Le Bloc québécois veut qu’Ottawa règle le différend avec la Chine

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a dit croire que les agriculteurs québécois et canadiens «paient les frais d’une stupidité du gouvernement fédéral» dans la guerre commerciale avec la Chine.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a dit croire que les agriculteurs québécois et canadiens «paient les frais d’une stupidité du gouvernement fédéral» dans la guerre commerciale avec la Chine.

Le Bloc québécois réclame d’Ottawa qu’il utilise tous les outils diplomatiques à sa disposition pour négocier avec la Chine afin de résoudre le différend commercial qui affecte durement l’industrie agricole.

De passage au siège social de l’Union des producteurs agricoles (UPA), mercredi à Longueuil, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a dit croire que les agriculteurs québécois et canadiens « paient les frais d’une stupidité du gouvernement fédéral » dans la guerre commerciale avec la Chine.

Selon lui, le Canada aurait dû se « mêler de ses affaires » dans le dossier de l’arrestation de la directrice des finances de Huawei, Meng Wanzhou, et ne pas se plier à la demande des États-Unis de procéder à son arrestation en vue d’une extradition, mais puisqu’il a mis « le bras dans l’engrenage », le chef bloquiste dit espérer « que le gouvernement canadien est déjà en discussion avec la Chine sur cet enjeu-là. Je ne peux pas croire que chacun est assis sur sa petite chaise au bout de la table et qu’ils ne se parlent pas. »

Verrouiller la gestion de l’offre à double tour

Parallèlement, il a réitéré sa demande d’un programme de soutien aux producteurs de porc mis à mal par ce conflit et a réitéré sa promesse de déposer un projet de loi pour interdire toute future brèche dans la gestion de l’offre, comme cela s’est produit avec ce qu’il appelle « les trois trahisons » des dernières ententes de libre-échange conclues avec l’Europe, l’Asie-Pacifique et les États-Unis.

« Il faut sortir la gestion de l’offre des négociations commerciales pour éviter que ça devienne plus catastrophique encore », a-t-il plaidé.

Yves-François Blanchet a aussi détaillé des propositions visant à favoriser la relève agricole et à soutenir les « rénovations vertes », dont l’implantation de la géothermie dans le secteur agricole.

Sa proposition d’éliminer les pesticides tueurs d’abeilles, les néonicotinoïdes, en quatre ans avec un programme de 300 millions $ pour assurer la recherche et le soutien aux producteurs agricoles, a été plutôt bien accueillie par le syndicat agricole.

« C’est sûr que ça prend de l’accompagnement auprès des producteurs, un transfert de connaissances, des recherches et des méthodes vérifiées et avérées qui sont adéquates pour remplacer les pesticides », a déclaré le président de l’UPA, Marcel Groleau, à l’issue de la rencontre, tout en martelant que le dossier de la guerre commerciale avec la Chine demeure la priorité la plus urgente de ses membres.

Protéger les fleurons, dont SNC-Lavalin

Plus tard en après-midi, M. Blanchet s’est rendu aux abords de l’usine BRP, à Valcourt, qui construit des motoneiges et autres produits récréatifs, pour présenter sa stratégie de protection des fleurons de l’économie québécoise.

Il réclame ainsi une véritable stratégie canadienne de l’aéronautique pour soutenir ce secteur et une modification de certaines lois canadiennes pour mieux protéger les entreprises contre les prises de contrôle. Par exemple, il suggère que le seuil de 1 milliard $ à partir duquel le gouvernement fédéral a le pouvoir de bloquer une prise de contrôle étrangère soit abaissé à 300 millions $, un aménagement fiscal pour favoriser le transfert d’entreprises à la génération suivante plutôt qu’une vente à des intérêts extérieurs et un fonds d’investissement pour soutenir le démarrage de nouvelles entreprises ici plutôt que la vente de leurs brevets.

Yves-François Blanchet rappelle que, de nos jours, l’écrasante majorité des entreprises qui s’installent ou se développent sur un territoire bénéficient presque systématiquement d’une aide de l’État : « Si l’État met de l’argent dans le développement d’une entreprise, l’État a minimalement le droit de mettre des conditions. »

Le Bloc réclame aussi des négociations immédiates avec SNC-Lavalin en vue de conclure un accord de réparation, bien qu’il sache qu’une telle demande risque d’être totalement ignorée en raison de la crise que ce dossier a engendrée au sein du gouvernement Trudeau.

« On va renoncer à 3500 emplois, à un siège social, à une expertise, à une entreprise qui, malgré sa très mauvaise gouvernance à une certaine période, reste un fleuron québécois parce que les libéraux et les conservateurs ont décidé de la prendre comme champ de bataille de politique partisane à Ottawa ? Ça reste profondément inacceptable. Les 3500 personnes qui travaillent chez SNC Lavalin n’ont rien fait de mal. »

Sondage : optimisme prudent

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet refuse de s’emballer face à la montée des intentions de vote pour son parti.

Un sondage Léger réalisé pour le quotidien Le Devoir montre que le Bloc est désormais en tête des intentions de vote chez les francophones, avec 29 pour cent d’appuis, soit trois points devant les libéraux, ce qui encourage Yves-François Blanchet à maintenir le cap : « Quand on court et qu’on monte une côte, on ne sprint pas ; on la monte avec un rythme régulier, constant et on regarde en haut où on veut s’en aller. Ce sondage nous dit qu’on est dans la bonne direction sur la côte et qu’on court vers le haut à un rythme constant. »