Finalement, Scheer est bel et bien pro-vie

Le chef conservateur, Andrew Scheer, lors de son point de presse jeudi matin devant la caserne des service des incendies d’Upper Kingsclear, au Nouveau-Brunswick.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le chef conservateur, Andrew Scheer, lors de son point de presse jeudi matin devant la caserne des service des incendies d’Upper Kingsclear, au Nouveau-Brunswick.

Après avoir fait tous les détours possibles mercredi pour éviter de dire qu’il était personnellement opposé à l’avortement — ce qui a nourri plusieurs attaques de ses adversaires durant le débat présenté à TVA —, Andrew Scheer a fini par revendiquer jeudi l’étiquette pro-vie.

« J’ai toujours été très clair sur cette question : je suis personnellement pro-vie, j’ai toujours répondu aux questions » à cet égard, a soutenu le chef conservateur lors d’un arrêt au Nouveau-Brunswick.

M. Scheer a répété que, peu importe sa position personnelle sur cet enjeu, l’important est qu’il prend « l’engagement, comme premier ministre, de ne pas rouvrir ce débat. Je vais voter contre n’importe qui voudrait rouvrir le débat ».

Le fait qu’Andrew Scheer soit pro-vie ne surprendra aucun observateur de la scène politique. Entre 2006 et 2011, il a toujours voté aux Communes en faveur des projets de loi déposés par des collègues voulant restreindre le droit à l’avortement. Il s’est par ailleurs aussi opposé au mariage gai, et a voté contre l’aide médicale à mourir. Durant la course à la direction du Parti conservateur, une vingtaine de députés pro-vie l’ont appuyé.

Mais depuis le début de la campagne électorale, M. Scheer refusait obstinément de répondre clairement aux questions portant sur sa position personnelle par rapport à l’enjeu de l’avortement. « Tu te caches à chaque réponse », lui a notamment lancé Justin Trudeau lors du débat de mercredi. Le chef libéral lui avait demandé si, « en tant que chef, en tant que leader, en tant que père, en tant que mari, [vous croyez] que les femmes ont le droit de choisir ? ». Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, l’a aussi invité à se positionner explicitement.

Les journalistes ont pris le relais des politiciens pour talonner M. Scheer après le débat. « C’est important de reconnaître le fait qu’au Canada, c’est essentiel pour notre premier ministre de ne pas rouvrir ce débat », a alors esquivé M. Scheer. Il a autrement fait valoir qu’il est « essentiel de respecter le fait d’avoir une position personnelle. Nous avons 37 millions de Canadiens, il n’y a pas de consensus » sur cette question, a-t-il dit.

« Comme une grande majorité des Québécois, je suis catholique », avait aussi suggéré M. Scheer lors du point de presse post-débat, sans expliquer ce que cela voulait dire de sa position personnelle. Les derniers recensements montrent que quelque 80 % des Québécois se disent catholiques (sans être nécessairement pratiquants). Mais un sondage Léger publié en 2018 indiquait aussi que 86 % des Québécois considèrent que l’avortement devrait être légal partout dans le monde.

Autre charge de Trudeau

Les aveux pro-vie d’Andrew Scheer sont survenus après que Justin Trudeau a profité d’un point de presse à Montréal pour enfoncer le clou qui avait poussé le chef conservateur dans les câbles mercredi soir.

« Le débat qu’on est en train d’avoir [sur l’avortement], c’est parce qu’on a un chef qui refuse de répondre à une question simple : est-ce qu’il croit que les femmes ont le droit de choisir, oui ou non ?, a soutenu M. Trudeau. […] Je pense que les femmes peuvent voir qu’Andrew Scheer ne sera pas là pour défendre leurs droits. »

De passage à Toronto, Jagmeet Singh a remarqué qu’Andrew Scheer « a eu la chance de dire » qu’il était pro-vie devant les Québécois, « mais il ne l’a pas dit. Il le dit maintenant, après les débats [où il a eu une] question tellement directe, et ça montre qu’il manque de courage ».

Sur le même thème, Justin Trudeau a promis jeudi de tenter d’améliorer l’accès aux services d’avortement partout au pays. Cet accès « peut être inégal » d’une province à l’autre, a-t-il reconnu. « Particulièrement dans les provinces où les gouvernements sont plus conservateurs », a soutenu le chef libéral.

Environnement

Justin Trudeau a par ailleurs dû défendre jeudi la décision des libéraux d’utiliser deux avions pour faire campagne à travers le Canada. Les libéraux ont fait la même chose en 2015, mais Andrew Scheer a profité du débat de TVA pour demander à M. Trudeau de justifier cette décision en apparence polluante. « Vous avez deux avions, un pour vos habits et un pour vos canots », a-t-il raillé, avant de soutenir qu’il s’agissait d’une autre preuve de « l’hypocrisie » libérale en matière environnementale.

« On a deux avions de campagne qui nous permettent de faire campagne dans tous les coins du pays, de faire plus d’événements, de rencontrer plus de Canadiens que n’importe quel autre parti politique », a précisé M. Trudeau pour se justifier jeudi, sans toutefois expliquer en quoi un seul avion ne pourrait pas lui permettre d’aller partout au Canada — puisque les deux avions se suivent.

« On a acheté des crédits carbone pour [compenser] notre transport, ce que M. Scheer n’a pas fait », a rétorqué Justin Trudeau. « C’est ce que font les conservateurs, les gens de droite [en anglais, il a parlé de « l’extrême droite »], qui nient l’existence des changements climatiques : quand ils se sentent menacées, ils essaient de détourner la conversation. »

Pour le chef conservateur, « l’argument voulant qu’acheter des crédits donne la permission de brûler plus d’essence » n’est tout simplement pas valable. Mais il n’a pas dit pourquoi les conservateurs n’achètent pas de crédit compensatoire pour l’avion qu’ils utilisent pour la campagne électorale.

Une double nationalité

Le directeur des communications de la campagne conservatrice, Brock Harrison, a confirmé jeudi qu’Andrew Scheer avait la double nationalité canadienne et américaine. Par le passé, les conservateurs avaient attaqué l’ancien chef néodémocrate Thomas Mulcair et l’ancien chef libéral Stéphane Dion à cause de leur double citoyenneté, française et canadienne. Le Globe and Mail a rapporté que le père d’Andrew Scheer est né aux États-Unis. En conséquence, M. Scheer et ses sœurs ont obtenu la nationalité américaine. Ils ont tous reçu des passeports américains lorsqu’ils étaient enfants, mais M. Scheer n’a pas renouvelé le sien. M. Harrison a ajouté que le chef conservateur avait décidé de renoncer à sa citoyenneté américaine avant le déclenchement de la campagne électorale. Andrew Scheer n’a jamais profité de sa citoyenneté américaine pour voter lors d’une élection aux États-Unis, a ajouté le porte-parole du parti. La Presse canadienne