L’environnement au coeur de la bataille électorale dans Laurier-Sainte-Marie

Le candidat libéral dans Laurier-Sainte-Marie, Steven Guilbeault
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le candidat libéral dans Laurier-Sainte-Marie, Steven Guilbeault

La veille de la grande marche sur le climat à Montréal, la candidate néodémocrate Nimâ Machouf s’est présentée devant le bureau de campagne de son rival libéral Steven Guilbeault pour le narguer avec un grand tube de carton qui représentait un « morceau du pipeline Trans Mountain ».

Accompagnée du chef adjoint Alexandre Boulerice et de d’autres candidats du Nouveau Parti démocratique (NPD) de Montréal, le message était simple : dénoncer l’hypocrisie des libéraux en matière d’environnement et souligner à gros traits qu’ils ont acheté un pipeline dans l’ouest canadien au coût de 4,5 milliards de dollars.

Mme Machouf a la difficile tâche de conserver la circonscription Laurier-Sainte-Marie — qui regroupe le Plateau-Mont-Royal et Ville-Marie à Montréal — dans le giron néodémocrate, qui a longtemps été représentée par l’ex-chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Et cette fois-ci, les libéraux misent sur l’environnementaliste Steven Guilbeault pour faire une percée.

Pour tenter de se démarquer, les candidats — qui cherchent à succéder à la députée sortante Hélène Laverdière — tentent tous de prouver que le programme de leur parti est plus vert que celui les autres.

« La première chose dont les gens me parlent aux portes quand je cogne aux portes, c’est l’environnement. C’est vraiment quelque chose qui les touche, qui les inquiète. C’est sûr que ce sera la question des urnes. Pour eux, leur choix portera sur l’environnement, spécifiquement », affirme Mme Machouf, quelques minutes après son coup d’éclat.

Un constat partagé par M. Guilbeault. « À la porte, c’est vraiment l’enjeu #1 et de loin. Huit ou neuf personnes sur 10 nous parlent d’environnement », illustre-t-il, lors d’une séance de porte-à-porte dans la circonscription.

En cette semaine pour le climat, les libéraux ont promis de rendre le Canada carboneutre d’ici 2050. Ils se sont aussi engagés à planter deux milliards d’arbres dans les 10 prochaines années qui feraient baisser les émissions canadiennes de gaz à effet de serre de 30 mégatonnes.

La réponse du chef du NPD, Jagmeet Singh, ne s’est pas fait attendre sur Twitter : « Les arbres ne cacheront pas le pipeline que vous avez acheté. Point final. »

« C’est maintenant qu’il faut prendre des mesures drastiques pour qu’on puisse combattre cette course contre la montre. On n’est plus dans les “OK, on veut être gentils pour faire quelques mesures, planter des arbres ici et là”. On est dans une crise. On fait face à une urgence. Il faut vraiment répondre à une urgence pas avec des aspirines et des plasters, mais avec des chocs », plaide Mme Machouf.

Le candidat bloquiste Michel Duchesne, lui, ratisse plus large. À son avis, le respect de l’environnement s’inscrit dans un contexte québécois. Et puis, ajoute-t-il, « tu n’es pas obligé d’être indépendantiste à l’heure actuelle pour voter pour le Bloc québécois ».

« Si les gens ont le choix entre un Canada pétrolier qui défend les paradis fiscaux, qui laisse le champ libre aux géants du Web ou un Québec qui mise sur les énergies vertes, qui mise sur la production locale, qui veut défendre sa culture et son authenticité », fait-il valoir.

Jamil Azzaoui, qui se présente pour le Parti vert du Canada dans Laurier-Sainte-Marie, a tenté de résumer pourquoi les électeurs devraient choisir son parti dans une vidéo intitulée « La leçon des cartons de couleurs » qu’il a partagée sur les réseaux sociaux.

« Ils vont tous essayer de vous faire croire qu’ils sont verts. […] Si vous voulez voter vert, votez vert », dit-il en montrant un carton de couleur verte, après avoir montré des cartons de couleurs rouge, orange, bleu foncé et bleu pâle de ses adversaires.

M. Guilbeault pense que c’est une « très bonne chose qu’il y ait une grande convergence » sur la question environnementale et que la majorité des partis s’entendent sur « un paquet d’affaires », comme plus de transport en commun, plus d’énergies renouvelables, plus d’électrification.

« Je ne veux pas dire que les plateformes sont pareilles, mais on n’est pas dans les enjeux fondamentaux en termes de différences », s’avance-t-il.

« La grande différence, pour moi, sans être un expert sur les questions électorales, ce qu’on constate, c’est qu’il y a un parti qui a plus de chances de prendre le pouvoir et qui se préoccupe sincèrement de cette question-là. Et il y a un autre parti qui a aussi des très bonnes chances de prendre le pouvoir et qui ne s’en préoccupe pas », ajoute-t-il, reprenant la ligne d’attaque de son parti contre les conservateurs.

N’empêche, l’achat du pipeline Trans Mountain vient assombrir le tableau environnemental des libéraux. Lors de la marche sur le climat de vendredi à Montréal, ils étaient quelques manifestants à interpeller le premier ministre sortant, Justin Trudeau, à ce sujet.

M. Guilbeault dit qu’il comprend tout à fait la déception des électeurs à ce sujet.

« Je ne vais pas réécrire l’histoire, mais je m’y suis opposé, je m’oppose toujours, dit-il. Je ne suis pas d’accord avec cette décision-là, alors je comprends ces gens-là qui sont déçus de ça. Mais à ces gens-là, je dis : regardez l’ensemble, regardez le bilan. »

Le candidat libéral esquisse un rare sourire pendant l’entrevue en se remémorant l’une de ses pancartes vandalisées. Il était inscrit : « Je comprends, mais je ne suis pas d’accord. »

En 2015, la néodémocrate Helène Laverdière l’avait emporté par une majorité de plus de 5000 votes aux dépens de l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe. Mme Laverdière n’est pas candidate à sa succession.