Sondage Léger–«Le Devoir»: le portefeuille avant la planète

Les questions économiques — et l’incidence des promesses sur le portefeuille des électeurs — influenceront davantage le vote que celles liées à l'environnement, selon le sondage.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les questions économiques — et l’incidence des promesses sur le portefeuille des électeurs — influenceront davantage le vote que celles liées à l'environnement, selon le sondage.

Prioritaire, la question de l’environnement pour les électeurs canadiens ? Pas tellement, suggère le deuxième volet d’un sondage Léger mené pour Le Devoir. En plein milieu de la semaine du climat, les résultats montrent en effet que c’est d’abord « l’économie et les taxes » qui influenceront le vote du 21 octobre.

Des enquêtes menées en amont de la campagne électorale laissaient entendre que l’environnement serait le grand enjeu de préoccupation des Canadiens cet automne. Mais selon le coup de sonde de Léger, ce sont bien les questions économiques — et l’incidence des promesses sur le portefeuille des électeurs — qui influenceront le plus le vote : 43 % des 2153 répondants ont choisi l’économie comme principal facteur décisionnel.

À cette question, l’environnement et la lutte contre les changements climatiques (16 %) arrivent derrière les « enjeux sociaux et l’aide aux plus démunis » (19 %). Dernier thème suggéré par la firme de sondage, l’immigration et l’identité conditionneraient le vote de 7 % des électeurs.

Les jeunes Canadiens (18-34 ans) ne font pas exception à la tendance : ils sont 35 % à nommer l’économie comme premier facteur d’influence de leur vote, alors que 22 % d’entre eux disent plutôt l’environnement.

Ce sont les Québécois du même âge qui semblent plus préoccupés par cette question. Ils sont ainsi 34 % à identifier la question climatique comme étant un enjeu qui influencera le plus leur vote, contre 24 % qui retiennent l’économie.

De manière plus large, le Québec se singularise avec une préoccupation plus grande pour l’environnement (21 %), mais l’économie demeure la question qui influencera le plus (36 %) la décision des Québécois. Thème grandement discuté lors de la dernière campagne électorale québécoise, l’immigration et l’identité passent cette fois au quatrième plan (10 %).

Une autre question posée par la firme de sondage met en lumière que rares sont les Canadiens (6 %) pour qui l’enjeu environnemental est « le seul enjeu prioritaire » lorsqu’ils vont voter. Pour 51 % des répondants, c’est plutôt « un des enjeux prioritaires ». Près de quatre personnes sur dix en font « un enjeu comme les autres » (26 %), ou pas un enjeu du tout (12 %). Ce sont les électeurs conservateurs qui sont les plus nombreux (63 %) à juger mineure l’influence de cette question sur leur vote.

Le Québec suit en ce sens la tendance nationale. Parmi les 1028 répondants québécois, 6 % en font le seul enjeu prioritaire, 58 % un des enjeux prioritaires, 25 % un enjeu comme les autres, et 7 % ne s’en préoccupent nullement.

 

 

Quel parti ? Interrogés sur la question de savoir quel parti représente le mieux leur opinion sur les questions environnementales et la lutte contre les changements climatiques, 28 % des répondants ont indiqué le Parti Vert du Canada, dirigé par Elizabeth May. Les libéraux de Justin Trudeau (15 %) et les conservateurs d’Andrew Scheer (14 %) suscitent deux fois moins d’adhésion.

Le Nouveau Parti démocratique — qui aime à dire qu’il propose le meilleur plan environnemental — n’est ici le choix que de 5 % des répondants, deux points devant… le Parti populaire du Canada de Maxime Bernier, souvent qualifié de climatosceptique.

Les verts fédèrent des appuis même chez ceux qui ne votent pas pour eux : le quart des répondants qui se disent libéraux, le cinquième des conservateurs et le tiers des néodémocrates jugent à tout le moins que le Parti vert représente le mieux leur propre opinion sur les questions environnementales.

Au Québec, les résultats à cette même question placent les verts premiers (31 %), suivis des libéraux (13 %), du Bloc et des conservateurs (8 %), puis du NPD (4 %). Mais près du tiers des électeurs libéraux et bloquistes, et près de la moitié de ceux qui votent pour les néodémocrates, jugent que le PVC est plus au diapason de leurs convictions sur cet enjeu.

Quel bilan ? Le bilan environnemental du gouvernement Trudeau est jugé positif par 21 % des répondants, contre 33 % qui l’estiment négatif. Entre les deux, 37 % jugent qu’il n’est ni positif, ni négatif.

Les Ontariens sont les plus enclins à évaluer positivement le gouvernement Trudeau à cet égard (26 %), alors que les Québécois se démarquent par un jugement plus négatif. Avec 15 % d’avis positifs, c’est la province la moins enthousiaste.

Pour des raisons peut-être inverses — Justin Trudeau est souvent critiqué au Québec pour l’achat d’un pipeline, mais houspillé en Alberta et dans les Prairies pour l’imposition d’une taxe carbone —, on note que les répondants de l’Alberta et des Prairies sont les plus sévères à son égard : près de 45 % qualifient de négatif le bilan environnemental du gouvernement Trudeau.

Au Québec, 35 % des répondants jugent négatif le bilan vert des libéraux, alors que 40 % en ont une opinion neutre.

Des répercussions ? Autre élément révélé par le sondage : les changements climatiques commencent à affecter les Canadiens sur un plan personnel. Ils sont 12 % à répondre qu’ils sont « beaucoup » affectés, alors que 41 % répondent « assez » à la même question. À l’inverse, 28 % se disent « peu » affectés, et 15 % ne le sont pas du tout. Les chiffres sont similaires au Québec.

Lorsque la question porte sur les effets négatifs des changements climatiques sur la communauté ou le milieu de vie des répondants, ils ont un peu plus nombreux (58 %) à répondre qu’ils ressentent un impact.

Le sondage a été mené en ligne auprès de 2153 Canadiens. Le suréchantillon de répondants québécois (1028 personnes) a été pondéré pour que les résultats nationaux demeurent valables. Les sondages menés en ligne ne sont pas probabilistes, mais un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 2,1 % dans 19 cas sur 20.

À voir en vidéo