Hydro-Québec devra fournir sa part d’efforts, dit May

La cheffe Elizabeth May lors de son premier passage à Montréal depuis le début de la campagne, jeudi
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La cheffe Elizabeth May lors de son premier passage à Montréal depuis le début de la campagne, jeudi

L’urgence climatique aura aussi des répercussions pour Hydro-Québec, estime Elizabeth May. La cheffe du Parti vert du Canada (PVC) a affirmé vendredi que la société d’État devrait réorienter ses exportations sur un axe est-ouest plutôt que vers le sud. Cela pour contribuer à l’objectif de rendre l’électricité canadienne 100 % renouvelable d’ici 2030.

Pour son premier arrêt québécois dans cette campagne électorale — à la veille de la grande marche pour le climat —, Mme May a soutenu qu’il est primordial que le Canada ait « un réseau électrique sans carbone ». Et qu’Hydro-Québec devra donner un coup de main aux provinces qui utilisent le nucléaire ou le charbon (l’Ontario et les Maritimes).

60 %
C’est le pourcentage de réduction des gaz à effet de serre que vise le Parti vert du Canada d’ici 2030, par rapport aux émissions de 2005.

« C’est possible aussi d’avoir de l’énergie solaire, éolienne, géothermique, a-t-elle dit depuis Montréal. […] Mais la chose la plus importante, c’est d’éliminer les sources d’énergies fossiles dans l’électricité » utilisée au Canada. Les verts proposent dans les faits une sorte de corridor énergétique national (comme les conservateurs)… mais à la différence notable qu’il serait dédié aux énergies renouvelables, a indiqué Elizabeth May.

Et que ferait-elle des contrats d’exportation déjà signés par Hydro-Québec ? Comment composer avec les ambitions du gouvernement Legault pour que le Québec devienne la « batterie » verte du nord-est américain ? À cela, la cheffe des verts a commencé par dire qu’il ne « serait pas nécessaire d’annuler l’exportation », et qu’il va « falloir trouver une façon de travailler ensemble ».

Mais ultimement, « nous sommes dans une situation d’urgence », a fait valoir Mme May, qui anticipe « l’effondrement de la civilisation » à cause de la crise climatique. « Je dis : il faut négocier les contrats qui existent maintenant. C’est inacceptable de dire à nos enfants : “Oh ! Désolé, il y a des contrats et des contraintes”. Leur avenir est menacé, on doit faire des efforts sans précédent. »

Pétrole canadien

Ces efforts impliquent aussi que le Canada cesse d’acheter du pétrole étranger — l’an dernier, 32 % du pétrole consommé au Canada provenait d’autres pays — et qu’il consomme plutôt le pétrole canadien durant la période de transition énergétique (jusqu’en 2030).

Cet élément du programme du PVC a été la source d’interprétations diverses, mais Elizabeth May l’a réitéré clairement jeudi. Selon elle, « c’est possible d’utiliser le pétrole des sables bitumineux seulement dans l’ouest, ce n’est pas nécessaire de le déplacer vers l’est. Dans l’est, on a le pétrole produit sur la plateforme Hibernia », à Terre-Neuve. Le plan vert implique que les « sables bitumineux [ne seront plus utilisés] comme source d’énergie fossile en 2030 ».

Dévoilée en mai, cette position avait été mal reçue par le chef du Parti vert du Québec (PVQ). « Proposer de continuer à exploiter les sables bitumineux, ça n’a pas de sens », avait indiqué au Devoir Alex Tyrrell.

Elizabeth May n’a pas apprécié cette sortie. « Je ne comprends pas le problème [des verts québécois]. Comme verte, j’essaie toujours d’employer des mots positifs envers les autres verts. Si le PVQ a une autre idée, [ça le regarde] et ce n’est pas grave. J’ai parlé [à Alex Tyrrell], il ignorait les détails. Alors, c’est à lui de faire sa carrière avec son avis, mais pour nous il s’agit d’avoir une position réaliste et d’offrir un plan qui marche au niveau fédéral. »

Le plan des verts vise une réduction de 60 % des gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 2005), pour avoir zéro émission d’ici 2050. Il prévoit aussi l’annulation de l’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain, le pipeline acheté par le gouvernement Trudeau. « C’est impossible d’être carboneutre en 2050 [comme le promettent aussi les libéraux] avec un oléoduc en 2020, a lancé Mme May. Ce n’est pas un sujet de débat, c’est une impossibilité scientifique. »

C’est inacceptable de dire à nos enfants : “Oh ! désolé, il y a des contrats et des contraintes”. Leur avenir est menacé, on doit faire des efforts sans précédent.

Elle a ainsi réitéré que le PVC n’appuierait « jamais » un gouvernement minoritaire qui n’aurait pas de plan crédible et vérifiable en matière d’environnement — et encore moins qui ferait la promotion de Trans Mountain.

Cadre financier

Par ailleurs, Elizabeth May a reconnu un cafouillage autour de la présentation du cadre financier de son parti, mercredi. Celui-ci s’appuyait sur une vérification des 24 promesses les plus importantes par le Directeur parlementaire du budget (DPB). Mais quand l’Institut des finances publiques et de la démocratie — qui a été fondé à l’Université d’Ottawa par un ancien DPB, Kevin Page — a passé en revue ce cadre financier, mercredi, il lui a accordé une note générale d’« échec » (autant en matière de réalisme fiscal des propositions, de transparence et de gestion fiscale responsable).

« Il y a eu un problème avec la présentation de notre cadre, a expliqué Mme May. Nous avons travaillé fort mais dans la présentation, il manquait quelques pages. Je pense qu’avec un peu de temps, avec tous les papiers, Kevin Page sera content de notre travail. »