Renata Ford, un nom à double tranchant

Renata Ford soutient qu’elle ne pâtit pas de l’impopularité du premier ministre actuel.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Renata Ford soutient qu’elle ne pâtit pas de l’impopularité du premier ministre actuel.

En cette campagne électorale, Andrew Scheer prend soin de ne pas être vu aux côtés du premier ministre ontarien Doug Ford. La cote de popularité de ce dernier est si famélique qu’elle aspire vers le bas les chances électorales du Parti conservateur en Ontario. Mais le nom Ford n’a pas que du mauvais. Dans Etobicoke-Nord, c’est en misant sur ce même patronyme que le Parti populaire de Maxime Bernier espère faire un de ses rares gains au pays.

Renata Ford, la veuve du controversé maire de Toronto Rob Ford, tente de ravir cette circonscription de l’ouest de la ville. C’est ici que Rob se faisait élire sur la scène municipale, et c’est ici que règne aujourd’hui son neveu Michael, qui ne porte le nom dynastique que parce qu’il a abandonné celui de son père. C’est surtout ici que s’est fait élire à l’échelon provincial Doug, le frère de l’ex-maire.

En entrevue avec Le Devoir, Mme Ford soutient qu’elle ne pâtit pas de l’impopularité du premier ministre actuel. « J’ai toujours été aux côtés de mon mari, je l’ai aidé pendant les campagnes électorales, pendant ses 16 années [de vie politique]. Alors les gens m’associent à Rob », dit-elle. Et Rob, n’en déplaise à ses détracteurs, est très aimé, soutient-elle.

« Les gens d’Etobicoke-Nord nous ont appuyés, mon mari et moi, à travers les périodes très difficiles. Je veux leur rendre la pareille. Partout où je vais, les gens me racontent de belles histoires à propos de Rob, comment il les a touchés et comment il les a aidés. C’est un plaisir. »

On sent la méfiance de l’équipe de Renata envers le beau-frère de cette dernière. Quand un électeur fait irruption dans le local électoral pour s’informer du programme du Parti populaire, d’emblée, le directeur de campagne murmure que c’est peut-être « un espion de Doug ».

La relation n’est pas au beau fixe entre Doug et Renata. Cette dernière le poursuit en justice pour 16,25 millions de dollars, alléguant qu’il gère mal l’entreprise familiale. La cause n’a pas encore été entendue. Lorsque la poursuite a été déposée, la mère de la fratrie Ford, Diane, avait publié une déclaration alléguant que Renata avait de « sérieux problèmes de dépendance ». Renata Ford a écopé d’un interdit de conduite de deux ans après avoir été pincée en 2016, quelque temps après le décès de son mari, pour conduite avec les facultés affaiblies.

Lors de son entrée officielle en politique, en juin dernier, Renata a soutenu qu’elle allait mieux. « Je suis plus en santé, je suis plus forte, j’ai beaucoup d’appui. Beaucoup de gens traversent des périodes difficiles et s’en sortent. »

En entrevue, elle évite de parler de son beau-frère. « Doug est le premier ministre, les gens l’ont élu et dans quatre ans, ils pourront lui montrer la porte », se borne-t-elle à dire. Doug Ford appuie Andrew Scheer. Mme Ford explique s’être plutôt rangée du côté de Maxime Bernier parce que son mari l’aimait bien.

« Mon mari Rob Ford avait appuyé la candidature de Maxime Bernier à la chefferie du Parti conservateur. Il pensait qu’il était la bonne personne pour le poste. Quand cela n’est pas arrivé et que Maxime a lancé son propre parti, j’ai senti que ça me rejoignait et que ça rejoindrait les gens d’Etobicoke-Nord. »

Des chances ?

Lorsque la Commission des débats des chefs a voulu savoir si elle devait inviter Maxime Bernier aux joutes télévisées, elle a commandé un sondage à la firme Ekos Research pour déterminer les chances d’élection de quatre candidats, dont Renata Ford. Des quatre, c’est elle qui a recueilli le plus haut taux d’appuis « certains », à 15,3 %. La pente demeure difficile à remonter : en 2015, la candidate libérale Kristy Duncan a remporté son siège avec 62 % des voix, contre 23 % pour le Parti conservateur et 12 % pour le NPD.

Renata ne se laisse pas impressionner. Elle estime que Mme Duncan a joui de l’appui des jeunes, qui désiraient la légalisation de la marijuana. « Je pense que beaucoup de gens qui ont voté la dernière fois votaient pour la première fois et ne voteront pas cette fois-ci. »

Le niveau de revenus dans Etobicoke-Nord est significativement inférieur à la moyenne provinciale. La circonscription est aussi extrêmement multiculturelle, avec une forte population indienne, somalienne, philippine et tamoule. Entre autres. Renata Ford ne pense pas pour autant que le discours du Parti populaire contre « l’immigration de masse » lui nuira. Au contraire.

« Les gens ont vu ce que donne l’immigration de masse en Europe, dit-elle. Ça ne fonctionne pas. Les gens ont des problèmes et on ne veut pas cela ici. On vit dans une société pacifique et les gens veulent continuer à vivre dans une société pacifique. Et ça apportera des problèmes sociaux si on amène trop de gens et qu’il n’y a pas assez de ressources. Ça créera des tensions. » Elle donne l’exemple de Toronto, où s’installe une très grande partie des nouveaux arrivants et des migrants irréguliers. Cela cause, dit-elle, une pénurie de logements. « À Toronto, ça déborde. Nos infrastructures en souffrent. »

Elle ne croit pas davantage que les reportages faisant état de membres de l’extrême droite appuyant le Parti populaire lui nuiront. Car ici, dit-elle, les gens sont habitués à élire des gens malgré la mauvaise presse. « Les gens aimaient le maire de Toronto. Alors quand les médias attaquaient Rob, ils se sont portés à sa défense. Ils savaient qu’il était une bonne personne, authentique, un bon politicien. Ils le respectaient et Rob les respectait. […] Les gens de ma circonscription sont habitués à cela, alors ils regardent au-delà de ça. »