à jouer. « De grâce, mon dieu, faites qu’il n’obtienne pas une majorité cette fois parce qu’il ne tiendra pas ses promesses », a-t-elle lancé au sujet de M. Trudeau. « M. Scheer, avec respect, vous ne serez pas premier ministre. La question est : sera-ce une majorité pour M. Trudeau ou une minorité pour M. Trudeau ? Élire des députés verts est la meilleure garantie pour les Canadiens d’obtenir le gouvernement qu’ils souhaitent. »

Mme May en a aussi profité pour sommer M. Blanchet, en vain, de clarifier sa position sur le projet de gazoduc GNL Québec : le chef du Bloc québécois ne s’y est pas opposé, disant vouloir attendre d’abord les conclusions du BAPE, une position que certains jeunes bloquistes dénoncent.

M. Singh a reproché à M. Trudeau de s’être moqué d’une manifestante de la communauté autochtone de Grassy Narrows qui déplorait que l’eau de la réserve soit contaminée au mercure. « Parce qu’il est un imposteur », a renchéri M. Scheer.

C’est un thème que M. Scheer a d’ailleurs repris à quelques reprises. Sans surprise, il s’en est pris à Justin Trudeau à chaque occasion. D’entrée de jeu, son premier commentaire a été de reprocher au chef libéral de porter des « masques » : le masque de la réconciliation autochtone, alors qu’il congédie sa ministre autochtone, le masque du féminisme ou encore celui du défenseur de la classe moyenne. « Monsieur Trudeau, vous êtes un imposteur. Vous ne méritez pas de diriger ce pays. » La structure du débat n’a mené qu’à quelques débats à six. Autrement, les chefs s’affrontaient toujours un contre un, ce qui fait que les cibles de critiques n’ont souvent pas eu l’occasion de répliquer.

Pour sa part, Maxime Bernier s’est attaqué à M. Scheer, mais aussi à Mme May — à qui il a reproché ses « politiques socialistes » dignes du Venezuela — et à M. Singh. À M. Scheer, il a reproché de ne pas être un « vrai conservateur » parce qu’il ne s’engage pas à éliminer rapidement les déficits ou le système de gestion de l’offre. M. Scheer a répliqué du tac au tac que son rival « prétend être quelqu’un qu’il n’est pas ». « Je ne suis pas certain d’avec quel Maxime Bernier je débats ce soir. Est-ce le Maxime Bernier des années 1990 qui était séparatiste ? Est-ce le Maxime Bernier qui a été ministre responsable de la distribution de l’aide aux entreprises ? Le Maxime Bernier qui a défendu la gestion de l’offre quand ça faisait son affaire ? »

Yves-François Blanchet est resté souvent en retrait. Il a toutefois profité de son tour de parole pour s’en prendre aux médias anglophones qui ont qualifié de raciste sa déclaration de clôture du débat de TVA invitant les gens à voter pour un parti qui leur « ressemble ». Cette formule a été traduite en anglais par un mot faisant référence à l’image de la personne. « Je vais vous rappeler qu’en 2011, exactement la même phrase a été dite par [le chef libéral de l’époque] Michael Ignatieff, et en 2015, la même phrase a été dite par [le chef du NPD de l’époque] Thomas Mulcair. »

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le chef bloquiste Yves-François Blanchet appuie le projet de gazoduc GNL Québec, a été corrigée.

6 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 octobre 2019 05 h 45

    … « le Québec fera le sien » !

    « Juste parce que vous répétez quelque chose sans relâche, ça ne veut pas dire que ça devient vrai », a lancé M. Scheer. « C’est bien que vous l’appreniez, M. Scheer », a répliqué M. Trudeau, provoquant les rires du public. » (Hélène Buzzetti et Marie Vastel, Le Devoir)

    De cette pétillante citation, et sans partisanerie, il est comme remarquable d’observer que ce qui se redit sans relâche en politique semble se reproduire rarement dans les faits, sauf en-dessous de la table électorale !?!

    De cet « en-dessous » que plusieurs, de nos Formations politiques, notamment celles du Canada (« Ce » pays si loin et si proche de nulle part), aiment ou apprécient COURTISER en toute connaissance !

    De plus, et de cet « en-dessous » et des choix toujours possibles, M Blanchet (Chef, BQ), de l’exercice des Choix, affirme, avec sagesse et modestie, que …

    … « le Québec fera le sien » ! - 8 oct 2019 -

  • Bernard LEIFFET - Abonné 8 octobre 2019 07 h 20

    Cacophonique, sans profondeur, du réchauffé!

    Ce compte-rendu venant d'Ottawa, il n'y a rien de neuf sinon que le Québec, le Bloc québécois et son chef Y-F Blanchet ont fait l'objet des mêmes commentaires, sans aller en profondeur! Tout est normal pour les autres débatteurs, avec un mélange savoureux d'enguelades. Ras-le-bol au bout de 40 minutes!

  • Gilles Delisle - Abonné 8 octobre 2019 09 h 28

    Les Québécois n'auront qu'un seul choix possible

    Entre les chefs fédéraux qui veulent passer sur notre territoire avec un oléoduc et ceux qui disent ouvertement qu'ils vont s'attaquer ouvertement à la loi sur la laicité, les Québécois n'auront qu'un seul choix: celui de M.Blanchet. Dans le passé , les intérêts Québécois ont été les mieux défendus par des hommes comme Bouchard et Duccepte, du Bloc Québécois. En attendant qu'on puisse se débarrasser définitivement des '' Canadians'' et se donner un pays qui nous ressemble, notre vote est important et ne doit pas s'éparpiller entre ceux et celles qui veulent nous garder sous le joug canadien.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 8 octobre 2019 11 h 02

      Monsieur Delisle j'appuie votre commentaire! Dans le mien, le précédent, j'exprimais la même chose, mais il manque la fin!

  • Gilles Théberge - Abonné 8 octobre 2019 10 h 17

    All this is very boring !

  • Yvon Bonin - Abonné 8 octobre 2019 22 h 38

    Le débat des chefs (en anglais et bientôt en français)

    Est-ce un débat sur le Québec?
    Ces personnes se présentent pour être premier ministre du Canada (à l'exception de M. Blanchet ). Peuvent-ils parler des enjeux sur le pétrole, sur les pêcheries des provinces maritimes, sur les politiques sociales, économiques, environnementales pour les canadiens incluant les premières nations et des enjeux prioritaires pour eux, etc....
    À quoi sert un débat si aucun des participants n'exprime vraiment son opinion qui définit son parti ?