Des jeunes bloquistes en porte-à-faux avec leur chef

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, que l'on voit ici dans un local électoral de Montréal en août dernier, n'est pas contre les projets de gazoduc de GNL Québec et du 3e lien de Québec.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, que l'on voit ici dans un local électoral de Montréal en août dernier, n'est pas contre les projets de gazoduc de GNL Québec et du 3e lien de Québec.

Le refus de Yves-François Blanchet de s’opposer à la construction d’un 3e lien routier à Québec et au projet de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay indispose certains jeunes militants du Bloc québécois. Ceux-ci estiment que leur chef ne fait pas preuve de cohérence.

Le chef du Bloc québécois aime répéter que son parti est « plus vert » que le Parti vert d’Elizabeth May. Mais Yves-François Blanchet refuse de condamner un éventuel 3e lien entre les deux rives du Saint-Laurent à Québec au motif que ce débat « appartient au gouvernement du Québec ». « Sur le fond et sur le principe, le Bloc québécois n’est pas contre le 3e lien », a-t-il déclaré il y a 10 jours.

Quant à GNL Québec — un projet de gazoduc de 750 kilomètres qui traverserait la province, de l’Ontario jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay —, M. Blanchet a expliqué en entrevue avec Céline Galipeau à Radio-Canada jeudi que cela relève « de la juridiction de Québec » et qu’il n’interférera pas, même s’il s’attend à ce que le BAPE « dise que ce n’est pas un beau projet ». « J’ai été ministre de l’Environnement du Québec, j’ai été le ministre responsable du BAPE. Est-ce que moi, je vais aller désavouer le BAPE avant qu’il dépose son rapport ? »

Les jeunes militants de M. Blanchet ne sont pas totalement du même avis. Dans un groupe de discussion fermé sur Facebook auquel Le Devoir a eu accès, près d’une vingtaine de militants se sont vidé le coeur.

« Franchement, comment peut-on se prétendre pro-environnement tout en refusant de se prononcer contre le gazoduc de GNL Québec (Énergie Saguenay) et contre le 3e lien ? », a écrit Olivier Lacelle, un ancien attaché politique du député Mario Beaulieu. « On peut très bien dire : “En ce qui nous concerne, nous croyons que ces projets sont incompatibles avec les objectifs de réduction des GES, mais la décision finale appartient au peuple québécois et aux communautés locales”. Ça demande évidemment un minimum de courage politique. » M. Lacelle a refusé de parler au Devoir.

Julien Gaudreau a pour sa part écrit que le 3e lien était « un projet de jambon ». « C’est terrible. À Québec, c’est du suicide pour le Bloc, la position sur le 3e lien. » M. Gaudreau estime que ce serait un « dangereux précédent » que de « respecter toutes les positions d’un gouvernement majoritaire » au motif que le Bloc québécois doit se faire défenseur de l’Assemblée nationale. M. Gaudreau a été, sur la scène provinciale, président d’Option nationale. Il n’a pas répondu aux messages du Devoir.

De son côté, Jean Guillemette écrit que « le Bloc est dans la même situation que les autres partis canadiens, mais à plus petite échelle ». D’un côté, explique-t-il, il veut conserver les votes de ceux qui appuient ces projets, tandis que de l’autre, il ne veut pas s’aliéner les militants écologistes. M. Guillemette est encore présenté comme le secrétaire du Forum jeunesse du Bloc québécois (FJBQ, l’aile jeunesse du parti) sur le site Internet de l’organisation. Il n’a pas répondu à notre message.

Un autre bloquiste, Thierry Vadnais-Lapierre, l’approuve en disant que le Bloc aurait besoin d’être « constant » puisqu’« on se présente comme le parti qui ne parle pas des deux bords de la bouche ». M. Vadnais-Lapierre oeuvre actuellement à la campagne du candidat bloquiste Yves Perron dans Berthier–Maskinongé.

