Premier jet libéral d’une assurance médicaments

Le chef libéral a assisté lundi à la pesée de la petite Ellie Lima, âgée d’un an, à Hamilton, en Ontario.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef libéral a assisté lundi à la pesée de la petite Ellie Lima, âgée d’un an, à Hamilton, en Ontario.

C’est une vieille promesse néodémocrate : c’est maintenant aussi une promesse libérale. Justin Trudeau a confirmé lundi l’engagement des libéraux à mettre en place un régime d’assurance médicaments universel, parmi d’autres mesures d’un plan d’investissement de six milliards en santé. Mais les contours du plan demeurent toutefois flous, de même que son échéancier.

Les libéraux promettent que cet argent servira à « soutenir un régime d’assurance maladie et un régime public de soins de santé plus fort ». La santé étant un champ de compétence provinciale, Justin Trudeau a reconnu d’emblée qu’il faudra négocier avec les provinces. Et il en a profité pour attaquer son adversaire Andrew Scheer par la bande. « Qui voulez-vous voir à la table pour négocier avec [le premier ministre conservateur ontarien] Doug Ford quand il s’agit de santé ? », a répété comme un mantra le chef libéral durant son point de presse à Hamilton.

 

Au-delà de ces négociations, les libéraux promettent aux Canadiens de favoriser l’accès à un médecin de famille, d’établir des « standards nationaux clairs » concernant l’accès aux services de santé mentale et d’améliorer l’accès aux soins à domicile et aux soins palliatifs.

Le gros morceau de l’annonce de lundi concernait toutefois l’engagement de créer un régime national d’assurance médicaments. « Nous reconnaissons que trop de Canadiens [près d’un million] doivent choisir entre payer leur épicerie et payer leurs médicaments, a indiqué Justin Trudeau. On a pris des mesures concrètes depuis quatre ans pour réduire le prix des médicaments à travers le pays […], mais il y a encore beaucoup à faire. »

Les recommandations du Conseil consultatif sur la mise en oeuvre d’un régime d’assurance médicaments — qui a remis son rapport final l’été dernier — serviraient de guide à un futur gouvernement Trudeau 2. Les experts concluaient alors que le Canada devait mettre sur pied un régime universel (offert à tous les Canadiens) et public (donc financé et administré par une autorité publique).

Quel régime ?

En coulisses, les libéraux faisaient valoir lundi qu’il est trop tôt pour présumer de la teneur du futur régime. Ce sont les négociations avec les provinces qui détermineront ses contours, ses modalités de fonctionnement et, par extension, ses coûts. Le Conseil consultatif les estimait, à terme, à plus de 15 milliards par année.

La même incertitude plane sur l’échéancier. « On veut amorcer les discussions dans un prochain mandat », disait lundi un stratège. Celui-ci a fait valoir que le gouvernement Trudeau avait réussi à s’entendre avec les provinces en 2017 autour des transferts fédéraux en santé — Québec avait alors obtenu une entente asymétrique.

 
6 milliards
C’est le coût sur quatre ans des mesures proposées lundi par les libéraux.

Le porte-parole de la ministre québécoise de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a rappelé au Devoir lundi que la position de Québec sur cet enjeu n’a pas changé : la santé est un champ de compétence provinciale. À la publication du rapport du comité d’experts, Mme McCann avait dit : « Si ça devenait une proposition, on pourrait utiliser notre droit de retrait avec pleine compensation. »

Au Québec, où le régime général d’assurance médicaments a été mis en place en 1997, la loi oblige chaque citoyen à être couvert par une assurance médicaments — qu’elle soit publique ou privée.

L’ensemble des mesures proposées lundi par les libéraux coûterait six milliards (de 750 millions en 2020-2021 à 1,75 milliard en 2023-2024), mais aucune ventilation ne permet de mesurer quelle somme serait accordée à quel objectif.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a soutenu que la promesse d’un régime d’assurance médicaments « coûtera des milliards et des milliards. Mais il n’y a aucun détail dans son plan, et [Justin Trudeau] est clairement incapable d’expliquer comment il le mettra en oeuvre ».

L’engagement des libéraux s’inscrit dans la lignée de celui du Nouveau Parti démocratique. La semaine dernière, le chef Jagmeet Singh a réitéré la promesse de mettre sur pied un régime d’assurance médicaments financé à hauteur de 10 milliards annuellement, et qui entrerait en vigueur à partir de 2020.

Les verts aussi

Le thème de la santé mentale était aussi à l’agenda de la chef du Parti vert, Elizabeth May, lundi. Elle investirait notamment 1,2 milliard par année pour financer des centres de traitement communautaires qui offrent un soutien en santé mentale. Les verts consacreraient également 100 millions de dollars par année à la prévention du suicide, et une somme équivalente pour s’attaquer à la crise des opioïdes.

Ils n’ont pas précisé quelle serait leur approche par rapport aux provinces pour discuter de ces questions de santé.