Trudeau interdirait les armes d’assaut

Les libéraux proposent de resserrer les règles d’entreposage des armes de poing, pour éviter qu’elles soient volées et revendues sur le marché illégal — comme celle utilisée dans la tuerie de Danforth l’été dernier.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les libéraux proposent de resserrer les règles d’entreposage des armes de poing, pour éviter qu’elles soient volées et revendues sur le marché illégal — comme celle utilisée dans la tuerie de Danforth l’été dernier.

Justin Trudeau a frappé un grand coup, en promettant d’interdire les armes d’assaut au Canada et de permettre aux villes de faire de même pour les armes de poing. Mais tant les militants pour le contrôle des armes à feu que les propriétaires sont déçus. Le chef libéral, lui, a surtout tenté de faire oublier ses épisodes passés de blackface.

Un gouvernement libéral réélu interdirait ainsi les armes d’assaut de style militaire à la grandeur du pays. Quant aux armes de poing, elles aussi dénoncées par Montréal et Toronto, Justin Trudeau tenterait de s’entendre avec les provinces pour leur permettre de les prohiber.

« On sait que les armes conçues pour tuer le plus rapidement possible le plus grand nombre de personnes possible n’ont pas leur place dans la société canadienne », a fait valoir M. Trudeau à Toronto, en promettant en revanche de ne pas ressusciter le registre des armes d’épaule aboli par les conservateurs.

Les libéraux n’ont toutefois pas précisé la nature des « armes d’assaut de style militaire » qu’ils espèrent interdire. Ce serait à la Gendarmerie royale d’en dresser la liste. Le concept d’armes d’assaut n’est pas défini dans la Loi sur les armes à feu, mais les gens qui l’utilisent désignent en général des armes à l’allure militaire pouvant décharger en tirs rapides plusieurs projectiles.

J’aurais préféré qu’ils ne proposent pas une mesure qui s’avérera une distraction ou qui sera inefficace, s’ils n’étaient pas prêts à faire ce que les Canadiens réclament

M. Trudeau n’a pas non plus précisé pourquoi l’interdiction d’armes de poing ne serait que volontaire et du ressort des villes. Les libéraux semblent croire qu’il est plus facile d’arguer que les armes de style militaire n’ont pas de raison d’être utilisées.

Reste que les villes devront vraisemblablement obtenir l’accord de leur gouvernement provincial pour aller de l’avant. Le premier ministre ontarien, Doug Ford, s’est prononcé contre une telle interdiction, bien que la ville de Toronto l’ait réclamée. Le gouvernement québécois de François Legault n’a pas voulu faire de commentaires vendredi. La Coalition avenir Québec a déposé un projet de loi au mois de mai, qui vise à assouplir le registre des armes à feu créé pour remplacer feu le registre fédéral.

À la ville de Québec, le maire Régis Labeaume s’est également abstenu de faire des commentaires. À Montréal, le cabinet de la mairesse, Valérie Plante, a rappelé que la position de la Ville avait « toujours été claire dans le dossier des armes d’assaut et de poing, soit celle de les interdire ».

Inefficace, craignent les militants

Heidi Rathjen, de PolySeSouvient, s’interroge toutefois sur l’efficacité d’une interdiction des armes de poing qui serait mise en oeuvre au bon vouloir des provinces et municipalités. Elle note que « les villes n’ont pas de frontières », ce qui fait que ces armes seraient encore disponibles chez les voisins, et estime qu’il est « très peu probable » que les municipalités se lancent toutes seules dans un projet d’interdiction alors qu’elles sont déjà débordées. « Refiler le fardeau de cette mesure aux municipalités, c’est un geste plutôt politique pour avoir l’air de faire quelque chose, mais en réalité ça ne va pas donner grand-chose. »

Francis Langlois, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand, pense toutefois que réduire la disponibilité et l’accessibilité des armes pourrait tout de même contribuer à réduire les crimes. « Ça réduit la possibilité d’utilisation funeste. »

Mais Mme Rathjen craint en outre que les villes ne puissent imposer que des sanctions pénales, plutôt que des sanctions criminelles. Ottawa pourrait théoriquement amender le Code criminel afin que certains articles puissent être appliqués dans les villes qui le réclament.

