«Perdurer»: le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau

Justin Trudeau
Photo: Montage Le Devoir Justin Trudeau

Les voies ensoleillées se sont-elles définitivement obscurcies ? À la star Justin Trudeau, à peu près tous les observateurs prédisaient dès 2015 un double mandat. Quatre ans plus tard, l’étoile du chef libéral a pâli. Pour sceller cette réélection plus du tout garantie, il devra faire oublier les nombreuses gaffes qui ont fait ombrage à son bilan. Car Justin Trudeau aura été l’artisan de son propre malheur, accumulant les faux pas et les promesses rompues.

D’abord, l’élection de 2015 n’aura pas été la dernière tenue en vertu du système électoral uninominal à un tour, la réforme électorale promise ne s’étant pas concrétisée. Le gouvernement a pris prétexte de l’incapacité des députés, au terme de nombreuses consultations citoyennes et audiences parlementaires, à s’entendre sur une formule de rechange pour reculer. Beaucoup de progressistes passés au rouge à cause de cette promesse se sont sentis floués.

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La livraison du courrier à domicile n’a pas non plus été restaurée pour ceux qui l’avaient perdue. Les libéraux ne l’avaient jamais vraiment promise — tout au plus s’étaient-ils engagés à stopper la transition en cours —, mais ils avaient entretenu un flou en campagne qui avait permis à certains citoyens de rêver. Les déficits « modestes » sur trois ans se sont transformés en des déficits permanents qui auront alourdi la dette, en mars prochain, de 73 milliards de dollars.

Justin Trudeau a aussi réussi à faire l’unanimité contre lui avec le pipeline Trans Mountain. D’un côté, les défenseurs de l’industrie pétrolière estiment qu’il a dilapidé 4,5 milliards pour un agrandissement que le secteur privé aurait été capable de mener à bien dans un environnement réglementaire plus favorable. De l’autre, les tenants de la transition énergétique ne lui pardonnent pas d’avoir facilité la réalisation d’un projet qui noircira le bilan de gaz à effet de serre du Canada.

Des costumes et une île

Les déboires du premier ministre ont débuté en 2017 lorsque ses vacances familiales sur l’île privée de l’Aga Khan ont été éventées. Il n’aurait pas dû accepter ce cadeau du philanthrope qui fait affaire avec le gouvernement, a tranché la commissaire à l’éthique, Mary Dawson. Il est devenu ainsi le seul premier ministre canadien à avoir enfreint la Loi sur les conflits d’intérêts.

La lune de miel de Justin Trudeau s’est définitivement interrompue l’année suivante lors d’un autre voyage, officiel celui-là. En Inde, il a multiplié les apparitions en costume traditionnel, suscitant les moqueries de la planète et cristallisant son image de postnationaliste en négation de sa culture. Sans compter que la présence d’un extrémiste sikh à l’un de ces événements a créé un froid avec New Delhi.

Le coup de grâce est survenu ce printemps, quand M. Trudeau et son entourage ont été accusés d’avoir exercé des pressions « inappropriées » sur la ministre de la Justice pour que soit négociée une entente de réparation avec le géant québécois SNC-Lavalin. Les démissions se sont succédé : le secrétaire principal Gerry Butts et le greffier du Conseil privé Michael Wernick sont partis, tandis que les ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott ont quitté le cabinet, puis se sont faites montrer la porte du caucus. Le commissaire à l’éthique, Mario Dion, a reconnu coupable M. Trudeau d’avoir enfreint la loi une seconde fois.

La stratégie libérale reposera en partie sur le vote stratégique. On fera valoir aux électeurs tentés par le NPD ou le Parti vert qu’ils risquent de diviser le vote. En voulant punir Justin Trudeau pour Trans Mountain, ils auront Andrew Scheer qui facilitera la construction de plus de pipelines. Et en voulant sanctionner les libéraux pour la réforme électorale avortée, ils éliront les conservateurs, qui n’y ont jamais cru.

Les libéraux peuvent compter sur 162 de leurs 177 députés qui se représentent à l’élection. Ils espèrent faire des gains au Québec au détriment du NPD pour compenser les pertes quasi inéluctables en Atlantique, où ils avaient tout raflé en 2015. Ils brandiront l’épouvantail Doug Ford pour bloquer le chemin à Andrew Scheer en Ontario.