«Survivre»: le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh

Jagmeet Singh
Photo: Montage Le Devoir Jagmeet Singh

À l’automne 2017, Jagmeet Singh est élu triomphalement à la tête du Nouveau parti démocratique, fort d’un appui de 54 % obtenu dès le premier tour et nimbé de la même aura de vedette photogénique et branchée qui avait tant profité à Justin Trudeau. Deux ans plus tard, il fait figure de fossoyeur du parti, assistant, en apparence impuissant, à sa dégringolade. Le défi de M. Singh sera de sauver les meubles, en particulier au Québec où le parti souhaite que la vague orange ne se transforme pas en vague souvenir.

En tant que député néodémocrate provincial d’Ontario, M. Singh était l’outsider de la course à la succession de Thomas Mulcair, n’obtenant l’appui que d’un seul des 44 élus fédéraux de l’époque. Mais il a conservé ce statut au-delà de son accession à la chefferie, éprouvant de la difficulté à connecter avec ses nouveaux collègues et à apprivoiser les dossiers fédéraux.

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L'espace accordé à chaque chef est fondé sur le nombre de sièges que leur formation respective détenait à la Chambre des communes au moment de sa dissolution.

Jagmeet Singh commet un premier impair à peine deux mois après son arrivée. Il cautionne son député Roméo Saganash qui s’oppose au bilinguisme « colonialiste » anglais-français que le NPD tente depuis une décennie de rendre obligatoire pour les juges de la Cour suprême. M. Singh estime qu’en permettant à une langue autochtone de remplacer l’anglais ou le français, on faciliterait la nomination d’un premier juge autochtone au plus haut tribunal du pays. Le caucus québécois monte immédiatement aux barricades et oblige le chef à revenir à la position traditionnelle du parti.

Le chef trébuche à nouveau quand il décide de sanctionner le vétéran David Christopherson pour avoir rompu les rangs lors d’un vote. Les députés se braquent et forcent le chef à reculer.

Mais aucune anecdote n’a mieux illustré la greffe difficile avec son caucus que ce point de presse au cours duquel Jagmeet Singh a été incapable de dire si ses députés étaient d’accord avec lui pour appuyer un projet de loi gouvernemental resserrant le contrôle des armes à feu. Historiquement, le NPD est divisé entre ses factions urbaine et rurale sur ces questions. Devant caméras et micros, le chef a été contraint de se retourner vers un député l’accompagnant pour s’enquérir en direct de l’avis du caucus.

Victoire partielle

C’est le printemps 2018, et plusieurs députés lui demandent publiquement de venir plus souvent à Ottawa pour se familiariser avec l’équipe. Jagmeet Singh avait décidé de ne pas chercher à entrer à la Chambre des communes avant l’élection générale de 2019, comme l’avait fait Jack Layton 15 ans plus tôt en restant chef sans siège pendant un an et demi. Il se ravise et se fait élire en février 2019 lors d’une élection partielle.

Jagmeet Singh s’est aussi mis à dos l’establishment du parti en Saskatchewan en excluant de son caucus Erin Weir, à qui on a reproché de parler de trop près aux femmes. Pas moins de 68 ex-députés néodémocrates fédéraux et provinciaux de la province ont signé une lettre demandant au chef de réintégrer l’élu de Regina–Lewan. En vain. Le NPD y détient encore deux sièges, tous deux remportés en 2015 par de courtes victoires.

Le tiers des élus de 2015 ont décidé de ne pas se représenter cet automne. À eux s’ajoute Pierre Nantel, passé au Parti vert. Le parti peine à recruter des candidates. Les finances ne sont pas non plus au beau fixe. Si M. Singh avait été le champion de la levée de fonds pendant la course au leadership, il n’a pas su maintenir la cadence. Au cours des six premiers mois de 2019, le NPD n’a récolté que 2,6 millions de dollars, soit le tiers des 6,8 millions amassés à pareille date en 2015, autre année électorale. Le NPD a d’ailleurs pris une hypothèque de 12 millions de dollars sur son quartier général d’Ottawa.

Le NPD souffre aussi de ce que le Parti libéral empiète sur ses chasses gardées, promettant comme lui l’établissement d’un régime d’assurance médicaments et amorçant une lutte contre la pollution par le plastique. M. Singh devra contrecarrer l’invitation libérale à voter stratégiquement pour empêcher l’élection d’Andrew Scheer, discours qui fait généralement très mal au NPD en Ontario. Au Québec, le chef devra surmonter les réticences des électeurs face aux signes religieux qu’il arbore.