« J’aurais préféré qu’ils ne proposent pas une mesure qui s’avérera une distraction ou qui sera inefficace, s’ils n’étaient pas prêts à faire ce que les Canadiens réclament », a déploré Wendy Crukier, professeure à l’Université Ryerson et présidente de la Coalition pour le contrôle des armes, dénonçant que l’interdiction des armes de poing ne soit que municipale.

Les libéraux proposent de resserrer en revanche les règles d’entreposage des armes de poing, pour éviter le plus possible qu’elles soient volées et revendues sur le marché illégal — comme celle utilisée dans la tuerie de Danforth l’été dernier.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, rejette l’idée d’une interdiction qui englobe toutes les armes d’assaut ou de poing. « C’est mieux d’avoir les ressources qui ciblent les criminels et les armes à feu illégales », a-t-il affirmé.

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, réclamait déjà que les villes puissent interdire les armes de poing. Quant aux armes d’assaut, il a affirmé « qu’il faut réduire l’accès aux armes utilisées pour cibler les humains ». Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est, à l’inverse, dit d’avis que « les armes d’assaut, en général, c’est à interdire et à proscrire » tandis que les armes de poing « doivent être rigoureusement encadrées pour certaines activités, dans des lieux donnés ».

Inefficace, disent aussi les propriétaires

Alison de Groot, de l’Association de l’industrie canadienne des munitions et des armes de sport, est dans le camp de M. Scheer et croit que les interdits ne changeront rien aux crimes commis avec des armes illégales. « Limiter l’offre d’armes légales n’éliminera pas la demande d’armes illégales. » Les armes d’Alexandre Bissonnette et de Henry Bains avaient cependant été obtenues de façon légale.

Rod Giltaca, de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu, répète qu’aucune statistique ne prouve qu’une interdiction réduira les crimes commis avec ces armes. Il défend en outre le droit de ses compatriotes de posséder une arme pour aller à la chasse, au champ de tir, pour les collectionner ou les conserver en héritage.

« Le risque est simplement trop important, rétorque Wendy Cukier. Nous en sommes arrivés au point où c’est un choix entre la vie de nos enfants et les loisirs de propriétaires d’armes. »

Avec Guillaume Bourgault-Côté, Jeanne Corriveau, Dave Noël et Isabelle Porter

4 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 21 septembre 2019 07 h 25

    Trudeau a fait cette promesse en 2015 et il ne l'a pas tenu, c'était noir sur blanc dans son programme.
    Juste un petit rappel...

  • Hermel Cyr - Abonné 21 septembre 2019 15 h 19

    Pourquoi en vend-il en Arabie Saoudite ?

  • Normand Parisien - Abonné 21 septembre 2019 16 h 56

    Une promesse électorale.

    C’est décevant de masquer le « blackface » par le débat sur les armes à feu. Ça reste une promesse électorale et nous savons ce qu’elles valent. J’ai l’impression qu’on tente de jouer les chasseurs vs les adeptes du tir à la cible avec cette promesse. Les armes d’assaut, et de poing, sont utilisées dans les clubs de tir reconnus par le gouvernement provincial. Les tireurs sportifs devront faire face aux lois et règlements en provenance d’Ottawa, de Québec, et d’une multitude de municipalités. Il faut vraiment aimer ce sport pour continuer à le pratiquer.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 21 septembre 2019 17 h 30

    Faire feu de tout bois pour rassurer la galerie?

    Après les aventures du PM du Canada, cette promesse de bannir ou d'interdire les armes d'assaut laisse planer un doute quant aux objectifs réels? Il y a tellement de flou qu'on est loin de satisfaire tout le monde ou de choisir de semer la pagaille, sans résultat probant! Encore une publicité libérale du Canada!