Approches opposées sur l’encadrement des drogues

«Nous devons cesser de traiter la toxicomanie comme un problème criminel et commencer à la traiter comme un problème de santé, a déclaré la chef du Parti vert, Elizabeth May par voie de communiqué. Il s’agit d’une urgence sanitaire nationale.»
Photo: Cole Burston La Presse canadienne «Nous devons cesser de traiter la toxicomanie comme un problème criminel et commencer à la traiter comme un problème de santé, a déclaré la chef du Parti vert, Elizabeth May par voie de communiqué. Il s’agit d’une urgence sanitaire nationale.»

En 2019, comme en 2015, la drogue s’invite dans la campagne électorale fédérale. Cette fois, c’est le Parti vert qui lance le bal en proposant de décriminaliser la possession simple de toutes les drogues afin de réduire le nombre de décès découlant de la consommation d’opioïdes.

« Nous devons cesser de traiter la toxicomanie comme un problème criminel et commencer à la traiter comme un problème de santé, a déclaré la chef du Parti vert, Elizabeth May par voie de communiqué. Il s’agit d’une urgence sanitaire nationale. »

Le Parti vert suggère d’offrir plus de ressources aux organismes communautaires pour tester en amont les drogues des usagers afin de s’assurer qu’elles ne sont pas contaminées par le puissant Fentanyl. Car selon Mme May, la plupart des décès sont en fait des « empoisonnements » et non des overdoses. La décriminalisation, pense-t-elle, mettra les usagers en confiance : ils seront plus enclins à faire tester leur drogue avant de la consommer s’ils savent que la police ne peut pas les intercepter.

 
10 300
C’est le nombre de décès découlant d’une surdose d’opioïdes recensés par l’Institut canadien d’information sur la santé entre janvier 2016 et septembre 2018.

L’Institut canadien d’information sur la santé a recensé au Canada, entre janvier 2016 et septembre 2018, 10 300 décès découlant d’une surdose d’opioïdes. La question est personnelle pour Mme May. La soeur de son nouvel époux, Margot Kidder (qui a incarné Lois Lane dans le film Superman), est décédée l’an dernier d’une overdose auto-infligée. Elle éprouvait des problèmes de consommation.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, s’est inscrit en faux contre cette proposition. « Je pense que c’est une mauvaise idée », a-t-il déclaré dimanche. Selon lui, l’objectif doit être la lutte contre la consommation et non la réduction des méfaits. « Notre priorité sera de faire en sorte que les gens ne consomment plus de drogues dangereuses, pas de maintenir une dépendance à vie. »

Andrew Scheer a même laissé entendre que son parti resserrerait les règles présidant à l’ouverture de centres d’injections supervisées. « Le Parti conservateur accepte la décision des tribunaux sur ces questions. Mais nous croyons que les communautés doivent être consultées, et le gouvernement actuel a fait du très mauvais travail à cet égard. On a entendu beaucoup de gens à travers le pays dire qu’ils n’ont pas été consultés, que les répercussions sur leur communauté n’ont pas été prises en considération. »

Sous Stephen Harper, les conservateurs avaient voulu faire fermer Insite, à Vancouver, à l’époque le seul centre d’injections supervisées au pays. La bataille judiciaire s’était rendue jusqu’en Cour suprême, où le gouvernement avait subi en 2011 un revers cinglant. Les magistrats avaient non seulement exigé que le gouvernement préserve Insite, mais aussi qu’il autorise d’autres éventuels centres ailleurs au pays. Les conservateurs avaient obtempéré, mais avaient instauré des obligations de consultation de la communauté si strictes qu’aucun nouveau centre n’avait réussi à voir le jour pendant leur mandat. En arrivant au pouvoir, les libéraux ont assoupli les règles, si bien qu’une quarantaine de nouveaux centres ont ouvert leurs portes au cours des quatre dernières années.

Contrairement à ce qu’affirme M. Scheer, toutefois, Justin Trudeau a déjà indiqué qu’il n’avait aucune intention de décriminaliser toutes les drogues, malgré une demande faite en ce sens par les militants libéraux réunis en congrès en 2018 et celle faite en juin dernier par le comité parlementaire sur la santé, à majorité libérale.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, s’est déjà lui aussi prononcé pour la décriminalisation de toutes les drogues pour les mêmes raisons que celles évoquées par Mme May.