Les verts se détournent du pétrole de l’Ouest

Le chef adjoint du Parti vert du Canada, Daniel Green, lors de l’investiture d’un candidat à Montréal, en août dernier.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le chef adjoint du Parti vert du Canada, Daniel Green, lors de l’investiture d’un candidat à Montréal, en août dernier.

Les verts ont attendu tout l’été avant de clarifier leur position sur la possible utilisation des sables bitumineux de l’Ouest pour rendre le Canada autosuffisant sur le plan énergétique. La réponse est finalement non.

En entrevue, le chef adjoint du Parti vert du Canada (PVC), Daniel Green, admet que le plan d’action climatique du parti n’a « pas été bien communiqué » dans les derniers mois et « portait à confusion ».

La cheffe du PVC, Elizabeth May, dévoilait en mai dernier son plan d’action climatique intitulé « Mission possible » qui demandait, entre autres, que les Canadiens consomment du pétrole produit au Canada en attendant de s’affranchir totalement de cette ressource. Or, le pétrole canadien provient essentiellement des sables bitumineux et est réputé pour être beaucoup plus polluant.

Cette position avait fait réagir le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, entre autres, qui dénonçait la position « controversée et incohérente » de Mme May. Il a fait campagne pour récolter des appuis tout l’été afin de forcer ses homologues fédéraux à changer de position.


Dans le sol

Le programme du PVC dévoilé cette semaine ne fait plus aucune mention de la nécessité d’utiliser du pétrole canadien, ce qui fait dire à M. Tyrrell qu’il avait raison de maintenir la pression. « Mon raisonnement était légitime et ils ont changé le programme en réponse à ça. Alors de dire que c’est un problème de communication, que j’ai mal compris, je trouve que c’est dommage parce qu’en réalité, la position a changé. Ça démontre justement qu’il y avait un problème auparavant », affirme M. Tyrrell en entrevue téléphonique.

Le programme du PVC précise maintenant qu’« aucun nouveau projet lié à un pipeline, à l’extraction ou à la production de charbon, à l’extraction de pétrole ou de gaz, incluant le forage de puits en mer, ne sera approuvé ». Pas question, donc, de toucher au pétrole des sables bitumineux de l’Ouest canadien. Resterait-il donc dans le sol ? « Oui », a répondu M. Green sans hésiter.

Celui-ci « préférerait » toutefois que le gisement pétrolier d’Hibernia, dans les eaux de Terre-Neuve, cesse d’exporter son pétrole pour plutôt alimenter les raffineries des provinces de l’Est canadien — comme Suncor à Montréal, Valero à Lévis et Irving à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Pour les provinces de l’Ouest, la formation politique les invite à utiliser plutôt le pétrole dit « conventionnel ».

Cela dit, M. Green promet de ne « jamais » abandonner les travailleurs du secteur de l’énergie dans cette transition hors du pétrole.

Le PVC prône une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030, soit deux fois plus que l’objectif actuel de 30 %. Cet objectif ambitieux d’ici une dizaine d’années obligerait une « transition rapide et agressive » pour cesser de brûler du pétrole par le transport par voiture ou par avion afin de respecter ces cibles.


Slogan pour le Québec

En matinée, vendredi, le PVC a dévoilé un « sous-slogan » pour le Québec : « L’urgence d’agir ». Il s’agit d’un tout autre slogan que celui qui était mis en avant jusqu’à maintenant : « Ni à droite ni à gauche. Vers l’avant ensemble. »

Mais ce n’est pas seulement l’environnement qui va préoccuper la formation politique d’ici aux prochaines élections. Parmi les grands axes de la plateforme québécoise, les verts promettent de miser aussi sur la lutte contre la pauvreté et la réconciliation avec les peuples autochtones.

À une semaine de la grande manifestation pour le climat prévue à Montréal, la cheffe du Parti vert participait quant à elle à une marche pour le climat à Calgary. « Ici, cette ville, c’est une grande partie de l’industrie fossile et c’est nécessaire de parler avec tout le monde d’une façon gentille et ouverte », a déclaré Mme May, entourée de manifestants.