Au téléphone, M. Vadnais-Lapierre soutient que le FJBQ « n’était pas d’accord » avec GNL et que lui personnellement « était d’accord avec le Forum jeunesse ». Il tient néanmoins à adoucir ses propos. « Je ne suis pas mal à l’aise [avec la position du chef]. Je suis prêt à attendre de voir les études [du BAPE]. »

Le président du Forum jeunesse, Philippe Lavoie, a refusé de parler au Devoir. Il s’est contenté d’écrire qu’il était faux d’affirmer que le FJBQ avait officiellement pris position contre GNL. Il n’a pas voulu confirmer ou infirmer l’information selon laquelle le Forum jeunesse aurait contacté l’équipe du chef Blanchet pour le convaincre de changer de position sur ce dossier et celui du 3e lien.

Une candidate aussi ?

Vendredi, la candidate bloquiste dans Québec Christiane Gagnon, qui a déjà été députée à Ottawa, s'est finalement prononcée contre le 3e lien à Québec. La candidate bloquiste dans Saint-Jean, Christine Normandin, a aussi participé à cet échange Facebook. « Christine Normandin la citoyenne est définitivement contre ce projet [de 3e lien], mais Christine Normandin la candidate à une élection fédérale, celle qui milite en faveur du respect des compétences du Québec […] trouve difficile de venir dire à Québec quoi faire. »

En entrevue, Mme Normandin ajoute qu’elle trouverait incohérent de se prononcer sur un projet de gazoduc avant que les instances réglementaires indépendantes aient terminé leur évaluation. Elle est donc à l’aise avec l’attentisme d’Yves-François Blanchet.

Pour sa part, François Leroux écrit que « le projet GNL Québec est un vrai scénario de film d’horreur. C’est ridicule, stupide et tellement dangereux, je ne comprends pas pourquoi on ne se positionne pas là-dessus, on n’a rien à perdre ». En entrevue, il réitère son opposition, mais dit appuyer la stratégie de son chef. « On pourrait peut-être être un peu plus clair, mais notre position a du sens », conclut-il.

Ironiquement, pendant l’échange Facebook, une militante et ancienne employée du Bloc québécois a invité les participants à plus de retenue dans l’éventualité où les entrées tomberaient entre les mains de journalistes. Ce à quoi un militant a répondu : « Ça pourrait être salutaire ».

Invité à commenter ces critiques de jeunes militants, le Bloc québécois s’est contenté de dire par courriel que « c’est tout à fait naturel d’avoir des inquiétudes par rapport au projet GNL et au 3e lien. Par contre, notre parti politique oeuvre strictement sur la scène fédérale et notre position est que c’est à Québec de décider. »

Avec Marie Vastel

34 commentaires
  • Hugo Tremblay - Abonné 5 octobre 2019 06 h 09

    Incompréhensible

    J'ai toujours voté pour le bloc et je m'apprêtais à le refaire mais ces deux projets sont de la folie pour acheter si peu de votes qu'il m'est impossible de voter bloc à nouveau. Comme les verts ne sont pas crédibles et que le NPD est contre la laicité et parlent des 2 co^tés de la bouche au sujet du Québec, je ne sait pas pour qui voter. Je n'ai jamais voté de ma vie pour les PC-PLC et ne le ferai jamais. Le bloc ne semble pas tenir compte que la CAQ n'a obtenu que 37% des votes.

    • Diane Germain - Abonné 5 octobre 2019 11 h 10

      J'ai la même opinion.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 octobre 2019 13 h 19

      "Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré qu’il respectait la compétence du Québec de légiférer en matière de laïcité" - Le Devoir

      https://www.ledevoir.com/politique/canada/551869/npd-et-pl21

  • André Lafrance - Abonné 5 octobre 2019 06 h 29

    M.Blanchet et sa boussole environnementale

    M.Blanchet cherche des votes de tous les côtés, mais il devrait s'appuyer sur ce que les experts affirment sur le cul sac climatique du troisième lien de Québec. J'invite d'ailleurs les lecteurs à les consulter. En ce qui concerne le projet GNL Québec, il faut lire la lettre des 150 scientifiques québécois parue dans Le Devoir dénonçant ce projet. Le Bloc québécois a comme principe de faire écho du consensus de l'Assemblée nationale, mais ne le fait pas pour ces deux projets. À ce sujet, deux partis politiques au parlement de Québec ont formellement dénoncé ces deux projets sur la base qu'ils allaient à l'encontre de nos objectifs climatiques(Québec solidaire et le Parti Québécois).
    André Lafrance

  • Jean Jacques Roy - Abonné 5 octobre 2019 06 h 57

    « notre parti politique oeuvre strictement sur la scène fédérale et notre position est que c’est à Québec de décider. » Sic

    Cette ligne politique du Bloc fait en sorte que ce parti n’est que l’appendice fédéral du gouvernement Legault, de la CAQ. On retrouve donc dans le discours « vert » de Blanchette les mêmes contradictions de Legault, même si dans son franc parlé Blanchette qualifie sans complexe le pétrole albertain de pétrole sale !

