Scheer vise les rénos vertes, Trudeau les inondations

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, lors d’une annonce dans une quincaillerie de Jonquière, au Saguenay, mercredi.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, lors d’une annonce dans une quincaillerie de Jonquière, au Saguenay, mercredi.

Justin Trudeau et Andrew Scheer se sont de nouveau livrés à de la surenchère électorale, cette fois-ci en promettant chacun d’aider les Canadiens à payer leurs rénovations vertes. Et pour les propriétaires qui craignent les catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes, le chef libéral s’engage à créer un programme national d’assurance inondation ainsi qu’une nouvelle prestation d’assurance-emploi pour ceux qui doivent s’absenter du travail pour gérer les dégâts.

Le plan libéral reste à définir et Justin Trudeau avait peu de détails à offrir mercredi. La future prestation d’assurance-emploi serait offerte à compter de 2021. Toutefois, les libéraux n’ont pas précisé le nombre de jours dont les travailleurs pourraient bénéficier, ni si les cotisations des Canadiens seraient augmentées pour la payer.

« Lorsqu’une catastrophe nationale est déclarée, nous devons soutenir les gens qui n’ont plus de revenus pendant cette période de crise », a fait valoir M. Trudeau.

Le Dr Blair Feltmate, qui dirige le Centre Intact sur l’adaptation climatique de l’Université Waterloo, rapporte qu’en 2014 les victimes d’un orage violent à Burlington ont raté en moyenne 7,1 journées de travail pour gérer l’inondation de leur sous-sol. Il était tombé 192 mm de pluie en huit heures. Mais les débordements de cours d’eau s’échelonnent sur plusieurs jours, voire des semaines, et dans ces cas les propriétaires doivent s’absenter encore plus longtemps, note M. Feltmate.

Les libéraux promettent en outre de créer un programme national d’assurance contre les inondations pour les propriétaires domiciliaires qui ne sont pas suffisamment couverts, qui serait géré par la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Les résidents de zones inondables et de zones à risque élevé seraient admissibles. Là encore, le parti n’a pas précisé la facture de l’initiative ni le prix qu’il faudrait payer pour y souscrire ou la hauteur des dommages qui seraient couverts. D’abord faut-il consulter les provinces et les assureurs, ont indiqué les libéraux. Le gouvernement québécois a refusé de faire des commentaires.

Un gouvernement libéral plancherait également sur un plan pour aider les propriétaires inondés à se relocaliser. Et il verserait 150 millions pour améliorer la cartographie des zones inondables du pays. Le fédéral possède déjà un programme de 200 millions, mais les provinces n’avaient demandé qu’une mince part des fonds en date du printemps dernier.

M. Feltmate voit d’un bon oeil la création d’un programme d’assurance national. « Mais ce serait dangereux si on en restait là », dit-il. Ottawa doit en échange exiger que les propriétaires et les municipalités prennent des mesures pour atténuer les risques d’inondation. Autrement, le programme fédéral dédommagera les citoyens à répétition.

Multiplication des sinistres

Entre 5 % et 8 % des propriétaires domiciliaires ne sont pas assurés en cas d’inondation (environ 800 000 maisons).

Alors qu’entre 1983 et 2008 les compagnies d’assurances remboursaient en moyenne de 250 à 450 millions par année en pertes subies lors de sinistres catastrophiques, ce montant atteignait 1,8 milliard en moyenne entre 2009 et 2018. Plus de la moitié de ces sommes a servi à rembourser des victimes d’inondation, selon M. Feltmate.

« Je suis étonné qu’on n’ait pas mis en oeuvre des mesures d’adaptation aux changements climatiques bien plus rapidement, parce que le risque est déjà là. Et les phénomènes météorologiques extrêmes que nous vivons aujourd’hui sont loin d’être aussi extrêmes que ce qui s’en vient », souligne-t-il.

Le Bureau d’assurance du Canada a lui-même suggéré à Ottawa de créer un programme national. Mais le BAC proposait qu’il soit temporaire, en attendant que les villes et les provinces trouvent des moyens de réduire les risques pour les propriétés. « Si ça devient permanent, il n’y aura plus d’incitatif pour les gouvernements à sortir les gens de ces zones-là », explique Pierre Babinsky.

De l’argent pour les rénos vertes

Justin Trudeau promet par ailleurs un prêt sans intérêt pour payer les rénovations écoénergétiques, qui pourrait atteindre 40 000 $ et être remboursé sur dix ans. Un montant incitatif de 250 $ à 750 $ serait offert. Les libéraux offriraient aussi une subvention maximale de 5000 $ à l’achat d’une maison neuve à zéro émission nette.

La majorité de ces mesures seraient payées par les budgets de la SCHL et du fédéral, ce qui fait que le Parti libéral estime leur coût net à 70 millions en 2020 et à 20 millions en 2023.

Le chef conservateur a pour sa part promis de ramener le crédit d’impôt pour les rénovations vertes pendant deux ans. À hauteur de 20 % pour des rénovations de 1000 $ à 20 000 $, ce crédit d’impôt pourrait représenter des économies de 3800 $. La mesure coûterait 900 millions par année.

Andrew Scheer a cependant dû défendre son plan environnemental, présenté en juin dernier. Des experts estiment qu’il ne suffirait pas pour atteindre les cibles de réduction de GES du parti, soit de 30 % d’ici 2030 par rapport à 2005.

M. Scheer a affirmé qu’il y parviendrait, sans toutefois pouvoir préciser en mégatonnes la cible qu’il s’est engagé à atteindre (513 Mt, alors que les émissions du Canada s’élevaient à 716 Mt en 2017).

« Ce plan nous offre la meilleure chance d’atteindre nos cibles de [l’Accord de] Paris », a-t-il néanmoins martelé.

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