Trudeau promet un plus grand contrôle des armes à feu

<p>Justin Trudeau promet d’interdire toutes les armes d’assaut s’il est réélu.</p>
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne

Justin Trudeau promet d’interdire toutes les armes d’assaut s’il est réélu.

S’il est réélu le 21 octobre, le chef libéral promet d’interdire toutes les armes d’assaut de style militaire et de restreindre l’accès aux armes de poing.

M. Trudeau a fait cette promesse à Toronto, vendredi matin, alors qu’il tentait de recadrer sa campagne après l’affaire des « blackfaces ». Toronto, théâtre de nombreuses fusillades meurtrières, est l’une des villes qui réclament l’interdiction des armes de poing, à l’instar de Montréal.

L’annonce de vendredi a d’ailleurs été faite dans le quartier Greektown, où un forcené avait tiré dans la foule en juillet 2018, faisant deux morts et 13 blessés. Le contrôle des armes à feu est un enjeu important dans la métropole canadienne, une région par ailleurs cruciale pour les libéraux lors de ce scrutin.

L’ancien chef de police de Toronto Bill Blair, nommé après la tuerie de Greektown au nouveau portefeuille de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, avait reçu le mandat du premier ministre de se pencher notamment « sur la possibilité d’interdire complètement les armes de poing et les armes d’assaut au Canada, sans entraver l’utilisation légitime d’armes à feu par les Canadiens ».

M. Blair a depuis mené diverses consultations à ce sujet, mais il a déclaré en juin dernier que s’il fallait en faire plus pour lutter contre la violence armée, toute initiative supplémentaire en matière de contrôle des armes à feu devrait faire partie de la prochaine plateforme électorale libérale. Un mois plus tard, Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique en 1989, claquait la porte du Comité consultatif canadien sur les armes à feu, se disant fortement déçue de l’incapacité du gouvernement Trudeau à s’attaquer aux fusils d’assaut.

M. Trudeau a annoncé vendredi qu’un prochain gouvernement libéral interdirait toutes les armes d’assaut de style militaire et qu’il mettrait sur pied un programme de rachat de ces armes. Le chef libéral a déclaré que la promesse d’interdire les fusils d’assaut incluait l’interdiction du AR-15 semi-automatique, l’arme utilisée lors de nombreuses fusillades de masse aux États-Unis.

« Nous savons bien que pour abattre un chevreuil, vous n’avez pas besoin d’une arme d’assaut de type militaire conçue pour tuer le plus grand nombre de gens possible dans le plus court délai possible », a déclaré M. Trudeau vendredi.

Des efforts insuffisants

Le chef libéral a affirmé que la violence armée au Canada avait fait 2500 victimes de plus en 2017 qu’en 2013, « et plusieurs de ces incidents impliquaient des conjoints ». M. Trudeau a également reconnu que les efforts de son gouvernement pour remédier à ce problème étaient insuffisants.

Un gouvernement libéral travaillerait maintenant « de concert avec les maires et les premiers ministres de tout le pays pour leur donner la capacité de restreindre davantage — et même d’interdire — les armes de poing ». Les Villes de Toronto et Montréal demandent de pouvoir interdire ces armes sur leur territoire.

Un gouvernement libéral adopterait aussi une loi pour suspendre temporairement les permis des propriétaires d’armes à feu qui représentent un danger pour eux-mêmes ou pour leurs proches. M. Trudeau a toutefois promis de protéger les droits des chasseurs respectueux de la loi et il s’est engagé à ne pas rétablir le registre des armes d’épaule, qui avait été supprimé par le gouvernement conservateur précédent.

Ces promesses libérales ont été plutôt bien accueillies par l’organisme PolySeSouvient, « même si l’on aurait pu s’attendre à ce qu’un gouvernement majoritaire élu il y a quatre ans sur la base de “débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut” ait déjà adopté une telle interdiction ».

L’organisme regroupant les étudiants et diplômés de Polytechnique pour le contrôle des armes estime toutefois qu’« en ce qui concerne les armes de poing, l’intention de transférer la responsabilité pour des restrictions supplémentaires aux municipalités est décevante ».

« Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, l’interdiction de ces armes dans seulement certaines municipalités serait non seulement inadéquate, compte tenu des risques, mais également inefficace. » L’organisme doute par ailleurs qu’il y ait « beaucoup d’appétit au niveau municipal pour confronter le lobby des armes alors que le gouvernement fédéral préfère clairement éviter cette avenue, du moins en ce qui a trait aux armes de poing ».

Tourner la page des « blackfaces »

Ces promesses n’ont pas réussi à éviter au chef libéral de nouvelles questions sur ses trois épisodes de « blackface ». L’affaire a fait les manchettes de la presse internationale et attiré l’attention d’autres dirigeants mondiaux.

À Washington, le président Donald Trump a déclaré vendredi matin qu’il avait été « surpris », et « même encore plus surpris du nombre de fois » que M. Trudeau s’était prêté à cette pratique.

M. Trudeau, qui s’est excusé à profusion jeudi pour ces gestes « racistes », a été interrogé vendredi sur la manière dont cette affaire pourrait maintenant nuire à sa crédibilité sur la scène internationale.

« Mon emphase aujourd’hui et à tous les jours sera sur les Canadiens minoritaires qui se font discriminer à cause de leur identité tous les jours, des gens qui vivent de l’intolérance comme quelque chose de régulier, que j’ai blessés avec mes choix du passé », a-t-il dit. « Je m’en excuse profondément et je m’engage à continuer d’être un allié et de continuer à travailler contre l’intolérance et la discrimination ici au Canada et partout dans le monde. »