    L’habilité de Blanchette est de savoir relever électoralement le Bloc en ajustant le discours au vent nationaliste autonomiste caquiste. Le courant indépendantiste semble complètement disparu... En fait, le Bloc a-t-il fait autre chose que d’être un parti provincialiste, porteur des politiques néolibérales adoptées par le gouvernement de passage à Québec.

  • Claude Bariteau - Abonné 5 octobre 2019 07 h 44

    Il était prévisible que Le Devoir, après les envolées de Mme Pelletier, en remette en révélant des divergences entre les plus jeunes et les moins jeunes parmi les candidatures officielles du BQ.

    Mme Buzetti vient de le faire avec un certain doigté. Néanmoins elle qualifie la position du chef Blanchet d’attentiste comme s’il fallait, à l’instar de Mme Pelletier, jeter aux poubelles deux projets ébauchés sous le gouvernement Couillard (3ième lien et GNL-Saguenay) et repris par la CAQ pour des fins électoralistes.

    Or, le Québec s’est doté d’un outils d’analyse de qualité, le BAPE, pour évaluer des projets, car il s’agit bien de projets et non de décisions. Un outil qu’a d’ailleurs voulu contourner le Canada pour imposer ses vues et son cadre analytique dans le dossier Énergie Est et qu’il entend appliquer dans le cas de GNL-Saguenay.

    Sur ces points, pas un mot de Mme Buzetti. Il n’en demeure pas moins que M. Blanchet refuse par principe d’appuyer ou de dénigrer ces projets estimant qu’il est justifié d’attendre les évaluations du BAPE avant de prendre position puisqu’il s’agit d’un outil québécois et de procédures instaurées au Québec pour bien jauger des projets de cette nature.

    Aussi je me demande pourquoi cette journaliste chevronnée et aux faits des exigences du Québec n’a pas fait du BAPE le joueur-clé dans la position de M. Blanchet dans son questionnement des candidatures bloquistes, au total, pas toutes dans la catégorie des jeunes avec Mme Gagnon, ni dans celles des muettes.

    Promoteur des institutions du Québec, en particulier du BAPE, M. Blanchet présente une cohérence, que lui ont rappelée plusieurs candidat.e.s. recruté.e.s pour faire partie de sa table-ronde visant à créer un écart entre eux/elle et le chef Blanchet.

    • Pierre Labelle - Abonné 5 octobre 2019 09 h 38

      Pierre Labelle, abonné.
      Votre commentaire monsieur Bariteau est tout à fait approprier. La position de monsieur Blanchet est en parfaite cohérence avec ce qu'il a de tout temps préconisé et défendu. Ayant été ministre de l'environnement il serait mal venu de dénigrer un "projet" avant même que le BAPE se soit prononcé sur le dit projet. Certain des jeunes Bloquistes semblent oublier que le GNL-Saguenay n'est pour le moment qu'un simple projet, comme peut-être, il en existe des dizaines d'autres dans des cartons. Alors on respire par le nez.

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 octobre 2019 10 h 46

      Monsieur Blanchet doit renoncer à ces deux projets: le 3e lien et GNL s'il veut vraiment être cohérent avec sa déclaration «d"être plus vert que les verts.»
      Il faudrait miser tous nos efforts sur la prévention d'un désastre écologique causée par les effets de serre et par les changements climatiques. La vie sur la terre vaut mieux que les projets économiques et les profits de quelques personnes qui s'enrichissent au dépend de la collectivité.
      Il faut que le Bloc renonce à ces deux projets néfastes pour l'environnement s'ils veulent retenir mon vote.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 5 octobre 2019 10 h 59

      Monsieur Bariteau,
      C’est très honorable de votre part d’appuyer le discours officiel du BQ qui, faute de position avouée concernant le projet de gazoduc au Saguenay, essaye de faire croire que c’est le BAPE qui prendra une décision politique. Le gouvernement Legault a promis de faire construire un 3e lien entre Québec et la rive sud. Le Bloc possède suffisament d’information « verte » pour savoir que ce projet est purement électoraliste, digne du temps de Duplessis qui faisait la promesse de ponts...

