Pas d'effet «blackface» pour Trudeau dans les intentions de vote

Le premier ministre était de passage en Colombie-Britannique mardi.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le premier ministre était de passage en Colombie-Britannique mardi.

La polémique du blackface n’a pas affecté les appuis de Justin Trudeau : un sondage Léger mené pour Le Devoir place ainsi les libéraux et les conservateurs exactement au même point que la semaine dernière. Mais ce portrait national stable cache des mouvements au Québec, où le Bloc québécois est maintenant le plus populaire auprès des francophones.

Réalisé du 20 au 24 septembre, le coup de sonde de Léger accorde 34 % des intentions de vote national au Parti libéral du Canada (PLC), un point devant le Parti conservateur du Canada. Loin derrière se trouvent le Nouveau Parti démocratique (NPD, 13 %) et le Parti vert du Canada (PVC, 11 %).

C’est là une copie conforme des résultats enregistrés par Léger la semaine dernière, juste avant que ne soient dévoilées trois photos d’un jeune Justin Trudeau au visage peint en blackface. Les adversaires du chef libéral ont vu dans ces images ce qu’ils estiment être une preuve de plus du manque de jugement de M. Trudeau, et ils martèlent ce thème depuis.

Les chiffres de Léger montrent toutefois que ce n’est qu’au Québec que les libéraux ont perdu des appuis dans les derniers jours.

En une semaine, les libéraux ont vu leur avance passer de 14 à 9 points. Léger accorde au PLC 32 % des intentions de vote chez les Québécois, alors que les conservateurs et les bloquistes sont maintenant à 23 %. Le NPD (9 %, en hausse de deux points) et les verts (8 %, en baisse de deux points) suivent, devant le Parti populaire de Maxime Bernier. Celui-ci, avec 3 % d’appuis, ne sort pas de la marge d’erreur.

« Au Québec, le blackface a beaucoup été couvert sous l’angle du "pas fort, mais pas grave" », remarque Christian Bourque, vice-président de la firme de sondage. « Mais pourtant, on voit que ça a eu un impact pour les libéraux — et que les autres en bénéficient. »

Les bloquistes d’Yves-François Blanchet se réjouiront ainsi de pointer en tête des intentions de vote chez les francophones, avec 29 % d’appuis. L’avance est modeste (trois points devant les libéraux, qui en ont perdu quatre en une semaine ; cinq points devant les conservateurs), mais il y a maintenant « un potentiel pour le Bloc québécois d’aller chercher des sièges » au-delà de ceux remportés en 2015, pense M. Bourque.

Les conservateurs sont théoriquement au coude à coude avec le Bloc québécois, mais Christian Bourque relève qu’ils ont au Québec le même problème qu’au Canada : un vote très concentré — et par extension, peu payant en terme de sièges. À ce titre, la région de Québec (44 % d’appuis) joue un peu le même rôle que l’Alberta (54 %) et les Prairies (48 %) pour les conservateurs.

Les libéraux dominent largement dans la région de Montréal (une vingtaine de points d’avance). Le vote en dehors des régions de Québec et de Montréal se divise entre les trois formations, le Bloc détenant ici une légère avance (trois points).

Le sondage montre autrement que les libéraux sont toujours en tête en Ontario (40 % d’appuis, soit neuf points devant les conservateurs). Ils dominent aussi dans les provinces atlantiques, mais le faible échantillon incite à prendre ce résultat avec circonspection.

Deuxième choix

Globalement, les répondants québécois (ils étaient 1028) sont plus enclins à dire que leur vote pourrait changer : 53 % des Québécois sont certains du choix qu’ils feront le 21 octobre. À l’échelle canadienne, près de deux répondants sur trois (63 %) ont répondu la même chose. Tant au Canada qu’au Québec, c’est le vote vert et néodémocrate qui paraît le plus sujet à changement.

 
53 %
C’est le pourcentage d’électeurs québécois qui ont déjà fait leur choix pour le 21 octobre. À l’échelle du pays, près de deux répondants sur trois (63 %) ont répondu la même chose.

Quand on demande aux répondants quel serait leur deuxième choix — une manière de mesurer le potentiel de croissance —, c’est le NPD de Jagmeet Singh qui obtient le plus de faveurs (21 %). Les verts (15 %), les libéraux (13 %), les conservateurs (10 %) et le Parti populaire (8 %) suivent.

Au Québec, c’est aussi le NPD qui est le deuxième choix le plus populaire (19 %), alors que le Bloc, les conservateurs, les libéraux et les verts obtiennent tous 13 % ou 14 %.

Qui ferait le meilleur premier ministre ? Pas de changement ici par rapport à la dernière lecture de Léger, Justin Trudeau demeure premier avec 27 %, six points devant Andrew Scheer. M. Singh (9 %) et Elizabeth May (cheffe du PVC, 7 %) sont derrière. Au Québec, Maxime Bernier (5 %) vole l’avant-dernière place à Mme May (4 %).

Legault soutenu

Le sondage montre aussi que les Québécois soutiennent largement les revendications faites par le premier ministre Legault envers les chefs des partis fédéraux. Chacune des demandes (plus de pouvoirs en immigration, application de la loi 101 dans les entreprises de compétence fédérale, pas d’intervention fédérale pour contester la Loi sur la laïcité, etc.) obtient un taux d’assentiment de plus de 65 %.

 
65 %
C’est le pourcentage d’appui que reçoit le premier ministre François Legault concernant ses revendications aux chefs des principaux partis fédéraux.

Le sondage a été mené en ligne auprès de 2153 Canadiens. Le suréchantillon de répondants québécois (1028 personnes) a été pondéré pour que les résultats nationaux demeurent valables. Les sondages menés en ligne ne sont pas probabilistes, mais un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 2,1 % dans 19 cas sur 20.

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