Une baisse d’impôt universelle, mais coûteuse

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, était de passage en Colombie-Britannique avec sa femme, Jill, dimanche, pour dévoiler un ambitieux plan de baisse des impôts.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, était de passage en Colombie-Britannique avec sa femme, Jill, dimanche, pour dévoiler un ambitieux plan de baisse des impôts.

Le Parti conservateur promettait depuis des mois qu’il annoncerait des baisses d’impôt pour les Canadiens. La promesse dévoilée dimanche est ambitieuse. Andrew Scheer s’engage à baisser le taux du premier palier d’imposition fédérale, afin d’en faire bénéficier tous les contribuables qui paient de l’impôt. Mais la mesure ne coûtera rien de moins que six milliards de dollars.

Un gouvernement conservateur ferait passer le taux d’imposition du premier palier fédéral de 15 % à 13,75 % sur trois ans. Le taux d’imposition de la tranche de revenus se situant entre 12 000 $ et 47 600 $ passerait ainsi à 14,5 % en janvier 2021, à 14 % en janvier 2022 et à 13,75 % en janvier 2023. Un changement qui ferait économiser, à terme, 440 $ aux particuliers ou 850 $ aux familles de deux personnes avec un salaire moyen de 47 000 $ chacun, selon le Parti conservateur.

« Cela veut dire que tous les contribuables canadiens verront leurs impôts diminuer. Et ceux dont les revenus tombent dans cette première tranche d’imposition en tireront le plus grand avantage, proportionnellement », a fait valoir M. Scheer, de passage en Colombie-Britannique pour faire sa plus importante annonce depuis le déclenchement de la campagne électorale la semaine dernière. « Tous les Canadiens méritent un gouvernement qui respecte vos efforts et qui comprend que vous payez déjà assez cher », a-t-il martelé.

 
13,75 %
C’est le taux d’imposition qui serait associé au premier palier fédéral après la baisse promise par les conservateurs.

Or, ce changement de la grille fiscale entraînera une facture élevée pour le gouvernement. Le directeur parlementaire du budget évalue qu’elle privera Ottawa de 5,9 milliards de revenus lorsqu’elle aura été entièrement mise en oeuvre, en 2023. Et cette somme continuera d’augmenter pour atteindre 6,85 milliards en 2027.

Andrew Scheer a pourtant promis un retour à l’équilibre budgétaire en cinq ans, s’il est élu le 21 octobre. Le chef conservateur n’a pas précisé de quelle manière il s’y prendrait pour respecter cette promesse, tout en en ajoutant une aussi coûteuse mesure.

 
 

« Nous sommes déterminés à équilibrer le budget sur une période de temps responsable, soit cinq ans. Nous allons le faire tout en trouvant des façons de baisser les impôts et de remettre de l’argent dans les poches des Canadiens. Je me suis engagé à le faire tout en m’assurant que le financement de services importants, comme la santé et l’éducation, continuera d’augmenter d’au moins 3 % », a-t-il assuré, sans toutefois donner plus de détails. La plateforme chiffrée du Parti conservateur sera présentée « dans les prochains jours » a-t-il simplement indiqué.

Un choix paradoxal

Le fiscaliste et professeur à l’Université Sherbrooke Luc Godbout confirme que la mesure conservatrice peut être qualifiée d’« universelle » puisque tous les contribuables en bénéficieront. « Tout le monde a une économie égale, en proportion de l’impôt payé. Et cette économie est plafonnée dès lors que votre revenu excède 47 600 $», explique-t-il au Devoir. « Évidemment, si vous êtes trop pauvre pour en payer, vous n’en profitez pas. » Et près de 40 % des Canadiens ne paient pas d’impôts.

Nous sommes déterminés à équilibrer le budget sur une période de temps responsable, soit cinq ans. Nous allons le faire tout en trouvant des façons de baisser les impôts et de remettre de l’argent dans les poches des Canadiens. Je me suis engagé à le faire tout en m’assurant que le financement de services importants, comme la santé et l’éducation, continuera d’augmenter d’au moins 3 %.

Reste que la promesse conservatrice serait plus généreuse que la baisse d’impôt qu’avait consentie le chef libéral Justin Trudeau en arrivant au pouvoir en 2015.

Le gouvernement libéral a baissé le second palier d’imposition, pour les revenus de 45 000 $ à 90 000 $, de 22 % à 20,5 %. En contrepartie M. Trudeau avait créé un nouveau palier à 33 % pour les revenus supérieurs à 200 000 $. Un changement qui a entraîné un coût net de 1,2 milliard de dollars et qui avait été critiqué car la réduction d’impôt venait seulement en aide aux Canadiens gagnant plus de 45 000 $.

En 2017, 18,4 millions de Canadiens ont déclaré des revenus de 46 000 $ ou moins, sur les 27,8 millions qui ont fait des déclarations de revenus (66 %). Le directeur parlementaire du budget observait, au printemps dernier, que les baisses d’impôt du gouvernement Trudeau avaient bénéficié à 45 % aux contribuables s’inscrivant dans le second palier d’imposition fédéral, tandis que 55 % des bénéficiaires avaient déclaré des revenus excédant 90 000 $ par année.

La promesse conservatrice ressemble néanmoins à la réforme libérale, en ce sens qu’elle prévoit des baisses d’impôt en contexte de déficit budgétaire. Un choix « paradoxal », de l’avis de M. Godbout.

« Il y a une certaine ressemblance entre les deux promesses, puisqu’on promet des baisses d’impôt pour une part de la grille fiscale en contexte déficitaire. Sauf que les conservateurs veulent y aller plus prudemment en l’étalant dans le temps et visent plus de gens en choisissant le premier taux d’imposition plutôt que le deuxième », observe le fiscaliste. « Les conservateurs choisissent le taux où il y a le plus de gens, qui va profiter à un plus grand nombre, mais qui va coûter plus cher. »