      La ligne politique du Bloc fait en sorte que ce parti se présente comme l’appendice fédéral du gouvernement Legault, de la CAQ. On retrouve donc dans le discours « vert » de Blanchette les mêmes contradictions de Legault, même si avec son franc parlé Blanchette qualifie sans complexe le pétrole albertain de pétrole sale !

    • Claude Bariteau - Abonné 5 octobre 2019 13 h 10

      Mme Alexan et M. Roy, demandez au PV, au NPD, au PLC et au PC s'ils accordent au BAPE la crédibilité qui lui revient dans ces deux projets, puis au BQ ce qu'il fera si le le BAPE montre clairement qu'ils auront une incidence majeure àla hausse des GES au Québec, au Canada et à l'échelle internationale ?

      Un 3ième lien est justifié à Québec. Le problème est son coût, sa localisation, ses effets négatifs concernant les GES et la diviation des sommes à investir dans le transport commun. Un projet de 3ième lien différent de celui-ci imaginé par la CAQ a sa place, ce qui était aussi le cas avec le REM, un projet imaginé par la CDPQ à l'encontre des choix des organismes de transports et des villes de l'arrondissement de Montréal.

      S'agissant de GNL-Saguenay, les études du projet initial révèlent toutes des hausses majeures de GES pour une poignée d'emploi temporaire dont tirera avantage une firme américaine associée aux pétroles de schiste de l'Alberta. Or, l'étude du BAPE est à venir et la décision n'est pas prise. Idem pour le projet actuel de 3ième lien.

      Personnellement je ne vois pas l'intérêt du projet de GNL-Saguenay et n'ai aucun atôme crochu pour le projet de 3ième lien de la CAQ. Il reste que je ne suis pas, comme bien d'autres, une personne qui prend des décisions sans connaître les incidences. Le BAPE a été précisément créé à cette fin.

      Si la CAQ choisit d'écourter ses analyses et entend procéder même si les résultats des analyses ne sont pas concluantes, ce parti se révélera totalement dans le champ. Si le BQ maintient son appui, il s'en fera complice et sa présence sur la scène politique perdra toute pertinence. M. Blanchet ne peut pas ne pas le savoir.

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 octobre 2019 14 h 12

      Il était prévisible que Le Devoir, après les envolées de Mme Pelletier, en remette en révélant des divergences entre les plus jeunes et les moins jeunes parmi les candidatures officielles du BQ.

      Le journal Le Devoir ne fait que son travail. Il n'a pas à se comporter en meneuse de claques pour une ou des formation(s) politique(s)!

    • Claude Bariteau - Abonné 5 octobre 2019 18 h 15

      M. Boulanger, Mme Buzetti est correspondante à Ottawa. Il me semble qu'elle doit connaître ce que veut dire respecter ou non le BAPE dans ces deux dossiers, ce qui n'est pas transformer son texte en meneusse de claques pour le BAPE mais en signalant que la décsion du BAPE pourrait devenir un point tournant. Or, ce point n'est pas apparu important dans la table-ronde qu'elle a suscitée alors qu'il l'est à mes yeux.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 5 octobre 2019 07 h 57

    Exprimez-vous M. Blanchet!

    Les nombreux articles fouillés d'Alexandre Shields indiquent que le projet de GNL Québec ne tient pas la route. Les autorités compétentes du gouvernement canadien vont dans la même direction. Voyons voir ce que le BAPE en dit.

    Qu'est ce qui empêche M. Blanchet de s'exprimer sur ce qui est déjà connu sur le sujet au lieu de parler la langue de bois?

    • Claude Bariteau - Abonné 5 octobre 2019 13 h 11

      Quelles autorités compétentes du gouvernement canadien ?