La présence de Bernier aux débats ne fait pas l’unanimité

Maxime Bernier s’adressant aux journalistes en marge du congrès de son parti, en août dernier
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Maxime Bernier s’adressant aux journalistes en marge du congrès de son parti, en août dernier

Les critiques auront eu raison de la Commission des débats des chefs. Cette dernière a reviré sa veste et décidé d’inviter Maxime Bernier aux deux joutes télévisées. Mais cette présence indispose déjà plusieurs des rivaux du chef du Parti populaire du Canada (PPC).

La commission avait indiqué cet été qu’elle ne pensait pas convier M. Bernier aux débats. Son président, l’ancien gouverneur général du Canada David Johnston, s’était cependant donné jusqu’à ce lundi pour prendre une décision. « À la lumière de notre évaluation approfondie, j’ai la conviction que plus d’un candidat soutenu par le parti a une véritable possibilité d’être élu », a-t-il conclu, par voie de communiqué.

L’équipe de Maxime Bernier avait plaidé à la commission, à la fin août, que le PPC comptait des candidats vedettes qui, selon elle, avaient une réelle chance d’être élus le 21 octobre. M. Bernier avait cité sa propre circonscription en Beauce de même que celles d’Etobicoke-Nord (Ontario), avec sa candidate Renata Ford, la veuve de l’ancien maire de Toronto Rob Ford ; Charleswood–St. James–Assiniboia–Headingley (Manitoba), avec l’ancien ministre conservateur Steven Fletcher ; Pickering–Uxbridge (Ontario), avec l’ex-député conservateur Corneliu Chisu ; et Nipissing–Timiskaming (Ontario), avec Mark King, un candidat conservateur recalé.

« Compte tenu des renseignements obtenus récemment, selon moi, le PPC a su attirer un nombre important de membres, est particulièrement présent dans les médias et le paysage politique et, selon les sondages récents, a une possibilité raisonnable de connaître du succès dans plus d’une circonscription », a tranché le commissaire.

Pour être invités aux débats, les chefs fédéraux doivent répondre à deux des trois critères suivants : compter au moins un député élu sous leur bannière ; présenter des candidats dans au moins 90 % des 338 circonscriptions ; avoir obtenu au moins 4 % des votes ou « avoir une chance légitime de remporter des sièges ». C’est ce dernier critère auquel devait répondre M. Bernier pour se qualifier, car bien qu’il présente des candidats dans plus de 300 circonscriptions, il n’a pas été élu député du PPC en 2015, mais plutôt député du Parti conservateur. Un récent sondage indique qu’en Beauce, M. Bernier est au coude-à-coude avec son rival conservateur, avec 29 % des intentions de vote contre 28 % respectivement.

L’épreuve du sondage

Avant de prendre sa décision, la Commission des débats a demandé à la firme EKOS de mener un sondage dans les quatre autres circonscriptions nommées par M. Bernier. Le sondage demandait seulement : « À quel point est-il probable que vous votiez » pour le PPC. En additionnant les « possiblement », les « probablement » et les « certainement », EKOS est arrivé à un score variant de 25 % à 34 % selon la circonscription. La commission a ensuite demandé à la firme Nanos d’établir un seuil d’appuis à partir duquel une victoire est envisageable. Réponse : 25 %.

M. Bernier a donc passé le test et s’est réjoui du dénouement. « La commission a pris la bonne décision pour préserver ce droit démocratique des Canadiens d’être informés de toutes les options avant de faire leur choix. […] Nous allons prouver à tout le monde que nous sommes une véritable alternative. »

Le Parti libéral et le Parti vert ont accueilli favorablement la participation du chef du PPC. Le premier souligne qu’il a toujours voulu que les décisions relatives aux invitations « soient prises de manière indépendante » et le second note que M. Bernier « rencontre les critères ».

Mais les autres partis sont d’un tout autre avis. Le Parti conservateur accuse la commission « triée sur le volet par Justin Trudeau » d’avoir utilisé « un sondeur favorable aux libéraux ». Selon eux, « les dés sont pipés par M. Trudeau depuis des mois ».

Le Nouveau Parti démocratique estime qu’il est « erroné de donner à Maxime Bernier une plateforme nationale pour propager la haine et la division dans notre pays ».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a quant à lui déploré que le chef d’un parti « qui n’a jamais fait élire personne » aura le même temps de parole que le premier ministre sortant. « Ce que la démocratie gagne, le sérieux n’y gagne pas. »

Le directeur général de la commission, Michel Cormier, a déclaré au Devoir que « la commission n’est pas là pour juger de la pertinence ou de la valeur des positions politiques des partis ». Quant au parti pris allégué des firmes de sondages, M. Cormier répond avoir « pris un sondeur qui travaille et est reconnu pour travailler de façon professionnelle ».

Le débat des chefs anglophone se tiendra le 7 octobre et le débat francophone, le 10 octobre.

Avec Hélène Buzzetti